Il n’y a pas de « bonne fessée »

« 85% des enfants français sont frappés par leurs parents. »

Sondage SOFRES, réalisé pour l’association Eduquer sans frapper.

« Traitez vos enfants exactement comme vous voudriez que vos enfants vous traitent. »

Norm Lee.

« Pour mettre de l’ordre, il faut regarder le désordre », disait un thérapeute avec bon sens. Le désordre dans la relation parent-enfant n’est pas facile à admettre, d’autant plus que sa reconnaissance risque d’engendrer la culpabilité et la honte.

Là, nous nous trouvons devant un choix :

  • nous voiler la face et continuer de croire – en souriant – qu’une bonne fessée ou que quelques claques n’ont « jamais fait de mal à personne ».
  • ou voir la vérité (ce qui est), en face, lucidement, et oser s’interroger : pourquoi frapper un enfant s’appellerait éducation alors que frapper un adulte s’appelle agression ?

Alice Miller est docteur en philosophie et psychothérapeute. Chercheuse, elle se consacre, depuis 1980, à l’étude des causes des mauvais traitements infligés aux enfants, et à leurs conséquences sur la vie d’adulte.

« L’opinion publique est loin d’avoir pris conscience que ce qui arrivait à l’enfant dans les premières années de sa vie se répercutait inévitablement sur l’ensemble de la société, et que la psychose, la drogue et la criminalité étaient des expressions codées des expériences de la petite enfance…

Ma tâche est de sensibiliser cette opinion aux souffrances de la petite enfance, en m’efforçant d’atteindre chez le lecteur adulte l’enfant qu’il a été. » (A.M.)

Le tract d’Alice Miller sur la fessée :

Pourquoi les fessées, les gifles et même des coups apparemment anodins comme les tapes sur les mains d’un bébé sont-elles dangereuses ?

  1. Elles lui enseignent la violence, par l’exemple qu’elles en donnent.
  2. Elles détruisent la certitude sans faille d’être aimé dont le bébé a besoin.
  3. Elles créent une angoisse : celle de l´attente de la prochaine rupture.
  4. Elles sont porteuses d’un mensonge : elles prétendent être éducatives alors qu’en réalité elles servent aux parents à se débarrasser de leur colère et que, s’ils frappent, c’est parce qu’ils ont été frappés enfants.
  5. Elles incitent à la colère et à un désir de vengeance qui restent refoulés et qui s’exprimeront plus tard.
  6. Elles programment l’enfant à accepter des arguments illogiques (je te fais mal pour ton bien) et les impriment dans son corps.
  7. Elles détruisent la sensibilité et la compassion envers les autres et envers soi-même et limitent ainsi les capacités de connaissance.

Quelles leçons le bébé retient-il des fessées et d’autres coups ?

  1. Que l’enfant ne mérite pas le respect.
  2. Que l’on peut apprendre le bien au moyen d’une punition (ce qui est faux, en réalité, les punitions n’apprennent l’enfant qu’à vouloir lui-même punir).
  3. Qu’il ne faut pas sentir la souffrance, qu’il faut l’ignorer, ce qui est dangereux pour le système immunitaire.
  4. Que la violence fait partie de l’amour (leçon qui incite à la perversion).
  5. Que la négation des émotions est salutaire (mais c’est le corps qui paie le prix pour cette erreur, souvent beaucoup plus tard).
  6. Qu’il ne faut pas se défendre avant l’âge adulte.

C’est le corps qui garde en mémoire toutes les traces nocives des supposées « bonnes fessées ».

Comment se libère-t-on de la colère refoulée ?

Dans l’enfance et l’adolescence :

  1. On se moque des plus faibles.
  2. On frappe ses copains et copines.
  3. On humilie les filles.
  4. On agresse les enseignants.
  5. On vit les émotions interdites devant la télé ou les jeux vidéo en s’identifiant aux héros violents. (Les enfants jamais battus s’intéressent moins aux films cruels et ne produiront pas de films atroces, une fois devenus adultes).

A l’âge adulte :

  1. On perpétue soi-même la fessée, apparemment comme un moyen éducatif efficace, sans se rendre compte qu’en vérité on se venge de sa propre souffrance sur la prochaine génération.
  2. On refuse (ou on n’est pas capable) de comprendre les relations entre la violence subie jadis et celle répétée activement aujourd’hui. On entretient ainsi l’ignorance de la société.
  3. On s’engage dans les activités qui exigent de la violence.
  4. On se laisse influencer facilement par les discours des politiciens qui désignent des boucs émissaires à la violence qu’on a emmagasinée et dont on peut se débarrasser enfin sans être puni : races « impures », ethnies à « nettoyer », minorités sociales méprises.
  5. Parce qu’on a obéi à la violence enfant, on est prêt à obéir à n’importe quel autorité qui rappelle l’autorité des parents, comme les Allemands ont obéi à Hitler, les Russes à Staline, les Serbes à Milosevic.

Inversement, on peut prendre conscience du refoulement, essayer de comprendre comment la violence se transmet de parents à l’enfant et cesser de frapper les enfants quel que soit leur âge. On peut le faire (beaucoup y ont réussi) aussitôt qu’on a compris que les seules vraies raisons de donner des coups « éducatifs » se cachent dans l’histoire refoulée des parents.

© Alice Miller.

Une jolie video Levez la main contre la fessée qui est une action de sensibilisation lancée par le Conseil de l’Europe en juin 2008 pour éliminer les châtiments corporels des enfants :

Pour aller plus loin, vous pouvez :

  • Téléchargez gratuitement le tract d’Alice Miller, au format PDF, en cliquant sur ce bouton :
  • Télécharger gratuitement, au format PDF, le livret illustré de 30 pages de Catherine Dumonteil Kremer : « Sans fessée comment faire ? » en cliquant sur ce bouton : 
  • Lire : « La fessée, 100 questions-réponses sur les châtiments corporels », par Olivier Maurel, préface d’Alice Miller, aux éditions La plage. 2001.

« Ce livre est un cadeau pour les millions de jeunes qui n’ont pas encore d’enfants. Un cadeau aussi et surtout pour tous les enfants à naître dont les parents auront eu la chance de le lire. » (A.M. préface au livre d’O. Maurel.)

Principaux chapitres de ce livre :

  • Brève histoire des châtiments corporels.
  • Nature des châtiments corporels et quelques opinions sur le sujet.
  • Pourquoi les châtiments corporels sont-ils si destructeurs ?
  • Comment peut-on éduquer sans frapper ?
  • Les besoins fondamentaux de l’enfant.
  • L’enfant n’a-t-il pas aussi besoin d’interdits ?
  • En ne frappant pas les enfants, ne risque-t-on pas d’en faire des enfants-rois ?
  • Pourquoi risque-t-on d’être amené à frapper ?
  • Eduquer l’enfant ne consiste-t-il pas à lui inculquer des règles, de gré ou de force ?
  • Quels sont les comportements des parents qui risquent d’être générateurs de conflits ?
  • Comment passer du réflexe à la réflexion ?
  • Que faire avec un enfant particulièrement violent ?
  • Que nous apprend l’expérience des pays « abolitionnistes » ?

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12 réflexions au sujet de « Il n’y a pas de « bonne fessée » »

  1. M

    Non ! Je ne suis pas pervers mais à quoi voulez-vous attendre d’autre qu’une fessée dans la vie pour avancer puisque c’est le seul TOUCHER que j’ai eu de la part de mon père !
    Le Toucher avec ma mère était pratiquement inexistant !

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, nous « attendons » ce que nous connaissons donc ce que nous avons appris. Votre schéma de victime d’une éducation violente sera brisé le jour où vous oserez lui désobéir, le jour où vous oserez vous donner du plaisir à vous-même en accueillant vos besoins réels.

      Répondre
      1. M

        Parce que vous pensez ou vous croyez que je les ressens ces besoins réels ?
        Comment pouvez-vous savoir ce que je ressens alors que je ne sais plus moi-même !
        Comment puis-je désobéir à quelque chose que je connais et comment puis-je obéir à quelque chose que je ne connais pas ?

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Pour ressentir ses besoins réels, il faut se mettre à l’écoute de soi-même, ce que (dans notre éducation) nous n’avons, le plus souvent, jamais appris à faire. Pouvez-vous convenir de cela ? Si oui, vous pouvez aller plus loin et sentir que vous obéissez à « un autre que vous-même » car pour pouvoir désobéir, il faut commencer par voir à quoi on obéit et auquel on est soumis.

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          1. M

            Oui, j’en conviens !
            En quelque sorte c’est carrément quelqu’un d’autre que je suis devenue ! Mais où elle est l’autre ?
            Enfin celle d’avant ? cette partie de ma vie, cette fille qui aimait sa famille ! cette fille qui aimait son papa et sa maman ! cette petite fille si triste, cette fille qui a peur de tout ! qui a peur de bouger et qui ne parle jamais ! mais où est -elle ?
            On dirait qu’elle a fondu, là, à mes côtés ! je la sens encore un peu, mais elle disparaît… elle disparaît, j’ai mal au coeur, mais je ne la retient pas. Non ! Je ne la retient pas!
            Aujourd’hui j’ai Faim ! j’ai faim de connaître ! Oui ! j’ai faim aujourd’hui !

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  2. zora roza

    Alors comment eduquer un enfant turbulent?comment lui apprendre a respecter ses parents?…j’ai un bébé de 14 mois il est vraiment éppuisant j’ai l’impression qu’il me comprend pas et je crains si je le tappe sur les mains sa risque d’entrainner de fameux problemes aidez moi s’il vous plais

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Découvrir que si votre bébé vous épuise, cela parle davantage de vous et de votre fatigue que de lui. Donc commencer par vous occuper de votre fatigue à vous, car tous les enfants qui se sentent respectés par leurs parents les respectent en retour.
      Pour aller plus loin, vous pouvez lire mon article : Eduquer ou dresser ?

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  3. fab

    J’ai 37 ans, Johan a 4 ans.

    Merci pour cet article et pour les liens proposés.

    C’est complexe… je reconnais ce qui vient de mon passé dans les fessées reçues par mon fils aujourd’hui. C’est très dur de regarder par là, de se représenter en quoi mon éducation m’a fait comme je suis, et en quoi je dois à mon fils de changer.

    J’ai cru enfant, et je crois encore à l’existence d’une urgence permanente (mes parents ont probablement manqué de temps pour vivre leur vie ?). Je fais passer mes méthodes expéditives sous couvert de cette urgence car « faut pas que ça traîne », vite, ce sera mieux demain)

    C’est ficelé dans mon esprit de telle façon que si je commence à me raisonner sur le moment, je suis tellement confus/écoeuré que je veux… fuire en avant vers la suite, espérer qu’il (mon fils) fasse mieux la prochaine fois, qu’il ait compris. En gros, c’est à lui de progresser !

    Dans le même élan, la moindre latence (comme un instant de doute autour de la fessée p.ex.) mute très vite en « c’est pas bon, je lâche du mou, je ne remplis donc pas mon obligation d’éducateur, donc il fera potentiellement pire la prochaine fois »…Mais avec quel écoeurement face à une telle accumulation d’erreurs. Terrible logique implacable, non constructive au possible. Psyco-rigide ascendaant psycopathe non ?

    Pas sympa en tous les cas.

    Je peine à briser mes chaînes et c’est un innocent qui en fait les frais. A 18 mois ou 2 ans, je disais (ou pensais) déjà qu’il « n’écoute pas »…

    BIlan, il a 4 ans et malgré tous les beaux idéaux que j’avais échafaudés/fantasmés avant d’être pêre, je lui sers à la pire réplication copie conforme de la m… que j’ai vécue. M… toute relative mais bien foireuse pour ce qui est de l’éducation harmonieuse d’enfants.

    Je ne sais pas si quelqu’un répondra à ce commentaire mais il aura au moins servi à réfléchir et VOIR.

    Un homme préssé. 😉

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, c’est parce que vous « verrez » que vous pourrez arrêter, quand on voit un trou devant soi, on ne tombe pas dedans, si on y tombe c’est qu’on ne le « voit » pas.
      « Voir », c’est découvrir comment ayant été contraint de subir la violence dans votre enfance, elle se révèle aujourd’hui contre votre fils. Je ne crois pas que vous soyez psychopathe mais vous avez urgemment besoin de faire un travail thérapeutique qui vous aidera à ne pas reproduire sur votre enfant innocent ce que vous avez subi.
      Il vous faudra du courage pour oser voir en face ce qui fait de vous un « homme pressé » (donc votre vécu d’enfant), car « voir » n’a pas d’autre but que de devenir capable de ne pas reproduire.

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  4. Luc

    cet article va beaucoup trop loin selon moi. une gifle occasionnelle ou enguelade occasionelle met des limites au comportement de l’enfant. l’enfant doit etre conscient des limites et du danger pour lui -meme ou autrui de certains comportements. vous preferez les voir au poste de police comme certains adolescents qui font n’importe quoi ?

    de plus la violence est au coeur de la societe et n’est a mon avis certainement pas causée par quelques gifles dans l’enfance, gifle opportunes au moment de transgressions (a reserver aux graves transgressions)

    ce qui est intolerable, c’est la violence physique ou psychologique systematique envers un enfant , quand l’enfant devient le refouloir de differentes pulsions de l’adulte, la les degats sont considerables. l’enfant a droit au respect et l’affection.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pourquoi devrions-nous mettre des limites dans un rapport de force ? Le rapport de force aide-t-il un enfant à sentir et à comprendre l’évidence de la limite ou crée-t-il nécessairement la soumission avec son envers, le besoin de revanche ?

      Ce ne sont pas les gifles qui causent la violence de la société mais la manière dont celui qui les a reçues a été contraint de confondre cela avec de l’amour.

      Selon vous il existerait donc deux violences, une bonne et une mauvaise.
      Pourquoi la violence « systématique » devrait-elle être plus intolérable que la violence « occasionnelle » ? Au moment où nous la recevons, n’est-ce pas – tout simplement – de la violence ?

      Et puis pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant ?

      Pour aller plus loin, lisez : Réaction

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  5. Laulie Rose

    Bonsoir, cet article d’Alice Miller est une merveille. J’aurais aimé la connaitre, lui parler… Elle a très bien cerné la source profonde des maux de notre monde. Comment peut-on espérer un monde en paix si l’on enseigne au petit être à peine né, la violence ? Comment pourrait-il y avoir une limite décernable entre une fessée qui ne serait pas une maltraitance et une autre qui deviendrait maltraitance : faut-il seulement qu’elle laisse une trace pour que l’on puisse l’appeler maltraitance ? J’en ai eu des fessées, des claques, des gifles, des coups « sans traces visibles », sûrement rien de bien méchant, diront certains. Des coups qui voulaient dire : « tais toi », « ne pense pas », « ne dis jamais ce que tu penses si c’est contraire à ce que je veux entendre ! ». Des fessées qui transmettent l’incompréhension et l’humiliation. Des fessées qui rabaissent, qui détruisent. Comment peut-on oser dire que sous prétexte qu’il n’y a pas de sang, pas de blessure physique, les fessées associées aux mots terribles (ou même les mots terribles seulement) sont inoffensives ?
    Laulie Rose, auteure de « Papa où t’es ? »

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