Irritation

Réflexion n° 38 :

L’irritation est l’amie de celui qui cherche à se connaître, à condition qu’il soit d’accord pour la regarder de près plutôt que de la justifier (« c’est normal que je sois irrité après ce qu’il m’a fait ») en se racontant que s’il est irrité c’est forcément de la faute des autres.

Pourquoi en effet serait-ce toujours de la faute des autres ?

Je me souviens que sur son blog une femme réagissait à l’un de mes articles sur la relation parents / enfants dans lequel je développais que quand les parents criaient sur leurs enfants, ils les traumatisaient, et qu’il fallait donc éviter de le faire pour ne pas leur faire du mal.

Elle avait écrit ceci : « Ce discours m’énerve au plus haut point, quand y’en a marre, y’en a marre ! »

On peut trouver deux raisons complémentaires à une telle réaction.

D’une part, il y a des chances que cet article ait parlé d’elle dans son rapport à ses propres enfants, d’autre part ces propos ne l’auraient pas tant irritée si elle n’avait pas dans le fond l’intime conviction qu’ils disaient vrai.

Car nous ne sommes irrités que par ce que nous n’aimons pas chez nous.

« Qui juge se dénonce, qui accuse se défend, qui médit se raconte » dit le proverbe. On pourrait ajouter « qui est irrité se démasque », ou (comme le disent avec simplicité les enfants) : « c’est celui qui dit qui y est. »

Pour reprendre l’exemple cité plus haut, quelqu’un qui parle toujours gentiment à ses enfants ne peut pas être irrité par un article dénonçant les « parents hystériques ».

L’irritation s’avère donc être un bon moyen à notre disposition pour faire apparaître notre inconscient. Notre part d’ombre. Des fonctionnements en nous que nous n’aimons pas et que nous tenons cachés.

En fait nous sommes irrités par nous-mêmes au moment même où nous reconnaissons – en l’autre – le reflet de ce que nous sommes intérieurement et que nous refusons avec obstination d’être.

« Celui qui ne se voit pas lui-même n’arrête pas de parler des autres. Il passe son temps à repérer et à mépriser en autrui des fautes et des faiblesses qui sont en fait camouflées et refoulées en lui-même », explique Swâmi Prajnânpad.

Lorsque nous serons vraiment persuadés que ce qui nous irrite chez l’autre est en nous, plus ou moins caché, nous pourrons nous servir de l’irritation pour mieux nous connaître.

Faisons le pari que puisque pour cette femme il était culpabilisant donc insupportable de convenir qu’il était dommageable pour les enfants de leur « crier dessus », il ne lui restait pas d’autre possibilité – dans la contradiction qui était la sienne – que de justifier ses propos par son débordement émotionnel.

Dès lors que nous refusons quelque chose en nous-mêmes, nous nous condamnons à le refuser chez les autres et – à travers notre irritation – nous nous démasquons.

Car, s’il est vrai que les personnes agissent toujours en fonction de ce qu’elles sont, pourquoi devrions-nous être irrités par elles ?

Si nous sommes d’accord pour que les autres aient les réactions qu’ils ont, l’irritation tombe d’elle-même. Alors nous pouvons entendre leurs propos sans y ajouter notre part émotionnelle.

Sachant cela, nous pourrons peut-être nous réjouir – lors de l’expression de notre prochaine irritation (ou de la suivante !) – d’avoir l’opportunité donc la chance d’apprendre quelque chose sur nous.

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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Scellier
Scellier
14 janvier 2016 17:16

Article très juste. Merci de l’avoir diffusé car je pense qu’il touche tout le monde à un moment donné…

Marie
Marie
30 janvier 2015 21:18

Je voulais répondre à Marie car moi aussi je veux toujours être parfaite et là je rentre de la danse et oui au début du cours “Madame perfection” veut tout faire bien et à la fin du cours je suis fatiguée et je lâche prise et c’est là que je m’éclate le plus qu’est ce que c’est bien, j’aimerais pouvoir être comme ça tout le temps…

Marie
Marie
30 janvier 2015 16:07

Quand je dis ça je vais à l’extrême dans l’autre sens car j’ai toujours pensé qu’il fallait aider les autres.
Du coup ça me fait du bien que je les aide quand malencontreusement je les énerve mais oui vu comme ça cela peut être mal interprété en effet.

En fait, je voulais dire que j’ai tendance à culpabiliser quand j’énerve quelqu’un ça doit certainement me venir de quelque part et oui ce n’est peut être pas la bonne solution de se dire que ça peut aider l’autre, il vaut mieux que je cherche d’où ça me vient c’est sur.

Catherine
Catherine
30 janvier 2015 15:24

Bonjour à tous, je viens de prendre connaissance de ce post et des divers messages, voici la situation dans laquelle je me suis retrouvée. Ma mère a 96 ans, je prends en charge son linge toutes les semaines. La semaine dernière il n’y avait aucun linge à laver. Ma mère qui se déplace sans difficultés, m’a dit:” je ne me suis pas salie et l’infirmière ne m’a pas douchée, on ne m’a pas changée de linge de corps ni de chemise de nuit (qui par ailleurs sentait fort l’urine), ni de serviette de bain, ni de gant de toilette”… (entre… Lire la suite »

Marie
Marie
30 janvier 2015 11:22

En fait, je viens de comprendre que cette réflexion et très déculpabilisante car on se dit que si on énerve quelqu’un on lui permet de soigner ses failles et on culpabilise moins ça nous permet de rester soi. Merci merci.

Corinne
Corinne
23 janvier 2015 16:49

Bonjour monsieur Perronnet, merci pour vos ecrits d’une grande clarté, je ressent parfois une forte irritation face a mon enfant de 3 ans dont la demande n’est pas parfois avec ce que je peux lui donner, je crois que je n’arrive pas a supporter le conflit interne dans lequel je me trouve, vouloir qu’il soit heureux (souriant content) et l’inpossibilité de repondre a sa demande dans une situation x dans laquelle je me trouve ( expl: il veut les bras/je dois faire a manger…ou m’occuppe de sa soeur…souvent j’ai deja tiré sur “ma” corde voulant faire au mieux sur d’autres… Lire la suite »

Jeromine
Jeromine
23 janvier 2015 10:13

On peut alors faire un distingo entre irritation et indignation ? L’irritation nous empoisonne nous mêmes et est se retourne contre nous au final. Mais l’indignation qui nous soulève quand on voit une injustice se commettre nous permet de passer à l’action et d’essayer de la réparer, d’agir. Si je vois quelqu’un maltraiter un animal ou une personne, je suis personnellement indignée, bien sûr que ça me renvoie peut être à des violences que j’ai pu subir, mais cette réaction me semble saine, il y a tant de passivité dans notre monde concernant le traitement d’autrui. L’empathie est peut être… Lire la suite »

Jéromine
Jéromine
Répondre à  Renaud Perronnet
27 janvier 2015 13:00

C’est drôle, je pense que pour une fois on ne s’est pas compris, et sur une question de terme. Je ne parlais pas d’une indignation consensuelle de surface mais plutôt si vous préférez de “révolte” au sens où Albert Camus l’entend et qui permet de passer à l’action après avoir réfléchi aux valeurs éthiques que l’on peut partager ( “Je me révolte, donc nous sommes”)
Bien à vous Jéromine

vanina
vanina
21 janvier 2015 16:48

bonjour monsieur Perronnet, la semaine dernière, trois décisions délétères pour les personnes vulnérables concernées, ont été prises par l’infirmière chef et une partie de l’équipe soignante: -il a été décidé du changement de place à table d’une patiente sans concertation avec celle- ci, qui depuis refuse de s’alimenter. Personne ne s’alarme. -il a été exigé d’une vielle femme, trés agées,dont le faible état général et les souffrances physiques sont reconnus médicalement et connus de l’équipe, qu’elle se rende désormais au refectoire du rez de chaussée pour alléger le travail de l’équipe des étages. La patiente dit pourtant être soulagée et… Lire la suite »

vanina
vanina
Répondre à  Renaud Perronnet
22 janvier 2015 15:46

bonjour monsieur Perronnet et merci pour votre réponse. Vous semblez penser que mon objectif est “que les autres devraient se ranger à mon bon sens”. Cela fait deux fois que vous me le suggérez, mais je ne le crois vraiment pas. Ce n’est pas mon bon sens mais juste des règles professionnelles issues de reflexions et d’études scientifiques de grands savants et penseurs que tout soignant doit appliquer (sans amputer pour autant le style de chacun) dans l’exercice de ses fonctions sans cela il y a violence. J’imagine bien que mon vécu fait que je ne la supporte pas, cette… Lire la suite »

Marie
Marie
20 janvier 2015 17:32

Bonjour, Votre article est très intéressant. Je suis une thérapie actuellement et cette idée m’est passé par la tête une fois. Je me suis dit est-ce-que ce que je reproche aux autres est une partie de moi. Je me pose la question sur certains sujets et notamment je me demandais si quand je reproche quelque chose à mon conjoint, est-ce-que je dois me regarder d’abord. Car certaines choses, je n’arrive pas à les trouver au fond de moi… Je lui dis souvent qu’il n’optimise pas les choses, n’anticipe pas, ne propose pas alors que j’ai vraiment l’impression de le faire.… Lire la suite »

Marie
Marie
Répondre à  Renaud Perronnet
22 janvier 2015 16:32

Je vois. Même si j’ai un peu du mal à comprendre tout par moment. Je n’analysais pas de la bonne façon. Donc quand quelque chose nous agace c’est qu’une part de nous n’est pas “comblée” car il nous manque quelque chose. Et il faudrait travailler sur ce quelque chose. Mon introspection n’est pas toujours évidente et surtout parce que j’ai l’impression de stagner et de tourner en rond. J’espère réussir à aller au dessus de tout ça un jour. Lorsque j’ai trouvé votre site, j’ai faillit vous demander des conseils mais je me dis que pour le moment ma psy… Lire la suite »

Marie
Marie
Répondre à  Renaud Perronnet
22 janvier 2015 16:47

Hummm j’ai justement l’impression que quand je lui dis ça elle me dit rien. Elle m’écoute.
Elle me pose des questions mais pour m’aider à me diriger vers des réflexions ou des choses. Par moment, je me demande si elle est faite pour moi haha… Je sais pas trop 🙂

Marie
Marie
Répondre à  Marie
30 janvier 2015 14:26

Bonjour Renaud,

Je crois que j’ai compris quelque chose. Lorsque je m’énerve contre mon conjoint, et que je lui fais des reproches, c’est parce que j’essaie de le rendre parfait comme je voudrais l’être moi-même ?
Une personne m’a évoqué ça, et ça m’a fait tilt, et j’ai pense à votre article…
Je garde l’idée en tête.

Marie
Marie
Répondre à  Renaud Perronnet
30 janvier 2015 14:33

Je crois que ça me bloque aussi sur faire de nouvelles choses comme prendre des cours de danses car j’ai peur du jugement des autres et d’être nulle. Pourtant par moment je ne me vois pas comme perfectionniste…

Marie
Marie
Répondre à  Renaud Perronnet
30 janvier 2015 14:53

Oui, la peur fait partie de ma vie.. Ce qui est parfois difficile à gérer même s’il faut savoir se faire violence. Merci pour votre conseil !

Marie
Marie
20 janvier 2015 15:23

Donc en fait si quelqu’un est dur avec une autre personne en fait c’est contre elle. Elle ne voit même pas l’autre, elle se fait des reproches à elle même. Du coup, voilà tout l’intérêt d’être bien avec soi quand on est parents car quand on est enfants on boit les paroles des parents car on veut être aimé.

Freyja
Freyja
20 janvier 2015 14:02

Oui, c’est tout a fait ça, même si – et surtout si – cela m’irrite sacrément 🙂

Marie
Marie
20 janvier 2015 10:03

Oui c’est vrai mais je viens de penser que si cela nous touche c’est qu’on doit avoir une faille de ce côté là. Merci pour cette ligne en plus ça m’a permis d’éclaircir un nouveau point et je suis également d’accord avec Eva, une fois qu’on cherche nos failles et qu’on essaie de les soigner on est mieux.

Eva
Eva
19 janvier 2015 21:59

Merci pour ce sujet. La vie est plus douce comme ça. Plus je me donne le droit de me comprendre et de m’aimer et plus j’apprécie les autres et les relations avec les autres. La vie devient passionnante!

Marie
Marie
19 janvier 2015 19:24

Je vous remercie pour votre réponse.

Marie
Marie
19 janvier 2015 15:05

Je suis tout a fait d’accord avec ça.
J’ai une question ma mère n’arrête pas de donner tout plein de bons conseils mais elle ne l’est suit jamais ça rejoint à ses failles qu’elles voudraient soignées et qu’elles n’arrivent pas ? Est-ce que les conseils qu’on ne suit pas peut être semblable à l’irritation qui met en avant nos failles ?

Nita
Nita
Répondre à  Renaud Perronnet
25 janvier 2022 07:52

Donc quand je donne un conseil non demandé (à une amie ou à un de mes enfants par exemple), en fait je me le donne à moi-même ?

Lidia
Lidia
19 janvier 2015 08:44

Ma fille s’est fait casser sa voiture et voler son telephone qu’elle avait laissé sur le siege conducteur. Quand elle m’a appellé pour me le dire, et qu’en plus elle accusait la terre entière pour son innatention, je me suis sentie en colère. Je me suis dit : quelle idiote, elle avait qu’à mettre un panneau servez vous sur la voiture!! Et puis la colère montant, je me suis dit : ok laisse ta colère sortir, tu as le droit et quand tu seras calmée on verra ce qu’elle reveille en toi. Ca a duré 2 mns et quelques exemples… Lire la suite »