Dois-je changer la nature toxique de mon conjoint dans sa relation à mon enfant ?

Question posée par Agathe :

Je suis pour une parentalité consciente malgré la toxicité, agressivité que je porte et mon envie de changer.

Mon conjoint est moins « agressif » en surface mais davantage dans l’humiliation, la gentille moquerie, les étiquettes et dès que je lui fais remarquer, il se braque, dit qu’il n’a pas à se remettre en question et que tous ces trucs de psycho sont des conneries.

Dois-je arrêter d’essayer de changer sa nature ?

Mes pistes de réponse :

Oui car votre difficulté ne peut pas se résoudre de la manière dont vous l’abordez…

Il s’agit moins d’être pour ou contre un type d’éducation que d’être dans une relation d’amour et de bienveillance avec l’autre dans le couple de manière à ce qu’il ne se braque pas, de manière à ce que – se sentant respecté par vous – cet autre ait lui-même le désir de respecter l’enfant qu’il a eu avec vous.

Il ne peut pas y avoir de couple sans un désir mutuel de vouloir rendre l’autre heureux. C’est donc cet amour et cette bonne volonté qui doivent être les moteurs de votre relation dans le désir commun d’être parents.

Il vous faut donc comprendre puis admettre que de vouloir changer la nature de l’autre dans le couple est non seulement vain mais violent pour cet autre.

Il faut également comprendre que les conflits répétés des parents en présence des enfants tuent émotionnellement les enfants qui sont des éponges. Donc qu’à vouloir changer l’autre (à le désirer comme on voudrait qu’il soit plutôt que comme il est), on rajoute (inconsciemment) de l’huile sur le feu et on inquiète grandement les enfants. Inquiéter les enfants sous le prétexte de vouloir les défendre est simplement maladroit puisque ce faisant on fait le contraire de ce que demande l’ensemble de la relation pour être apaisé.

L’humiliation, les étiquettes, la soi-disant « gentille moquerie » (qui ne paraitra gentille qu’à celui qui l’exprime, pas à celui ou à celle qui la reçoit), sont souvent des protections dont des êtres fragiles croient avoir besoin parce qu’ils ont peur de s’ouvrir. D’ailleurs votre compagnon ne l’exprime-t-il pas en estimant ne pas ressentir le besoin de se remettre en question ?

Dans un tel contexte, je fais l’hypothèse que votre compagnon se braque d’autant plus qu’il se sent lui-même agressé et humilié par vos observations et vos prises de position qu’il ne peut pas entendre parce qu’il est incapable d’en valider la cohérence compte tenu de ses propres émotions.

Vous ne parviendrez pas à faire de votre compagnon un homme respectueux de ses enfants en lui répétant qu’il a tort. Pour espérer lui permettre d’évoluer, il va vous falloir tenir compte de sa sensibilité, en commençant par mettre tout en œuvre pour que s’instaure une relation de confiance entre lui et vous. Cela vous demandera de faire preuve d’amour, de patience et de maitrise de vous-même.

Tant que vous voyez les choses en termes qui divisent (ma méthode d’éducation contre ta méthode d’éducation), vous courrez le risque de perdre la relation : votre but doit être de parvenir à avoir un projet commun avec votre compagnon. Sans projet commun, pas d’harmonie possible.

D’autre part, vous expliquez que vous aspirez à établir une parentalité consciente avec votre enfant, malgré – dites-vous – la toxicité et l’agressivité que vous portez, en contradiction avec votre désir de changer.

Votre négativité ne peut pas être un bon moteur. Un être qui s’en veut de ses propres réactions vis-à-vis de son enfant se condamne à ne pas pouvoir évoluer. C’est en vous connaissant peu à peu, en vous comprenant, en cherchant ce qui vous oblige à agir a contrario de ce que vous voulez profondément pour votre enfant (cela parle de la mise au grand jour de votre histoire de manière à ce que vous compreniez les causes profondes des mécanismes qui vous animent), que vous parviendrez à changer.

Il en sera nécessairement de même dans la relation à votre compagnon. Il va vous falloir être attentive à ce que votre fort désir d’empêcher votre compagnon d’être comme il est pour le moment ne soit pas un empêchement à la paix dans la relation de couple. Cela signifie être attentive au fait qu’un projet commun d’éducation demande à la fois l’inclusion de l’autre et le respect de vos propres limites.

Être parent est d’autant plus délicat que les comportements des enfants stimulent les inconscients des parents en les forçant à réagir, même s’ils ne le veulent pas. Il sera donc particulièrement important que vous appreniez à en tenir compte, pour vous-même comme pour votre compagnon.

Tout cela pour vous aider à sentir que c’est en changeant radicalement le regard que vous posez sur votre compagnon que vous parviendrez – ensemble – à établir une relation harmonieuse avec votre enfant.

C’est votre relation consciente à tous les deux qui déterminera la manière dont vous allez pouvoir vous y prendre de manière harmonieuse pour votre enfant en devenant des parents conscients.

Illustration :

Marc Chagall, Amoureux aux fleurs, huile sur toile, 1927.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire :


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Nita

Bonjour,
Ceci me semble être un vrai challenge quand les parents sont séparés (pour raisons de désaccord éducatifs notamment) !