Esquiver ou digérer

Le chemin pour s’en sortir [1]

Il n’est pas possible de bien jouer avec des cartes truquées. Ainsi les comportements que les autres ont eu à notre égard, ceux que nous avons eus à leur égard, les mots qu’ils ont prononcés à nos oreilles, et ceux que nous avons prononcés à leur oreilles resteront inscrits en nous pour toujours.

Nous ne pourrons jamais revenir en arrière. La machine à remonter le temps qui nous permettrait de pouvoir délibérément changer l’orientation de nos destins n’existe pas.

En ce sens, nous pouvons dire que la vie est implacable, impitoyable, inexorable ce qui revient étymologiquement à dire que nous ne pouvons pas la faire fléchir : ce qui a été, a été ; ce qui est fait, est fait ; pour toujours.

Alors, puisque nous n’écrivons pas notre histoire sur un tableau blanc en utilisant de la craie, comment gérer l’inexorable ?

Gérer l’inexorable c’est se donner les moyens d’agir envers soi-même avec suffisamment d’intelligence, de finesse et d’habileté pour que les choses qui nous ont marqués puissent peu à peu ne plus laisser de traces en nous. C’est donc laisser les choses disparaître en soi-même (perdre de leur puissance), c’est se donner le moyen de s’en libérer, de s’en défaire, en ne les retenant pas.

Mais « qui » peut laisser les choses disparaître en nous ? Certainement pas le « moi » qui – comme on décide de se lever de table – prendrait une décision. Il s’agirait plutôt d’un actif laisser- faire, d’une disposition à accueillir les événements tels qu’ils adviennent, à travers une passivité vivante.

Le temps y participera bien sûr, à condition que nous l’accompagnions par notre absence de besoin de retenir ce qui nous encombre tant.

Beaucoup de personnes se bercent d’illusions : « Avec le temps, va, tout s’en va… ». Si ça peut être vrai pour une blessure amoureuse superficielle, il n’en est rien pour une maltraitance incrustée dans la chair.

Une personne ayant été maltraitée – enfant – par ses parents ou ses éducateurs (même si elle affirme haut et fort : « Tout cela, c’est du passé ! »), gardera comme tapie en elle une blessure purulente et d’autant plus sournoise qu’elle s’exprimera de manière déguisée, par exemple à travers une sourde agressivité envers les autres, à travers une dépression latente incitant à la mélancolie, ou à travers un irrésistible besoin de frapper ses enfants.

Tant que nous ne regardons pas nos émotions en face, elles interfèrent au fond de nous-même, à notre insu, et cela parfois pendant de très nombreuses années. Il nous faut donc commencer par repérer ce qui nous fâche plutôt que de le nier en jouant la personne non affectée. C’est parce qu’on ose faire exister une émotion en la mettant en pleine lumière qu’elle peut disparaître.

C’est que le passé reste toujours « actif » en nous, tant que nous rechignons à rencontrer nos blessures. Tant que nous ne les avons pas reconnues et honorées.

Nous avons en effet besoin d’honorer nos blessures afin de les guérir. Une blessure négligée ne guérit pas. Pour permettre au passé de se dissoudre, il faut se confronter aux mécanismes inconscients qui sont en nous et qui nous obligent malgré nous à lui rester fidèle en nous intéressant si peu à ce que nous avons vécu.

C’est un processus paradoxal que celui qui nous demande d’inviter à notre table les hôtes de notre passé afin qu’ils ne puissent plus jamais nous hanter.

Il nous faut donc oser convenir de ce qui nous est arrivé, commencer par appeler un chat un chat, sans chichi ni demi mesures : une blessure est une blessure, une maltraitance une maltraitance, surtout si nous culpabilisons de la reconnaître comme telle.

Pour que les traumatismes que nous avons subis soient mis en lumière, nous devons commencer par leur accorder toute notre attention. Regarder nos blessures en face pour les aider à émerger afin de pouvoir les panser.

Or, la plupart des personnes veulent se débarrasser des cruautés qu’on leur a fait subir sans oser les regarder en face. La plupart d’entre elles semblent n’avoir aucune conscience que c’est leur capacité à les prendre à bras le corps et à les rencontrer qui leur permettra de faire que ces dernières n’auront – un jour – plus d’impact sur elles.

Vouloir « tourner la page » trop vite est une forme de déni. Le déni de ceux qui pensent qu’ils comptent pour du beurre et ne s’accordent à eux-mêmes aucune importance. « Mais cet épisode, je l’ai déjà raconté ! » répète à son thérapeute une personne qui n’a pas encore pris la pleine mesure de la maltraitance qui lui a été infligée.

Pour pouvoir se pacifier, il faut que – peu à peu – les vécus s’élaborent, que le sens et la logique de ce qui apparaît le plus souvent sans sens et sans logique émerge. Il faut également que le poids émotionnel relié aux épisodes dramatiques vécus s’exprime. Et cela se fait le plus souvent dans les larmes, les cris et la fureur.

Tant que ce travail de rencontre avec sa propre histoire douloureuse n’est pas réalisé, la personne qui esquive ses manifestations l’encaisse une fois de plus, comme on encaisse un uppercut.

Encaisser est extrêmement violent parce que c’est toujours celui qui encaisse qui paye en faisant les frais de ce qu’il ne veut pas regarder en face.

Il en demeure la victime d’autant plus certaine qu’il met tout en œuvre pour ne surtout pas le laisser paraître.

Heureusement, par-delà esquiver et encaisser, il existe une troisième voie, celle de la digestion. Digérer c’est « faire sien », se nourrir de ce qui nous est arrivé, même du pire.

Sans doute penserez-vous que ce n’est pas possible, que ce serait trop cruel, et pourtant c’est bien de cela dont il s’agit. Transformer le poison en nourriture va nous permettre de l’absorber sans craindre qu’il nous tue, et c’est à cette fine alchimie que les personnes en thérapie sont conviées.

La transmutation, le fameux « retournement » (l’énantiodromie chère aux grecs), la remise à l’endroit des choses est possible. Elle permet à la victime de « goûter » son poison pour en faire le point d’appui d’une nouvelle manière de vivre. Ce qui était faiblesse devient force pour celui qui parvient à digérer les choses.

La digestion est un mouvement intérieur, elle est décrite comme étant « l’ensemble des transformations que subissent les aliments dans le tube digestif avant d’être assimilés », la digestion psychique est donc l’ensemble des transformations que subissent nos poisons mentaux avant d’être assimilés.

Ainsi, ce que nous avons assimilé n’a plus de pouvoir sur nous (à l’inverse de toutes les autres nourritures qui « nous restent sur le cœur » quand ce n’est pas « en travers de la gorge »). Il nous faut ardemment nous occuper de nous-mêmes. S’ouvrir à l’horreur vécue, c’est en diminuer l’impact. Et devenir capable de se nourrir de « ce que nous avons dû vivre » lui permet de ne plus avoir d’impact sur nous.

Nous utilisons parfois cette expression au sens figuré : « Ce qu’il m’a dit, je ne l’ai pas encore digéré ». Le digérer c’est admettre que l’autre m’a dit ce qu’il m’a dit, m’a fait ce qu’il m’a fait. C’est admettre, reconnaître intimement que « ce qui a été a été » donc ne plus avoir besoin (croire possible) que « cela n’ait pas été » pour vivre. C’est donc se donner le moyen de poursuivre la vie. Ce qui s’est passé s’est passé, c’est cela qu’il faut digérer, non pas parce qu’on est d’accord avec ce qui s’est passé mais parce que ça a eu réellement lieu et qu’il n’est pas possible de « refaire » le passé, de ré-embobiner le film pour lui en substituer un autre.

« Ce qui est fait est fait » et comme le complète de manière fort appropriée Dostoïevski dans L’idiot : « …et le passé est le passé. »

Digérer le passé nous permet donc de vivre dans le présent, là où se trouve la vraie vie.

Entre ceux qui veulent aller trop vite en courant le risque d’encaisser leur passé sans pouvoir jamais le digérer et ceux qui vont trop lentement et se condamnent à l’entretenir, le thérapeute est là pour s’adapter au « bon rythme » de chacun qui est différent pour tous.

Le passé ne pourra jamais disparaître mais il pourra un jour ne plus être actif de manière aussi cruelle (qu’avant la digestion). Il est donc possible de se « défaire du passé », en ne ressentant plus le besoin de continuer à le porter éternellement comme un sac à dos trop lourd.

Devenir quitte de son passé, s’en libérer, c’est l’accepter, le digérer, parce que seule l’acceptation soulage.

L’acceptation n’est pas une décision que nous devons prendre (tout simplement parce que nous ne pouvons pas délibérément décider de la prendre), elle est juste un respectueux chemin que nous pouvons emprunter pour nous sortir de ce qui nous torture.

Elle est – en vérité – le seul chemin que nous pouvons prendre pour être un jour en paix avec nous-mêmes puisque, plus que les maltraitances subies, c’est le refus des maltraitances subies qui nous torture encore et toujours aujourd’hui.

Notes :

[1] Suite à mes articles :

© 2017 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 Esquiver ou digérer par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

25 réflexions au sujet de « Esquiver ou digérer »

  1. Marie

    Oui ce qui est fait est fait, on peut faire semblant un temps car c’est plus confortable et puis un jour on a besoin de dire stop de faire semblant et de se protéger, on se rend compte que les personnes qui nous ont élevées sont faillibles et qu’on a le droit de leur dire, de se défendre et de se protéger.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Attention à ne pas mettre la charrue avant les boeufs. C’est bien parce qu’aujourd’hui nous avons appris à dire stop, à nous défendre et à nous protéger que nous pourrons – dans un second temps – accepter ce qui a été fait comme fait.

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      1. lea

        Bonjour,
        De mon côté, je me protège depuis décembre dernier. À 45 ans, j’ose enfin mettre des barrières et m affirmer comme une personne à part entière face à mes parents, une mère très intrusive, infantilisante… et un père entièrement soumis.
        C’est difficile, je pense qu’ils ne comprennent pas.
        Je ressens du soulagement, uns sorte de fierté mais j’en paye le prix, c’est dur, c’est vital mais très dur. Aujourd’hui je suis dans une phase ou je ressens énormément de vide, je me sens triste malgré tout. Je sais et je sens que j’avance mais je voudrait tellement que ça en finisse et que je puisse enfin me retrouver et sourire à la vie.
        merci de m’avoir lue

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        1. Do

          Léa, nous sommes (presque) sur le même chemin. Comme toi, j’ai commencé à poser des barrières en décembre, le chemin continue malgré la douleur et la peur. Bonne route a toi !

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  2. Anne marie

    bonjour Renaud

    J’ai 65 ans et j’ai esquivé toute une vie un secret d’inceste : ça été possible pour moi.
    Esquiver toute une vie le secret de L’IAD concernant la naissance de mes enfants, m’enferme dans une autre histoire.
    A 52 ans j’ai disjoncté suite à la mort des protagonistes qui m’ont enfermé dans cette culpabilité. Un divorce puis 5 ans après, la mort de notre garçon, me laissent souffrante psychologiquement.
    Je décide de faire un travail thérapeutique en écrivant mon histoire de vie . Remuer ce passé, en comprendre les rouages, en acceptant l’impensable (mort subite de mon ainé) est extrêmement difficile.
    En février 2016, je déclare un cancer des ovaires au stade 4. J’ai très vite donné une signification à ce cancer tueur. Je me sais en sursis.
    Libérer, accepter, digérer ce passé fut si violent que mon corps n’a pas suivi mon esprit.
    Comment le corps peut-il aller bien quand la tourmente culpabilisante s’installe dans la tête pendant une vie entière ?
    Merci à vous pour les lumières que vous apportez.

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  3. Delphine

    Encore une fois, très bon article et bon résumé…. une problématique à laquelle j’ai souvent réfléchi. Cela me fait penser à ma psy qui fait un saut chaque fois que j’exprime ma volonté de “me débarrasser du problème” …. car comme toutes les personnes sur un chemin de guérison il m’arrive de trouver celui-ci bien long.
    Savoir trouver son rythme, en somme… et aussi accepter que l’on n’avance pas toujours au même rythme !

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  4. Marie

    L’éloignement permet de voir les choses mais pour moi une personne bienveillante auprès de moi m’aide, je trouve que c’est comme un chemin pour aller au travail, on prend toujours le même et on finit par de ne plus faire attention, une personne bienveillante, un thérapeute nous aide à ouvrir les yeux.

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  5. Luisier Y.

    Votre écrit M. Perronnet résonne très fort en moi. Une fois de plus, merci pour tous ces “petits cailloux blancs ” que vous semez au travers de vos articles. Mais que le chemin est long et douloureux ! J’ai mal à en crever en ce moment, mais ce que je viens de lire m’encourage à poursuivre la route.

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  6. Sophie.

    Merci pour ce texte. Après une thérapie à 17ans, mon passé ne fait plus partie de mon présent. La seule trace évidente est la personne que je suis. Et cette personne me plaît… Alors oui un travail thérapeutique est douloureux mais quelle liberté par la suite. Courage à ceux qui sont en plein travail. Vous êtes courageux​. Et bravo. Bisous plein de bienveillance.

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  7. etoilebleue

    Ce que j’ai envie d’ajouter si cela est possible.
    L’acceptation passe pour moi en autre par le deuil, le deuil de ses blessures. (sans doute, peut être, un autre article de ce site y fait référence, je ne sais pas).
    Ces blessures sont des cicatrices vécues que notre corps transporte ou que nous faisons transporter à notre corps sans le vouloir, sans le savoir.
    Peut être est il utile en plus de digérer toutes maltraitances vécues, à l’aide d’un thérapeute, de remercier son corps et lui dire qu’on l’aime et lui demander pardon de l’avoir maltraité (nous ne sommes pas coupables de l’avoir fait).
    Un des processus long et utile pour savoir et pouvoir ouvrir une nouvelle page de vie présente et à venir.

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  8. Bonnenfant

    Très beau texte Renaud qui s’applique à de nombreuses maltraitances aussi bien physiques que morales. J’ai presque digéré un affront fait par un chef du personnel qui m’a injustement dégradé suite à un passage de plein temps à mi-temps. Il m’arrive après 15 ans d’en vouloir à cet homme mais le blocage au niveau de la gorge s’est dissipé après mon passage à la retraite puis a disparu. Il faut laisser le temps au temps. Je vais le revoir pour l’enterrement d’une collègue a semaine prochaine et je pourrais mesurer non pas ma haine mais plutôt comment je vais me comporter vis-à-vis de lui. Un serrement de main sera peut être obligatoire. Quelques paroles, je vais les éviter pour ne pas engager une conversation qui serait déplacée dans le contexte…
    Ce que j’aime dans ces lectures régulières c’est le fait de faire ressurgir des événements de notre passé que l’on avait provisoirement mis en stationnement et les voir revenir nous permet d’en évaluer la distance et la digestion. Merci.

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  9. Jean-Michel

    Une expérience concrète (involontaire). Ayant été atteint par une douleur physique d’intensité moyenne et de durée moyenne, j’ai remarqué que en essayant de la fuir ou de la nier elle prenait de la place, tandis que en la considérant en ce qu’elle est (un imprévu pénible) elle reste présente mais avec une résonance moindre. Difficile d’expliquer plus précisément.

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  10. Sunflower

    C’est exactement ce que j’avais besoin de lire pour me donner l’élan nécessaire pour “digérer” mon passé familial. En vous lisant, j’ai compris que je refusais ce passé et conséquemment, cela le maintenait vivant et actif dans le présent. Merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, j’ai lu votre partage à cet endroit, je suis persuadé que ce ne sont pas des techniques alléchantes parce que vous déresponsabilisant de votre travail qui peuvent vous aider mais un travail sérieux de confrontation à vous-même.
      Il vous faut en effet regarder à la loupe comment vous vous y prenez dans votre vie, ici et maintenant pour activer votre passé malgré vous. Vous touchez donc du doigt (avec cet article) votre principale dépendance qui vous empêche d’avancer : le refus de ce passé.
      Et si vous deviez vous faire aider c’est bien sur le dépistage de vos pensées négatives qui vous condamnent encore à rabâcher ce passé, aussi douloureux qu’il ait été.
      En sachant que si vous éprouvez encore le besoin de le rabâcher c’est sans doute parce qu’il n’a pas encore été totalement mis à jour donc qu’il y a un travail préalable à faire, car ce n’est pas parce que vous avez l’impression de l’avoir mis à jour qu’il l’a été vraiment.

      Souvenez-vous que la confrontation à notre passé douloureux n’a pas d’autre but que celui de le quitter, mais on ne peut pas le quitter définitivement (sans ressentir le besoin d’y retourner), si on ne s’y est pas confronté totalement.

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  11. jann

    Bonsoir Renaud , bonsoir à Tous, comme disait Boris Cyrulnik, il n’ai pas possible d’oublier notre passé, car notre peau a une mémoire.
    Vous me connaissez à travers l’histoire de Jann, maintes fois j’ai essayé de me réconcilier avec l’Amour, l’amour de ma chair. C’est toujours un échec!
    J’ai éssayé d’avoir des aventures avec des hommes, des hommes biens, je n’arrive pas ! C’est comme cela ! je n’aime pas faire l’amour, çà me dégoute!
    Pour moi , ce qui est arrivé est arrivé, et il est impossible de digérer complétement cet abus, il est en moi et habite chaque cellule de ma peau! Oui! je peux avoir des passages où je me sens mieux, mais très vite le malaise s’installe de nouveau et j’apprends à vivre avec. Vous n’ y pouvez rien Renaud, et personne ne peut arriver à me réconcilier avec ma peau, mon toucher car elle est marquée au Fer Rouge. La seule chose qui me permet d’aller mieux c’est le contact des animaux. J’avais une petite chienne qui est décédée en avril dernier, j’ai hurlé sa mort !!! son contact me manquait! son toucher me manquait! son odeur me manquait, j’allais jusqu’ à m’allonger dans son panier pour la sentir encore, encore et encore! je devenais comme folle! On m’a conseillé de reprendre un autre chien et j’ai compris que c’était auprés d’eux que je me sentais le mieux! Il n’y a pas de réconciliation possible avec l’humain, Renaud, et il y en aura jamais! Alors Esquiver ou digérer , pour moi cela n’a aucun sens, le passé est là! c’est tout! Bien à Vous ! Jann

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  12. jann

    Je dois également ajouter, que j’ai eu beaucoup de chance de vous rencontrer Renaud Perronnet, grâce à vous,
    j’ai compris de quoi , je souffrais, ” l ‘Inceste”
    Vous m’avez entendu, écouter, accompagner vers un mieux être;
    Oh que Oui! je me sens beaucoup mieux aujourd’hui arrivée à l’âge de 62ans.
    Ma voix est plus claire, mes mouvements sont plus grands, mes pas, vers l’extérieur, vers le dehors sont plus sûrs, plus stables.
    Je m’ouvre et je m’élargis dans l’amplitude de mes mouvements, je respire! et je sens cet air de Liberté chaque jour davantage. Pas à pas, je sors de cette terrible armure, cette terrible prison qui fut ma Peau pendant de très longues années. Tout ceci je le dois à Monsieur Renaud Perronnet; je n’ai pas assez de ma vie pour l’en remercier! oui certainement, il vaut mieux digérer son histoire, mais parfois j’ai encore des régurgitations.
    Je souhaite à tous et à toutes qui ont vécu de malheureux parcours, de vivre ce chemin d’ouverture, ce chemin de vie , ce chemin vers La Liberté!
    Jann

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  13. Sunflower

    C’est grâce à ma visite sur ce site et la lecture des partages que l’on y trouve que je viens de découvrir le travail d’Alice Miller. Je suis reconnaissante que vous nous ayez, monsieur Perronnet, fait connaître cette auteure.

    Enfin, je peux jeter un regard lucide sur mon passé familiale. Je n’ai plus aucune résistance à regarder les yeux grand ouverts ce qui s’est passé à la maison et ce, sans regard complaisant. Je me sens libérée de cette injonction qui veut que Père et Mère tu honoreras ou pire, qu’a ton père et ta mère, tu pardonneras. Je n’ai rien à leur pardonner, car j’ai déjà assez de boulot à simplement sortir du déni et me libérer du carcan social qui légitimise les parents de tout au nom du pardon judéo-chrétien. S’ils ne sont pas à l’aise avec le couple qu’ils ont formé, avec les comportements parentaux inadéquats qu’ils ont eus, c’est leur problème. Dans mon cas, je n’ai plus besoin d’eux ni de leur parentalité.

    J’ai écrit à mes géniteurs. J’ai nommé ma colère, dans le détails. J’ai ensuite laissé traîner ma correspondance dans un cahier quelques jours, j’ai relu et ensuite, j’ai brûlé.

    Depuis, l’enfant maltraité par mes parents que j’étais, est en train de rebrousser chemin tranquillement pour laisser l’adulte que je suis, exister.

    Ce qui a peut être aidé ce processus en marche, c’est que lors d’un récent échange téléphonique avec ma mère, elle m’a présenté ses excuses de ne pas m’avoir protégée de mon père abuseur, d’avoir banalisé mes mauvais traitements, mais également de ne pas avoir eu le courage de quitter son mari violent nous exposant ainsi, mon frère et moi, à de la violence conjugale.

    Je l’ai laissé parler, car je sentais qu’en quelque sorte, cela la soulageait, mais je suis restée silencieuse. Le silence suffisait à lui seul. Il donnait du poids à ses propos.

    Je n’ai pas la prétention de dire que tout est réglé et que jamais, des pensées noires surgiront de ce passé familial douloureux, mais je sens cette fois un réel travail en profondeur se faire.

    Dans la foulée de cette douce transformation, j’ai échangé avec mon fils hier. Il a vingt ans. Je voulais savoir s’il s’était senti abandonné par moi lorsqu’un juge a pris la décision de ne pas me laisser partir avec mon fils lorsque je suis déménagée de province. Il avait été alors confié (malgré moi) à son père incompétent et sa conjointe violente et il m’a répondu quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas. Il m’a répondu que c’était l’intention qui comptait dans le sens où s’il avait vécu mon absence difficilement, il a toujours su que je n’avais jamais eu l’intention de l’abandonné. Il n’avait pourtant que huit ans à l’époque et c’est la réponse qu’il m’a offerte hier.

    J’ignore s’il m’idéalise ou non par cette réponse, l’avenir nous le dira, mais je le sens plutôt équilibré pour son jeune âge. Il parle de son vécu difficile (une belle-mère violente psychologiquement) comme quelque chose qui l’a forgé.

    Je serai attentive le plus possible à sa vie et n’hésiterai jamais à reconnaitre mes torts si ceux-ci s’avèrent être nuisibles à son développement.

    Maintenant, est ce qu’un jour j’arriverai à vivre une relation affective saine et équilibrée avec un homme ? Je l’ignore aussi et pour tout dire, je n’attends rien. Comme elles se sont succédées avec différentes personnes dans un cadre violent, j’apprécie dans le moment ma paix d’esprit. Je souhaite renouer avec moi, d’abord, avec l’adulte que je suis pour que plus jamais, mon enfant intérieur prenne les commandes de ma destinée.

    À petite dose, je poursuis la lecture de tout ce qu’on retrouve ici et qui me fait tant de bien.

    Merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je crois en effet que de ne rien attendre est le meilleur moyen d’être disponible à tout.
      Juste un mot à propos de votre fils. Dire que des maltraitances psychologiques nous forgent, n’est-ce pas dire que nous en avons eu besoin d’elles, de peur de reconnaitre la vérité : les maltraitances créent de la violence refoulée en nous ?
      Car pour nous développer nous avons tous simplement besoin de patience, de douceur, de compréhension et d’amour.

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  14. Lullaby

    Bonjour, votre article me parle et pour autant, je ne suis incapable de comprendre le tourment intérieur qui m’assaille depuis une semaine. Je connais mes blessures, je n’étais pas une toute petite enfant lorsque les choses ont dérapé entre mes parents, j’avais 8-9 ans, je me souviens de tous les épisodes douloureux et effrayants (tentatives de suicide de ma mère, son hospitalisation en HP, moi et ma sœur balotées tout un été chez les uns et les autres ma mère étant hospitalisée et mon père travaillant, il ne pouvait pas nous garder). J’ai conscience d’avoir endossé un rôle, celui de l’aînée sage, qui ne fait pas de vagues pour pas faire encore plus de peine à ses parents. Élève moyenne, ni bonne ni mauvaise, toujours sur le fil, ma mère soupirait tout le temps en me disant qu’avec mes capacités je pourrais faire mieux si je me secouais, pour autant elle me rabaissait à d’autres moments. J’étais grosse et je suis devenue le bouc émissaire d’un élève de ma classe, j’avais 11 ans. Sa réponse à mes larmes le soir quand je racontais ce qu’il me disait “tu n’as qu’à maigrir”. Pour faire simple, si j’avais un soucis, pour elle ça ne pouvait venir que de moi, jamais des autres. Pas de soutien, pas de valorisation physique ou intellectuelle de ce que je pouvais être , je me suis construite du mieux que j’ai pu sur ces bases, ce qui fait de moi une adulte sans une once de confidentialité en elle, sans arrêt à juger le pour et le contre sans pouvoir trancher, méfiante à l’égard des autres et de leurs intentions (même mes amis..). À l’adolescent ça a été pire, j’ai fini moi aussi par faire une tentative de suicide tellement je ne supportais plus ce que j’étais, au fond j’espérais aussi qu’ils ouvriraient les yeux sur ma souffrance, ça n’a pas été le cas. Après une semaine en UMP, je suis rentrée chez moi et jamais nous n’avons reparlé de cet épisode, ils n’ont pas été plus doux avec moi pour autant ni plus compréhensifs. Le mieux est venu quand je me suis installée avec mon conjoint à 18 ans, je suis partie, j’ai arrêté les études et travaillé pour m’emanciper d’eux financièrement, pendant plusieurs années je me sentais bien , belle, dans une relation saine. Les seules alertes que j’ai minimisées à cet époque sont apparues quand mon conjoint est parti voir sa famille à 2 reprises, j’ai sombré le temps de son absence sans comprendre pourquoi, je sais maintenant que j’ai une peur terrible de l’abandon. Depuis que je suis mère à mon tour, installée dans une maison qu’on a achetée, j’ai sombré dans un état dépressif, masqué la plupart du temps par le rythme du quotidien. Je vois une psy, nous avons abordé tous ces aspect sombres de mon histoire, pour autant, ce matin je n’ai pas pu me lever pour aller au travail, je ne me sens pas capable aujourd’hui de faire semblant face à mes collègues. Oui mon passé est triste par certains aspects, cela veut il dire qu’il va diriger le reste de ma vie? Peut on réellement aller mieux ou est ce une chimère ? Comment peut pas être aussi mal après 10 mois de thérapie ? J’ai l’impression d’y voir moins clair qu’au début, je pensais sincèrement que raconter mon histoire et avoir un regard neutre dessus serait suffisant. Seulement c’est de mal en pis, mon sommeil commence à être perturbé par des cauchemars, je suis poursuivies par des ombres voraces (des zombies dessinés au crayon de papier précisément), je me réveille effrayée quasi quotidiennement. J’envisage de demander un traitement anti-depresseur à mon médecin, mais j’ai peur que çà ne fasse que masquer ce qui ne va pas et que ça soit contre productif avec la thérapie. Je lis vos articles qui trouvent un écho en moi mais je ne parviens pas à trouver le chemin pour avancer.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ce n’est pas à moi à qui vous devez confier vos doutes (que je comprends fort bien) mais à la personne avec laquelle vous travaillez. Alors courage, confrontez votre psy à ce que vous avez à lui dire, elle est là pour ça je vous l’assure, c’est son travail de recevoir de vous ce que vous avez à lui dire.
      Non “raconter” n’est pas tout, raconter, élaborer permet une prise de conscience qui peut être douloureuse et que vous avez besoin de dépasser : le travail n’est pas fini. Poursuivez-le, redoublez d’ardeur dans votre thérapie, ne vous laissez pas tomber !
      Ma réponse présuppose bien sûr que vous vous êtes adressée à un ou une professionnelle n’est-ce pas ?

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