Être Charlie

Réflexion n° 37 :

De retour du rassemblement organisé à Colmar ce 11 janvier 2015, en hommage aux 17 personnes tuées en trois jours dans les attentats, la formule de Martin Luther King « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots » nous a semblé plus que jamais d’actualité.

Pour « vivre ensemble comme des frères », il nous faut utiliser notre intelligence pour nous souvenir que ce n’est pas l’homme qui est (parfois) notre ennemi mais son comportement.

Pour ne pas nous tromper de cible, veillons à ne pas confondre l’homme avec le « loup en l’homme », en ayant constamment à l’esprit que le feu de la haine ne pourra jamais s’éteindre par la haine.

Ne pas manifester à l’extérieur notre haine de l’autre, c’est commencer par ne pas attiser cette haine en nous. Il s’agit de reconnaître en nous ces aspects de nous-mêmes qui – face à la violence et à l’horreur – peuvent se sentir submergés par la colère, la tristesse et la haine, pour les accueillir. Accepter notre impuissance, accepter de ne pas pouvoir donner du sens à des actes qui nous dépassent, accepter de nous sentir émus, perdus, furieux.

Ce qui revient à accepter de nous regarder en face pour nous réconcilier d’abord avec nous-mêmes et avec notre souffrance.

Comme le disait G.I. Gurdjieff :

« Tout individu qui vient sur terre se voit confier la garde d’un loup et d’un agneau.

A la fin de sa vie, il doit rendre ceux-ci intacts :

– Sans que le loup ait mangé l’agneau.

– Sans qu’il ait tué le loup pour l’empêcher de manger l’agneau. »

Pour pouvoir rendre intacts le loup et l’agneau à la fin de sa vie, il faut avoir osé – dans son existence – accueillir en soi avec bienveillance ses émotions – quelles qu’elles soient. C’est le seul moyen d’éviter qu’elles ne débordent à l’extérieur ; et que le loup ne mange l’agneau (notre part de vulnérabilité, notre capacité à garder le cœur ouvert), ce qui nous rendrait durs et insensibles.

Mais tuer le loup, serait tuer la force dont nous avons besoin pour vivre dignement debout.

« Être Charlie » c’est garder cet équilibre.

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 Être Charlie par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

31 réflexions au sujet de « Être Charlie »

  1. el-hedri marie-claude

    “Etre Charlie”… Je ne pensais pas que vous condescendriez à employer une expression aussi insignifiante et franchement vulgaire …mais il est si dur de ne pas coller à l’air du temps …n’est-ce pas?
    D’un coté l’ EPOUVANTABLE défouloir de la violence de l’autre le vide EFFRAYANT de la bétise
    D’un coté des vies torturées et mèprisées( ma fille travaille en zep depuis 20 ans…) de l’autre une pyramide de tetes vides.
    La balance est bien équilibrée…nous sommes largement engagés vers des lendemains qui chantent.
    Quand on a la chance d’avoir une culture, d’etre en démocratie, de gagner sa vie grace à son talent et certainement pour les plus vieux largement( si on la compare par exemple à celle d’un chercheur entre autres), on se doit de sentir le poids de ses responsabilités et l’honneur qu’il y a à aider les autres à avancer dans leur vie.
    Pour cela il faut aimer sincérement les gens c’est à dire les respecter et respecter c’est aller vers les autres en se mettant à leur place avec leurs moyens . Mais ce n’etait pas le but. Le but c’est de titiller SON public et de lui faire tout oublier l’espace d’un éclat de rire. La France un pays frivole, frivole, arrogant et inculte…apres le 11 septembre j’ai entendu dire que aux US les ventes du coran avaient grimpé: les amèricains voulaient comprendre…!!! Je suis tarabusquée par une question: cela pourrait-il nous arriver aussi…

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pourquoi ce procès d’intention, Marie-Claude ? Je me demande si vous avez lu notre article, pas seulement son titre ? Votre commentaire n’est pas clair, où voulez-vous en venir ?
      Abd El Malik hier soir sur France 2 partageait : « Bien nommer les choses. C’est Camus qui dit que mal nommer les choses c’est rajouter à la misère du monde. Et vous savez, ces gens qui se réclament de l’Islam, c’est important de ne pas les associer à l’Islam même dans nos mots ; un meurtrier est un meurtrier, un terroriste est un terroriste. Les musulmans, les juifs, les chrétiens, les gens spirituels sont des gens de paix, sont des gens de respect. C’est important d’appuyer ça, c’est important de parler de ça. »

      Et pour aller plus loin, pour aller beaucoup plus loin, j’invite tous ceux que cette question intéresse à lire la Lettre ouverte au monde musulman du philosophe Abdennour Bidar, spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam.

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  2. Miny Jean-Michel

    Nous sommes tous différents et provisoires. C’est avec les autres qu’on évolue et progresse. La diversité d’opinion et d’expression est un moyen d’échapper à l’illusion qu’on n’aurait plus d’imperfections et donc plus besoin de changer. Etouffer le questionnement et les divergences est stériliser la créativité source d’innovation. Voltaire disait : ” si vous n’êtes pas de mon avis, je ferait tout pour que vous puissiez exprimer votre opinion aussi “. Et Antoine de Saint Exupéry disait aussi : ” Si tu diffères de moi, loin de me léser tu m’enrichis. ” La clé est toujours le dialogue, l’échec est toujours l’exclusion. Quelqu’un qui s’est senti exclus sur le plan social aura tendance à reproduire une exclusion souvent plus radicale. Les phénomènes sociaux ont des causes.

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  3. Muriel

    Scander des slogans dans les rues et se rassurer en se rassemblant par millions n’est pas pour moi un signe d’évolution vers l’unité intérieure ou l’harmonie avec l’autre. Ce mouvement de masse m’apparait davantage comme une pulsion réactionnelle, émotive et confuse à des évènements violents et traumatisants. S’appuyer sur ce spasme plus instinctif que réfléchi d’une population pour croire en un réel progrès des consciences et des solidarités me semble complètement utopique.
    Bien à vous.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      “La paix n’est pas seulement la simple absence de violences ou de troubles. La paix c’est quand il y a une possibilité de conflit mais que vous décidez délibérément d’éviter la violence, quand vous décidez d’adopter des méthodes et des moyens pacifiques pour résoudre le problème. Cela est la véritable paix.” disait le Dalaï-Lama.

      Je crois que cette parole est particulièrement précieuse en ces temps de désordre. Elle s’adresse à nous tous et plus particulièrement à ceux d’entre nous qui parce qu’ils pensent être conscients des débordements émotionnels des autres se permettent de les juger et prennent ainsi le risque de créer davantage d’émotion ou de polémique.
      L’harmonie avec la différence de l’autre commence au moment où – alors que nous ressentons en nous le besoin de le juger – nous prenons soin de “décider délibérément” de ne pas le manifester.
      C’est du moins ce que nous avons tenté d’exprimer dans cette réflexion que nous avons nommée “Être” Charlie.

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  4. Muriel

    Je suis sensible à ce dernier message monsieur Perronnet, je vais comme souvent après passage ici, le méditer.
    J’essaye de ne pas etre dans le jugement, je ne crois pas qu’une réaction (je ne dis pas débordement) émotionnelle demande à etre jugée mais simplement reconnue en tant que telle et c’était le sens de mon propos. On peut avoir et émettre un avis sur un phénomène de société et ses conséquences possibles sans apparaitre comme créateur de polémique, simplement pour partager un autre regard sur le sujet, et accueillir des avis opposés et intéressants. Je me sens en paix dans cette démarche, je n’ai pas du tout le sentiment d’une provocation délibérée mais plutot d’une ouverture vers la pluralité des opinions et la liberté d’expression.

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  5. Sandra FIGLIUZZI

    Je suis allée à la marche dimanche, à Mulhouse. J’ai été touchée par l’aspect solennel du moment: pas de slogan, pas de cri, pas de revendication. Ce qui m’a aussi frappé c’est d’y voir très peu de jeunes et très peu de personnes d’origines étrangères alors qu’à Mulhouse plus de cent trente nationalités se côtoient. Avant d’y aller je me suis demandée pourquoi j’y allais et je sais pourquoi: parce que la liberté d’expression est un bien trop précieux pour tergiverser, parce que jeune, je me suis franchement poilée en lisant certains articles de Charlie hebdo et que c’est peut-être eux qui m’ont appris à rire de moi-même, parce qu’un monde qui se prend trop au sérieux va droit vers une funeste rigidité, parce que ces journalistes étaient des personnes courageuses, dignes, traqueurs de mensonges, défenseurs des petits, parfois provocateurs mais dans un but précis. Aller à cette marche a été pour moi un moyen de leur rendre hommage et de rejoindre les rangs de ceux qui croient au pouvoir de l’humour et aux valeurs démocratiques. Je ne suis sentie ni frivole ni inculte mais triste, très triste… Je voudrais un monde plus juste et plus joyeux pour mes enfants.

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  6. Muriel

    Sandra,
    je respecte votre position sans la partager. Notamment sur le rire et l’humour qui permettraient tout.. Les religions, on le sait sont de tout temps des sujets délicats. Parce qu’elles touchent à l’intimité de l’etre . Ces journalistes ne méritaient aucunement ce sort horrible mais suggérer que la teneur de leurs dessins contre les religions représente nos valeurs démocratiques m’apparait comme vraiment incroyable… Se “poiler” oui mais pourquoi le faire au détriment de la foi des autres? Est-ce une démarche qui engendre la paix et la tolérance? Comment les boudhistes se sentiraient-ils s’ils trouvaient à la une des journaux un dessin du Dalai Lama dans une posture obscène? Croyez-vous qu’ils se “poileraient”? Pensez-vous vraiment, Sandra, que Charlie Hebdo prone des valeurs bénéfiques pour nos enfants, croyez-vous réellement que ce journal était le symbole de la paix que nous souhaitons tous?
    Personnellement Je condamne la violence sous toutes ses formes, y compris celle des images et voilà pourquoi “je ne suis pas Charlie” tout en condamnant fortement le terrorisme. Et moi aussi, j’étais triste hier pour ces morts mais aussi pour les vivants. Je suis restée pudiquement chez moi, à essayer de réfléchir sur toutes ces choses si complexes et si vitales…

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    1. Sandra FIGLIUZZI

      Muriel,
      Je suis désolée si mes propos vous ont choquée, ce n’était nullement le but. J’ai hésité à vous répondre mais je ne peux laisser mes dires être interprétés de la sorte car il s’agit de votre interprétation. J’ai un profond respect pour ceux qui sont dans une démarche spirituelle comme j’ai un profond respect pour ceux qui risquent leur vie ( et parfois la perdent en laissant des orphelins et des veuves ) pour défendre notre liberté. Ce ne sont pas les humoristes qui sont à l’origine des massacres quotidiens perpétrés au nom de l’amour, ils renvoient une image déformée, exagérée, amplifiée de certains faits. Ils jouent un rôle, celui de garde-fous et comme chacun de nous ils font parfois des erreurs. Ils sont un contre-pouvoir. Là où règne le fondamentalisme, l’intégrisme, le totalitarisme il n’y plus de caricatures, de dérision, d’humour. Quant aux valeurs bénéfiques pour nos enfants c’est une question si vaste et si subjective que je répondrai une seule chose: j’espère que plus tard mes enfants liront toutes sortes d’écrits, y compris Charlie Hebdo, en ayant un esprit ouvert mais vigilant.
      Ce qui touche l’intimité de mon être, ce n’est pas une religion, ce sont les expériences de vie liées au partage, à l’amour, à l’écoute, à l’ouverture d’esprit. Et c’est aussi le courage de journalistes qui, se sachant menacés de mort, poursuivent leur travail.
      Charlie Hebdo ne s’est jamais présenté comme un symbole de paix. L’avez-vous lu ? Personnellement, je vais poursuivre ma quête du Divin et recommencer à lire Charlie Hebdo car j’ai la merveilleuse chance d’être née dans un pays où les deux sont possibles et que ni vous ni personne n’aura de pouvoir là- dessus, en tout cas pour l’instant…
      Enfin, je vous propose de laisser chaque bouddhiste jugés lui-même de ce qui le fait rire ou pas…
      La violence existe, elle est là, bien plus présente que la fraternité. Elle est présente dans vos mots lorsque vous m’expliquez ce que je devrais penser à la place de ce que pense. Vous la trouverez peut-être présente dans les mots que j’utilise pour me défendre. Elle fait partie de notre humanité. Mais fort heureusement,elle ne se résume pas à cela. Pour révéler pleinement notre humanité nous avons besoin de liberté et nous avons besoin que certains d’entre nous aient le courage de défendre cette liberté.
      JE SUIS CHARLIE.

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  7. Bernard

    Une réponse possible:
    “Dieu est mort, par la faute de la connerie humaine, qui se multiplie plus vite que Ses prophètes. L’idolâtrie du sang est une facilité que la brute se donne pour n’avoir pas à aimer Dieu de tout son cœur. Seul un cœur atrophié ôte la vie d’un cœur qui bat. Plaignons ces vivants-morts qui larronnent les vies que leur Dieu a créées et croient que leur Prophète se nourrit d’une telle moisson. Ils se sont retranchés de la communauté des hommes. Il n’est pas besoin de souhaiter leur mort ; ils le sont déjà. Que le néant leur vienne en aide.

    « Il n’y a que Dieu qui ait le droit de tuer son semblable », disait Labiche.” *

    La suite ici:
    http://blogs.mediapart.fr/blog/bertrand-rouzies/070115/la-plume-toujours-sera-plus-forte-que-lepee

    Depuis, les responsables de ces massacres, tant à Charlie Hebdo qu’à l’Hypermarché casher ont trouvé la mort. Leurs victimes en ont-elles été vengées pour autant ?

    En fait, c’est la marche citoyenne du 11 janvier qui les a définitivement consacrées. Et par pratiquement le monde entier. Fini le « french bashing », du moins provisoirement. A la place, un immense esprit de solidarité, une solidarité qui a fait chaud au cœur. Ce qu’il y a de plus élevé dans l’être humain s’est élevé contre ce qui tend à l’amoindrir, à le réduire, à l’anéantir. « Je suis Charlie », c’est-à-dire que j’ai la liberté et le privilège de tourner en dérision toute institution, toute organisation, toute doctrine et toute idole que je juge ridicule même potentiellement dangereux pour les libertés ou la dignité humaine. Les politiques s’étaient mis en retrait pour laisser les citoyens s’exprimer en premier, et bien leur en a pris. Leur rôle reprendra dans les jours qui suivent.

    Bien sûr, il s’est trouvé des esprits chagrins qui, tout en déplorant ce qui s’est passé, pleins de compassion envers les victimes, se sont demandés si, par hasard, les dessinateurs de Charlie Hebdo « ne l’avaient pas un peu cherché ». Pour un peu, on croirait entendre « bien fait pour eux ! » Des petits imbéciles ne s’en sont d’ailleurs pas privé. Mais au nom d’un dessin, doit-on tuer ?

    Si « la plume est plus forte que l’épée », alors ceux qui se sentent lésés doivent combattre la plume avec la plume et l’épée avec l’épée. En ce qui concerne l’épée, c’est le rôle de l’exécutif. Pour la plume, cela demande d’autre talents, d’autres facultés d’intelligence, d’esprit, d’humour et de drôlerie.

    Vu de loin, Charlie Hebdo m’apparaissait comme une bande de vieux garnements, des chenapans, des têtes à claque qui prenaient plaisir à choquer les esprits guindés, les institutions, les pouvoirs quels qu’ils soient. Des anciens combattants des barricades de mai 68, libertaires, peut-être continuateurs d’un certain esprit d’irrévérence, propre à dégonfler les égos surdimensionnés des puissants, une sorte de consolation des humbles et une sorte de garde-fou contre les excès de tout pouvoir. Je ne connaissais comme dessinateur que Cabu, par le Grand Duduche, le « Beau’f » et son pamphlet « A bas toutes les armées ». Pour les autres, à part le nom, je ne peux pas dire que je les connais parce que je les ai lus. Je ne les ai pas lus. Les morts : Siné, Cavanna, Choron, Reiser… inconnus célèbres. (Sauf pour Cavannna : un seul roman. C’est peu.). Mais passons.

    Ma seule impression vis-à-vis de ces personnes : «la déconnade, la poilade, le f… de g… » Rien qui ne justifie une violence quelconque. Des gens qui ne sont pas de ma génération mais qui ont sûrement dû en voir pour tenir autant à la « liberté de blâmer », dont « les sottises imprimées » n’avaient « d’importance qu’au lieu où elles en « gênaient « le cours » et dont « les petits écrits » ne gênaient que des « petits hommes ».

    Mais quoi ! Les satires, les caricatures, les pamphlets ont toujours eu cours, et cela à des époques où il était bien plus dangereux de les publier. Les pouvoirs en place ne s’en sont pas si mal portés, ils s’en sont accommodés et seuls les ridicules et les petits dictateurs avaient des raisons de trembler. Les citoyens ont toujours su faire la différence entre l’humour, même vache, même de mauvais goût, et même scatologique, et la haine, même grimée sous des oripeaux de « vitriol » par des « humoristes » qui suintent l’odieux le reptilien par tous les pores. Parce que pour faire de l’humour, il faut une sacrée dose d’amour du prochain, de sa dignité et de sa liberté d’agir et de penser, ce que des esprits primaires, des décérébrés fanatisés et réduits à l’état de robot, des individus qui ne sont plus que « des idées en marche » n’auront jamais.

    Oui, la marche citoyenne du 11 janvier a été belle, elle a permis de voir que l’être humain peut se mobiliser pour des causes dignes de lui, elle a permis de refuser de trembler, de continuer à se tenir debout et à refuser la barbarie. Vive la fraternité des hommes. Et m… à tous les pisse-vinaigre !

    (* trouvé sur : La plume, l’épée et les pisse-vinaigre)

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    1. Magali

      (Tout d’abord vous voudrez bien me pardonner du manque d’accents. Mon systeme japonais ne me permet pas d’en mettre).

      Votre reaction montre combien est difficile finalement le respect de la liberte d’expression de l’autre. Elle montre aussi quelles en sont les limites il me semble et combien la liberte de l’un peut etre choquante pour l’autre.

      Et il serait bon de se rappeler dans notre Republique francaise ce fondement essentiel au vivre ensemble.

      « L’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose en effet : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ».

      Mais, cette obligation s’explique plus simplement encore par un argument logique. En effet, une liberté sans bornes ne peut aboutir qu’à l’anarchie et à la loi du plus fort. Si la liberté de chacun est sans limite, une personne ne tardera pas, au nom de sa propre liberté, à empiéter sur celle des autres. »

      C’est ce qui s’est passe lors de ces evenements horribles et c’est aussi ce que faisait les redacteurs de Charlie Hebdo.

      La liberte des uns s’arrete ou commence celles des autres. Et ceci est valable pour chacun d’entre nous, quelle que soit notre couleur, notre appartenance sociale, politique ou religieuse. Et il est temps que nous prenions la responsabilite des consequences de nos actes. Je trouve un peu facile de se definir comme journal irresponsable. Car c’est cette irresponsabilite qui a AUSSI coute la vie de gens sans aucun rapport avec les productions de Charlie Hebdo.
      Car c’est cette irresponsabilite qui fait lire aujourd’hui sur votre site aussi, des propos qui sont choquants.

      La fin de ce commentaire n’est pas a votre honneur !
      Vous devriez analyser plus en profondeur cette reaction epidermique que vous faites-la, il me semble.

      Je ne vois personnellement pas où est passée la prétendue solidarité dont vous parlez. Dimanche en effet on avait l’impression que les Français avaient compris, et lundi à lire les horreurs diverses et variées sur les forums, je ne peux m’empêcher de douter de cette solidarité dont vous parlez. Quand on lit des propos qui prônent le droit de s’armer pour dégommer tout ce qui ne plaît pas, ou d’autres qui demandent aux musulmans de choisir s’ils sont je cite « ou musulmans ou Français » tout en signant « je suis Charlie » me fait vomir de honte personnellement. Je trouve par ailleurs pour le moins choquant que vous utilisiez le mot de « vengeance » en parlant des victimes dans vos propos. Victimes dont certaines ne sont mortes que par la connerie combinée des uns et des autres. Victimes simplement venues faire leurs courses ou leur travail. Je préfère mourir debout blablabla… disait Chab, avez-vous pensé un instant à tous les autres qui auraient juste voulu continuer à vivre et que sa suffisance a mené à la mort? Journal irresponsable pour le moins que d’entraîner pour ses petites idées de gens sans rapport à la mort.

      Ce terme de « venger » que vous utilisez ici ne met à mon avis en exergue qu’une seule chose : que ceux qui disent combattre l’extrémisme peuvent se transformer bien vite à leur tour en extrémistes de la même espèce. Quand on voit les dénominations que vous osez employer pour qualifier les gens qui ne sont pas de votre petit avis, qui n’est jamais que votre petit avis !!!

      Le droit de tourner en dérision ? En quoi la principale forme d’expression de Charlie Hebdo à savoir l’enculage des uns par les autres est un droit? La dérision qui contient toujours du mépris ne fait rire à mon avis que les ignorants et les faibles d’esprits. Les dessins de vos « idoles » m’ont toujours choquée par leur vulgarité et leur binarité. Et je ne vois pas pourquoi je dirais le contraire aujourd’hui. Je n’étais pas Charlie avant les événements je ne le suis pas plus aujourd’hui. Si, malgré le décalage horaire et la distance j’ai tenu à regarder la marche de dimanche c’est pour exprimer même de loin ma peine profonde pour tous ces gens qui se sont retrouvés et morts et blessés et pour leurs familles alors qu’ils n’avaient aucun rapport avec les dessins et les propos de ce journal, qui, et il serait bon de ne pas l’oublier vu ses difficultés financières, ne fait vraiment plus rire grand monde dans notre pays.

      Voilà où mène le jugement à deux balles et la bêtise crasse et la suffisance de part et d’autre. Et ce qui me désole c’est de voir que dès le lendemain de la dite marche elle a repris du poil de la bête cette bêtise meurtrière. Ce qui me désole c’est qu’au nom de votre vision obtuse du monde vous vous en fassiez le chantre.

      Deux jours avant ces événements, Chab dans un article sur le Monde (version internet) maintenant mystérieusement disparu, affirmait qu’il conchiait les religions tout en ayant l’air de ne découvrir que maintenant, alors que cela date du 14ème siècle que l’Indonésie est un grand centre de la religion musulmane! Conchier c’est couvrir l’autre d’excréments c’est de la violence verbale, c’est vulgaire et injurieux. Ce que pond Charlie Hebdo sont en effet des excréments. Et se retrouver couvert d’excréments n’a jamais poussé personne ni au dialogue ni à l’entente cordiale et encore moins à la réflexion constructive.

      Vous parlez d’un prétendu « french bashing » en semblant poser notre pays en martyr, comme s’il était parfait en tout point et comme s’il était en position de pouvoir donner de grandes leçons au monde! Vu de loin justement, c’est bien loin d’être le cas je vous assure et nous aurions bien des choses à apprendre du reste du monde. Nous avons su le faire autrefois.

      Nous sommes dans un monde qui qu’on le veuille ou pas se globalise et où les informations deviennent accessibles de partout. Il serait bon que nous nous en apercevions un jour!

      La déconnade, la poilade et le foutage de gueule, ainsi que l’humour comme vous dites sont des notions qui prennent des tournures et des modes d’expressions bien diverses selon les pays et il serait bon de s’y intéresser au lieu de tenter d’imposer sa petite vision du monde « bitesque » au reste de la planète.

      Ce qui me choque aussi, ce sont vos propos sur Dieudonné que vous ne nommez pas. Propos qui pour ma part me révulsent tout autant q ue les « dessins de bites » de Charlie Hebdo. Mais quoi ? L’on peut dessiner la haine et le conchiement mais pas les dire ? Édifiant pour le moins comme conception de liberté d’expression. Édifiant pour le moins que vous n’ayez pas pensé à pousser le raisonnement dans cette direction.

      À vous lire je ne peux que me dire que je vous classe parmi les « esprits primaires », les « décérébrés fanatisés et réduits à l’état de robots » etc qui manquent d’amour et de respect de la dignité de l’autre et à sa liberté de penser et d’agir. En quoi agresser l’autre a jamais été une marque d’amour et de respect de la dignité et de la liberté de l’autre?

      La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. C’est un principe qui fait partie de nos valeurs républicaines qu’il est plus qu’urgent d’intégrer et de mettre en application.
      Et merde aux extrémistes de tous poils et aux amoureux de la liberté d’expression à géométrie variable qui se cachent sous le masque de la démocratie offensée.

      La haine entraîne la haine. Il serait bon de ne plus jamais l’oublier.

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  8. Miny Jean-Michel

    La frustration, le mépris et un avenir incertain peuvent entraîner certains êtres vers des groupes extrémistes, où ils croient contrôler leur vie mais où ils ne se contrôlent plus eux mêmes en faisant des actes qui ne construisent pas leur projet d’une vie meilleure. Mais qui leur ont été incité pour une compensation illusoire, le manque de considération qu’ils ressentent renforçant leur attrait pour des actes spectaculaires dans des groupes qui veulent se distinguer de façon obsessionnelle ou délirante, dont le rapport avec le contenu d’une idéologie ou le message d’une croyance est loin d’être généreux et désintéressé. La négation d’autrui quelle que soit la cause invoquée est inhumaine.

    Répondre
  9. Muriel

    Bernard,
    comme dans de nombreux débats d’opinion, chaque position s’appuie sur des arguments honorables et respectables. Je ne discuterais pas les votres. Et je souris du terme pisse vinaigre que j’interprète comme ces facéties frondeuses de potaches malicieux auxquelles vous faites référence…
    Cependant: le Maroc, un pays pacifique et accueillant, ami de la France, a refusé de participer au rassemblement en raison des caricatures de son prophète qui se balançaient au-dessus de la foule… Dans ce cas, vous le voyez, pas de terrorisme barbare mais juste tout un pays ami blessé dans son amour-propre… Je me demande: Est-ce que la rigolade franchouillarde en vaut vraiment la peine?

    Répondre
    1. Bernard

      Bonjour Muriel.
      En fait, le commentaire n’est pas de moi, mais je me sens en résonance avec lui.
      Et pour répondre à votre question: la rigolade franchouillarde comme vous dites, est une façon de dégonfler les égos, de dire: “arrêtez d’imposer votre vision des choses avec votre “sacré”, vivez-le si vous voulez mais acceptez qu’on ne veuille pas de votre “sacré”. J’ai souligné ceci: “j’ai la liberté et le privilège de tourner en dérision toute institution, toute organisation, toute doctrine et toute idole que je juge ridicule, voire même potentiellement dangereuses pour les libertés ou la dignité humaine.”
      Dans le même ordre d’esprit, vous pouvez lire l’ouvrage “A bas la calotte”, Editions Alternatives. Vous verrez que dans la gaudriole, la rigolade franchouillarde, Charlie Hebdo n’a rien inventé. Que d’autres, dans le même état d’esprit, choisissent des mots plus fleuris, un langage plus châtié, tant mieux, mais l’état d’esprit est le même: mettre à bas les idoles.

      Répondre
  10. Vergnaud

    Bonjour,
    La réponse est en moi mais c’est “ABC D’UNE SAGESSE” paroles choisies de SVÂMI PRAJNANPAD” qui m’a aidé à la trouver : Acceptez ce qui est même si ce n’est pas la réponse que vous auriez faite. Nous sommes tous différents ;-).

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, nous avons besoin “d’accepter la réalité telle qu’elle est”, pour pouvoir agir dessus.
      Ce même S. Prajnânpad disait aussi : “Celui qui se laisse porter par le courant n’est pas dirigé par le courant. Il est le maître et il maîtrise le courant. Quand on est entraîné par le courant, c’est lui qui est le maître et on devient son esclave.”
      La question pour chacun de nous face à de tels événements est donc de savoir si nous sommes “emportés par le courant” ou si nous nous laissons porter par lui.

      Comment parvenir à répondre à une telle interrogation ?

      Nous sommes emportés par le courant quand parce que nos émotions agissent à notre place, nous en devenons les victimes, c’est-à-dire quand nous ne pouvons pas agir autrement que d’une manière à la fois compulsive et réactionnelle.

      Nous nous laissons porter par lui quand parce que nous sommes conscients de nos émotions nous les acceptons en nous-mêmes (c’est tout le propos de la réflexion Être Charlie). L’émotion d’impuissance ou d’indignation (par exemple) si et quand elle est acceptée n’est plus alimentée, elle peut donc se dissoudre et c’est à ce moment que n’étant plus ni entraîné ni dirigé par le courant, nous en redevenons le maître, ce qui va nous permettre de donner une réponse juste et proportionnée à la situation donc d’agir de manière non compulsive.

      Il est donc possible de clamer « Je suis Charlie » de manière compulsive et réactionnelle, mais il est aussi possible « d’être » Charlie c’est-à-dire de répondre d’une manière digne, solidaire et non compulsive aux horreurs que nous venons de vivre (c’est – en ce qui me concerne – aussi ce que j’ai vu dans le regard de celui dont la photo illustre notre article.)
      Comme d’habitude, avant de juger les personnes il nous faudrait savoir ce qui les motive et pour cela commencer par les écouter, les sentir et les comprendre plutôt que de nous laisser commander par nos propres émotions compulsives.

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  11. Miny Jean-Michel

    Sans être bouddhiste, mais sachant combien d’épreuves terribles a surmonté le Dalai Lama, je pense que si il était confronté à une caricature irrespectueuse de sa propre personne, il continuerait de sourire, car il a un coeur gros comme une maison où nous pourrions tous habiter en paix si nous étions capables de nous supporter les uns les autres. Le problème de la porte entre ouverte, c’est que si on accepte que quelqu’un qui se vexe pour un manque de respect en arrive à tuer, bientôt des enfants qui chahutent finiront par se faire brutaliser, et on s’enfoncera dans la violence qui s’accommode facilement de tous les prétextes. Beaucoup d’intentions peu claires se justifient par la fidélité à un absolu difficilement vérifiable.

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  12. Renaud Perronnet

    @ à Marie-Claude, Muriel, Sandra, Bernard, Magali et aux autres…

    Il est un point important : exprimer sa solidarité avec un faible et un opprimé ne veut pas dire être d’accord avec ce qu’il exprime et je suis persuadé que très nombreux sont ceux qui expriment leur complète solidarité avec les dessinateurs de Charlie sans être pour cela toujours d’accord avec ce qu’ils disent ou dessinent et c’est cela même qui me fait chaud au cœur.
    Souvenez-vous de cette phrase que l’on prête à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je lutterai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »
    Tenter d’être « tolérant » c’est se souvenir qu’il est possible de fonctionner avec un tout autre esprit que celui de l’opposition systématique.
    Voulons-nous opposer, séparer ou réunir et concilier ? Voulons-nous construire des murs ou des ponts ?
    Je ne crois pas que quand Mathieu Ricard interprète et représentant du Dalaï-Lama en France pose sur Facebook avec la pancarte « Je suis Charlie », il veuille signifier qu’il revendique les propos de Charlie Hebdo, mais il m’apparaît qu’il aime à proclamer qu’il se sent solidaire d’eux parce qu’ils ont été éliminés par la haine.

    Ce sont nos émotions issues de nos pensées qui nous font nous hâter et « monter aux rideaux » si vite, elles nous empêchent de sentir les choses avec le coeur c’est-à-dire avec notre humanité.
    Dans cette réflexion, nous avons tenté de donner une nouvelle dimension à « Je suis Charlie » à travers l’expression « Être Charlie ».
    Pour nous, Être Charlie, c’est enfin sortir de l’opposition dualiste « J’ai raison, tu as tort », c’est donc arrêter de se protéger de l’autre en commençant par s’ouvrir à soi même pour réguler ses propres émotions plutôt que de les asséner au visage de l’autre.
    La voie de l’exclusion (toi ou moi), n’est pas la seule, il existe aussi celle de l’inclusion : « Toi et moi » et c’est cela (à notre sens) « être Charlie » par solidarité avec les victimes tout en restant soi-même avec sa sensibilité et son respect des autres.
    Croyez-vous vraiment qu’il aurait été juste de ne pas « prendre position » sous le prétexte de ne pas vouloir prendre le risque d’être interprété négativement par certains ?
    En ce qui nous concerne entre la dignité de la solidarité et la peur de l’interprétation de l’autre, nous avons choisi.

    Mais il est vrai que si nous sommes le plus souvent exclusivement mobilisés par nos propres émotions, il nous manquera le sang froid indispensable pour le percevoir.

    Dans tous les cas merci à tous pour vos interventions.

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  13. Muriel

    Je pense que personne n’accepte que quelqu’un qui se vexe en arrive a tuer”, il s’agit plutot je crois, de s’interroger sur ce qui peut blesser par des paroles ou des images au point de donner l’envie de vengeance. D’accepter que cela existe et de le considérer calmement en sachant se remettre en cause humblement. Dans tout conflit il y a un point de départ et reconnaitre qu’il puisse etre une simple parole ou image serait déjà un grand pas vers cette humilité et la résolution pacifique du conflit. Malheureusement l’escalade de la violence vient du fait que chacun reste campé sur ses positions en refusant d’entendre le point de vue de l’autre et en brandissant ce qu’il considère comme ses valeurs à défendre coute que coute.
    C’est le cas de ces terroristes qui sont persuadés de leur légitimité à venger une offense dans le sang mais c’est aussi le cas de Charlie Hebdo qui publiera demain en couverture une ènième caricature du prophète.
    Sinistre surenchère entre gens figés dans leur convictions qu’ils croient indispensables de défendre sans se soucier des dommages colatéraux (victimes innocentes).
    Ce qui s’est passé, s’est passé, malheureusement, on ne peut pas revenir en arrière mais on pourrait au moins prendre le temps de réfléchir à comment interrompre cette escalade d’agressions corporelles ET verbales. Comment sortir de ces dialogues de sourds et commencer à s’écouter à défaut de se comprendre.

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  14. Muriel

    Monsieur Perronet, je viens de lire votre réponse alors que je postais mon précédent commentaire. “Etre Charlie” de la manière dont vous l’exprimer est pour moi, entendable. Malheureusement et c’est ce que je déplore depuis le début de ce débat, nous sommes là dans l’utilisation d’un slogan derrière lequel on peut exprimer beaucoup d’autres choses nettement moins nobles, c’est le propre des slogans et c’est pourquoi avant de les manier avec force, je reste persuadée qu’il faut réfléchir à la portée qu’ils pourront avoir, se poser la question de la haine qu’ils pourraient attiser surtout en ces temps très troublés que nous vivons où les passions et les émotions sont exacerbées. La parole peut etre une arme aussi aveugle que le glaive si elle est utilisée dans la précipitation comme ce fut le cas dimanche et engendre des conséquences qui nous dépassent.
    Lorsqu’on s’exprime il est important de considérer avec quelle intention on le fait et ce que l’on met derrière les mots mais il est tout aussi important de se demander comment elle sera interprétée et ce que d’autres y mettront derrière. Alors, oui, avant de parler soucions-nous de l’interprétation qui pourrait etre faite de ce que l’on s’autorise à dire. Soucions-nous d’etre bien compris pour ne pas obtenir le contraire de ce que l’on souhaite. Je crois que c’est cela ne pas réagir dans l’émotion.

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  15. Chrysalide

    J’ai trouvé magnifique qu’un élan de solidarité entraine tant de personnes à se rassembler pour la défense de nos valeurs de liberté , et contre les actes odieux qui tentent de les étouffer.
    Mais je voudrais néanmoins citer une phrase anonyme qui m’a semblé très pertinente:
    “Liberté et responsabilité sont les deux faces inséparables du même concept. On ne peut posséder l’une sans accepter l’autre. ces deux notions s’équilibrent l’une l’autre, et nous devrions être nombreux à accepter que notre responsabilité personnelle contrebalance l’énorme liberté dont nous jouissons en tant que citoyens d’un pays libre”.
    Alors : oui à la liberté d’expression, mais pas sans les limites de notre responsabilité: Provoquer et humilier l’autre sur ce que l’on JUGE ridicule n’a jamais à mon sens servi à lui ouvrir les yeux , mais au pire à nourrir sa haine ou sa souffrance. Acceptons nous que nos enfants se moquent d’un autre sur des réseaux sociaux au nom de la liberté d’expression?
    Personnellement, agnostique, les dessins de Charlie m’ont amusée…ou pas , mais jamais blessée. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et je conçois que la liberté d’expression devrait s’arrêter là où commence l’humiliation de l’autre. C’est juste mon point de vue…

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  16. Miny Jean-Michel

    Quelqu’un qui s’est senti faible dans un rapport de contrainte aura tendance à s’en prendre à son tour à des plus faibles, pour reproduire une logique de domination dont il espérera en tirer à son tour un avantage au détriment d’autrui. La vengeance semble donc une déviance qui nous empêche de développer pleinement notre potentiel humain. En effet réagir n’est pas agir. Dans une situation où chacun est libre de s’exprimer dans des médias qui intéresseront certains et pas d’autres, on peut se positionner soit en accord,en désaccord ou en indifférence, mais punir autrui pour avoir exprimé ce qu’il ressent est visiblement un abus générateur de conséquences néfastes pour tous, où on s’enfonce dans un marasme étouffant l’esprit critique, donc la lucidité qui peut en découler.

    On peut considérer que les mécanismes d’expression et de comportement ont des causes pas toujours explicites. Dans des groupes fermés sur eux mêmes où la pensée fonctionne sur le mode de l’exclusion, une opinion différente n’est plus perçue comme une alternative, mais comme une menace à éliminer, y compris par la violence. Certains manques de respect sont étrangement bien supportés, comme des décisions importantes nous concernant qui sont prises dans des milieux officiels sans nous consulter, ce qui fait que la personne devient peu de chose. Cette pratique devenant banale peut inciter certains à effacer un interlocuteur sans le consulter.

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  17. Muriel

    Question @ monsieur Perronnet qui écrit :
    “comme d’habitude avant de juger les personnes, il faudrait savoir ce qui les motive..”
    Dire à quelqu’un qu’il est dans le jugement n’est-ce pas etre en train de le juger à son tour sans prendre non plus le temps de comprendre ce qui le motive à s’exprimer ainsi? N’est-ce pas condamner à son tour sa réaction à lui?
    Le fait de réprouver l’action des autres et de le dire est-ce etre mauvais? Dans ce cas, ne sommes-nous pas tous dans le jugement tout le temps? Faut-il pour etre une bonne personne ne jamais donner son avis sur ce que font les autres? Qui peut affirmer qu’il ne l’a jamais fait? Ne pourrait-on dans ce cas penser que jeter la pierre à celui qui juge c’est aussi etre en train de le juger en lui disant qu’il se comporte mal? Ou s’arrete l’opinion que l’on peut avoir sur le comportement des autres et où commence le jugement? Ce n’est pas simple…. Qu’en pensez-vous?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Quand un policier dit que la voiture immatriculée X est stationnée devant le n° 23 de la rue Tartempion qui est une rue dans laquelle le stationnement est unilatéralement interdit, il ne juge pas, il constate, il dit les choses « telles qu’elles sont ».
      Et nous avons souvent beaucoup de mal à regarder objectivement notre subjectivité, surtout si nous sommes le propriétaire (de mauvaise foi) de cette voiture.
      Si nous convenons que l’honnêteté c’est de voir les choses telles qu’elles sont, et que nous voulons être honnêtes, nous pouvons reconnaître notre complète subjectivité qui nous incitait à penser (pour éviter de souffrir parce que nous n’aimons pas avoir tort), que ce policier en faisant ce constat nous jugeait et qu’il n’avait pas à le faire.

      Seulement voilà, la plupart d’entre nous, parce que nous avons été soumis au jugement, nous le redoutons et avons beaucoup de difficultés à convenir des choses telles qu’elles sont. Ainsi le fait que vous interprétiez le jugement comme une condamnation parle vraisemblablement de vous et de la manière dont vous en avez souffert dans votre histoire.
      Bien sûr que le fait de réprouver l’action des autres n’est pas « être mauvais ».
      Même si vous pouvez vous poser la question de vos motivations, du « pourquoi je parle » ? Pourquoi ai-je le besoin de réprouver quelque chose ? (Ce sera le sujet de notre prochaine réflexion). Mais si c’est pour vous défendre parce que vous êtes attaquée, n’est-ce pas légitime ?

      Si votre patron vous dit qu’il n’aime pas que vous soyez en retard au travail, il ne vous juge pas, il constate votre retard et vous dit ce qu’il en pense.
      Par contre quand il vous dit qu’il n’aime pas que vous soyez toujours en retard, vous sursautez… à cause de sa généralisation à travers laquelle vous vous sentez – à juste titre – jugée.

      Les personnes qui parlent « des gens qui affichent Je suis Charlie » commettent l’erreur de faire une généralisation et toute généralisation est dangereuse parce qu’elle ne peut qu’être vécue comme injuste par ceux-là même qui se vivent comme des « particuliers » qui ont chacun leurs motivations propres. Parler « des gens » qui affichent « Je suis Charlie » est aussi absurde que de parler « des musulmans », « des juifs », « des femmes » ou « des hommes ». Pourquoi absurde ? Parce que cela n’existe pas autrement que comme concept à manipuler avec précaution.

      Regardez les erreurs que peut nous faire dire la généralisation : « puisque ce sont des musulmans qui ont commis ces crimes odieux, ce sont les musulmans qui sont coupables », alors que si on regarde objectivement les choses telles qu’elles sont, on voit tout de suite que les premières personnes qui sont les victimes du terrorisme sont… les musulmans (puisque ce sont eux qui en ont payé le plus lourd tribut en vies humaines depuis des décennies.)

      La pensée qui généralise est toujours réductrice donc source d’injustice puisqu’elle ne tient pas compte des choses telles qu’elles sont. Boris Cyrulnik appelle cela avec un certain humour grave, la « pensée paresseuse ». C’est certainement à travers une « pensée paresseuse » que les racismes ont tant de succès partout dans le monde et que l’holocauste s’est peu à peu déclenché.
      Ce sont nos propres émotions qui motivent et déclenchent nos « pensées paresseuses » et c’est pour cela qu’il est si précieux de les voir à l’œuvre plutôt que de se laisser manipuler par elles. Mais c’est un autre sujet.

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  18. Catherine

    j’ai lu avec attention votre article, pour ma part, j’ai été complétement pétrifiée à l’annonce de cette fusillade, j’ai reçu cette info comme un coup de massue, comme si on avait assassiné l’esprit de Mai 68, et pourtant, je n’aimais pas tout dans Charlie, il m’est même arrivé de le trouver gonflant et redondant. je ne me suis pas sentie être Charlie, ces jours là, j’avais une peine immense, un grand chagrin que je n’ai pas eu envie de partager dehors dans la foule. Et quand il y a eu la traque et la tuerie de l’hyper cacher, la policière municipale, l’agent de voirie, puis les assassins assassinés, j’ai eu autant de peine pour tous que pour Charlie, je ne suis pas seulement Charlie, je suis tous les morts de ce jour. Merci pour cet article.

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  19. Pierre Panel

    Je suis Charlie parce que je pleure sur nos concitoyens juifs victimes innocentes,
    Je suis Charlie parce que je pleure sur nos concitoyens policiers victimes de veiller sur notre fragile capacité à vivre ensemble,
    Je suis Charlie parce que je pleure sur les journalistes victimes de la folie meurtrière de quelques uns armés de Kalachnikov et de beaucoup qui appellent et crient au châtiment et à la vengeance,
    Je suis Charlie parce que je fais le choix d’une marche pacifique et d’une ferveur fraternelle aux cotés de mes concitoyens aux origines et aux convictions religieuses et politiques très diverses,
    Je suis Charlie parce que je ne veux pas répondre par des pensées, des paroles ou des actes de haine et d’exclusion mais bien au contraire par une main tendue à tous ceux qui ne sont pas Charlie,
    Je suis Charlie parce que je n’aime pas ce journal souvent de mauvais goût et dont je ne partage pas les engagements libertaires mais parce que j’aime que les gens avec qui je ne suis pas d’accord puissent exprimer et défendre leurs opinions,
    Je suis Charlie parce que je souhaite que chaque français croyant en Dieu, puisse vivre sa foi de la façon qu’il l’entende et qu’il entende sa foi comme étant d’abord un profond respect de chaque être humain « à l’image et à la ressemblance de Dieu » fût-il « blasphème »,
    Je suis Charlie parce je pleure aussi sur notre incapacité à donner de l’estime de soi, de l’espoir, du courage à tant de jeunes qui ne se sentent même plus français,
    Je suis Charlie parce que je me réjouis que tant de mes concitoyens aient fait le choix d’une marche pacifique et fraternelle plutôt que celui d’une manifestation violente à l’encontre de quelques ambassades, mosquées ou autres lieux « emblématiques » a contrario de ce qui a eu lieu au Niger,
    Je suis Charlie parce que je crois que la force des sentiments que j’exprime dans ces lignes est partagée par beaucoup,
    Je suis Charlie parce qu’avant de dénigrer, critiquer, juger ce que les uns ou les autres sont ou ne sont pas, je vois que cette extraordinaire marche de dimanche dernier est l’expression positive d’une volonté d’apaisement, de la conviction qu’il est possible de vivre tous ensemble si nous acceptons que d’autres puissent ne pas être d’accord avec nous,
    Je suis Charlie parce que je veux croire que cette marche est un nouveau départ pour tant de français qui ne se reconnaissent pas dans les extrêmes, ne se reconnaissent pas dans les discours d’exclusion mais sont animés d’une conviction et d’une volonté non moins forte de « vivre ensemble »,
    Je suis Charlie parce que je crois que si nous continuons chacun à faire un pas, « ici et maintenant » vers l’autre y compris vers celui qui nous insulte, alors ces femmes et ces hommes ne seront pas morts pour rien.

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  20. Marie

    Votre article me fait penser à l’article que vous aviez écrit comprendre l’autre sans pour autant être d’accord. J’ai mis du temps mais j’ai enfin compris, on peut comprendre les actes d’une personne sans pour autant être d’accord avec lui. Et je pense que parfois il faut réussir à dépasser sa haine pour ne pas y rester accrocher et que celle-ci devienne un cercle vicieux.

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  21. Renaud Perronnet Auteur de l’article

    Je partage avec vous tous cette réflexion du philosophe Abdennour Bidar (extraite d’une interview parue dans Télérama du 24/01/15) que je fais mienne :

    “Le rire, nous a appris Bergson, est une catégorie de l’esprit critique ! Il en va non seulement de la liberté humaine, mais de la puissance d’affirmation de l’être humain face a ce qui le tétanise, le sacré et la mort. Soit nous choisissons une transcendance qui nous écrase et ne nous laisse d’autre attitude possible que la prosternation et la soumission, et là, on arrête de rire. Soit on affirme que la liberté humaine est à la hauteur de cette transcendance, on la regarde dans les yeux, et on rit. Ce qui est en jeu, c’est bien le choix qu’on fait de notre humanité. Si l’on considère, après Pascal, que l’homme n’est pas seulement « faible et misérable », mais qu’il y a aussi en lui quelque chose de l’infini, on n’a pas à se laisser impressionner par ce qui nous dépasse. Le sacré est à notre démesure, la mort est à notre démesure. Les dieux sont à notre démesure. Donc, Charlie, qui les contestait, avait une fonction métaphysique.”

    Ainsi que cette lettre écrite par quatre enseignants de la Seine-Saint-Denis qui interroge notre responsabilité collective : CLIQUEZ-ICI

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