17 réflexions au sujet de « Indignation »

    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      La cause de l’indignation est le refus du moi de constater que ce qui ne lui plait pas a bel et bien eu lieu.
      Or comme le disait Maître Dogen : « Même si on aime les fleurs, elles fanent ; même si on n’aime pas les mauvaises herbes, elles poussent. »
      L’indignation est donc l’émotion primaire de celui ou de celle qui pense à tort que la réalité, le monde, doit lui obéir.

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      1. Caumette

        Bonjour,

        Merci pour cette pensée qui encore une fois, permet de réfléchir à ses propres actions et de les mettre à distance de façon réfléchie. Cela me renvoie vraiment à tous ces posts auxquels on réagit et qu’on publie (moi y compris sur les réseaux sociaux).

        Je veux quand même défendre un peu l’indignation, même si évidemment, il est dommage d’en rester à ce stade d’émotion.

        L’indignation peut dans certains cas précéder la mise en place d’actions, non? Et parfois être une base pour discuter. Et elle n’est pas forcément uniquement démonstrative, mais peut-être une simple réaction. Cela vaut tout de même mieux que l’acceptation de l’inacceptable par évacuation directe.

        Qu’en pensez-vous?

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          « L’inacceptable » c’est juste le triomphe de l’émotion donc du moi qui prétend qu’une chose n’aurait pas dû avoir lieu puisqu’elle lui déplait.
          L’émotion n’est pas bonne conseillère, elle est juste une réaction personnelle, un obstacle au fait de voir – la tête froide – ce que l’on doit faire pour que ce que l’on ne veut pas voir se reproduire ne se reproduise pas.
          Prenons un exemple. Vous me marchez sur le pied, je peux m’indigner et vous dire haut et fort que vous n’auriez pas dû me marcher sur le pied, ce qui n’empêchera en rien mon pied de souffrir s’il souffre.
          La toute première chose que j’ai à faire pour être juste avec moi c’est de m’occuper de mon pied, de le panser.
          Après avoir soigné ma blessure je serai en mesure de voir posément comment m’y prendre pour que vous ne me marchiez plus sur le pied. Pour cela je vais devoir m’interroger : pourquoi et comment cela a-t-il été rendu possible ?
          C’est la réponse à ces questions qui me permettra d’avancer, pas l’indignation qui signifie juste que ce qui s’est passé n’aurait pas dû se passer. Le déni de ce qui s’est passé est un obstacle à la manière dont je vais répondre à ce qui s’est passé.
          Etre d’accord avec ce qui s’est passé, ne veut en rien dire qu’on l’a voulu. Je suis d’accord pour dire que le tragique accident de Tchernobyl a eu lieu, je ne le nie pas, ce qui me permet d’y réfléchir et de prendre peut-être des mesures pour que ça ne se passe plus.
          A l’inverse, notre époque très émotionnelle pense l’accident de Tchernobyl honteux, inacceptable et ne prend en conséquence pas les mesures qu’il faudrait prendre pour que ça puisse ne véritablement plus se passer.
          Il nous faut voir les choses en face pour y répondre justement or l’émotion est un filtre personnel qui nous empêche de voir les choses en face donc de prendre pleinement la mesure de la situation.
          Pour aller plus loin, regardez ce diaporama : Le mécanisme de l’émotion.

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  1. Brigitte

    l’indignation m’apparaît plutôt comme une hypocrisie. On la voit chez les politiciens avec leurs belles paroles , et chez les gens qui ont besoin de parler .
    Agir m’apparaît la meilleure réponse . Se taire si on ne peut rien y faire.
    Car je comprends pas à quoi ça sert de s’indigner sur telle situation si on ne peut rien y changer. A part parler …

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    1. Caumette

      Je ne suis pas d’accord. Qui ne dit mot consent. On peut ne pas savoir quoi faire dans une situation qui nous dépasse, mais ne rien dire et ne pas dénoncer… c’est pire. Mais s’indigner à tout va sans chercher de solution, oui, c’est bien là le défaut de notre époque.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        L’adage : « Qui ne dit mot consent » m’apparaît comme une manipulation psychologique qui suppose que celui qui se tait pour rompre définitivement avec un enchaînement de violences sans fin, consent à la violence, alors que précisément s’il s’abstient d’y répondre c’est pour ne pas la perpétuer.
        On peut se taire par lâcheté bien sûr mais aussi faire preuve d’une grande maitrise en se taisant.

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        1. Caumette

          C’est vrai, mais il y a bien des moments où on est obligés de se manifester de peur que l’autre le prenne comme un consentement. Il n’y a pas que des situations de violence, quand même. Il y a des situations où il faut simplement se positionner.

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          1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

            Je suis tout à fait d’accord avec vous, il y a des moments ou il est important pour notre dignité de nous positionner clairement mais cela doit être fait en dehors de l’émotion.
            Se positionner en étant contraint par l’émotion (de peur dites-vous), risque fort de nous faire dire des choses ou prendre des décisions « sous le coup de l’émotion » donc des décisions que nous regretterons amèrement quelques temps plus tard. (Regardez comme cela a pu nous arriver dans notre relation à nos proches.)
            Cela revient à dire qu’il nous faut commencer par être clairs avec nous-mêmes pour pouvoir l’être avec les autres.

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  2. Sylvie

    L’indignation peut mener, chez certains, à l’action, elle est même souvent un préalable à s’engager, et dans ce cas elle est positive car cette réaction s’oppose à la résignation, au laisser-faire. Donc oui, s’indigner est utile car cela pousse certaines fois à agir, et si nous ne pouvons  pas changer ce qui a été, chacun peut influer à faire le bien.

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  3. Lisa

    Je ne suis pas d’accord non plus avec cette réflexion : je suis indignée de choses injustes et oeuvre pour un monde meilleur du fait, entre autres, du premier élément constitutif de ma vie, une enfance maltraitée et une enfance non traitée. Cette première émotion, on peut l’utiliser finement ou non. La haine que j’ai eue de ma génitrice, pour mon géniteur et plus globalement pour le voisinage et ma « famille » au sens plus large m’a permis et me permet encore de rester en vie et d’agir « la tête froide ». Et nous ne sommes pas faites et faits de bois, je peux m’indigner pour mes droits de femme réduits à peu de considération par le groupe des hommes qui nous dominent ET, puis une fois le désespoir passé et prise en considération de la réalité, donc tout en me renseignant sur le système mis en place par les hommes, le combattre pied à pied, en argumentant sans l’emotionnel qui a été digéré par un travail de réflexion.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je suis persuadé que vous et moi ne parlons pas de la même chose quand vous tentez de me faire admettre que la haine permet d’agir la tête froide, en même temps que vous m’expliquez que selon vous l’émotionnel a été digéré par la réflexion.

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      1. Lisa

        Je me suis mal exprimée alors, puis qu’effectivement l’émotionnel brouille notre esprit.
        Mais la haine peut être un moteur et une fois les émotions évacuées totalement, nous pouvons agir de manière stratégique, en gardant à l’esprit notre indignation par exemple d’une enfance et adolescence bafouée, et ne plus rien laisser passer, en devenant par exemple bénévole dans une association d’aide à l’enfance, en ce sens que notre parcours de vie nous aidera à bâtir un monde meilleur dans lequel les enfants seront enfin reconnu.e.s comme des êtres humains à part entière, et non des doudous, des poupées ou bien encore des thérapeutes de leur génitrice et géniteur, ou des punching ball ou des bouc-émissaires ou les cinq à la fois et en alternance. Personnellement, mon indignation perdure et m’aide à poursuivre le travail sur moi-même et être exemplaire dans mes responsabilités. D’ailleurs, je reconnais de mieux en mieux mes torts et toutes les violences que j’ai subies à cause de mon enfance et adolescence qui ont été un calvaire et ce jusqu’à l’age adulte car les filles, les adolescentes, les jeunes femmes passent plus de temps dans la maison parentale, car elles sont du genre féminine et donc de celles qui ont nettement moins de droits, qui sont exploitées gratuitement pour assurer le maternage et l’elevage des enfants, qui ne sont pas reconnues pour cela, et celles qui sont les plus précaires et encore aujourd’hui considérées comme des mineures dans les faits, même si l’égalité de droits existent, et qui sont les plus à même d’être harcelées sexuellement dans la rue, au travail et qui subiront le plus d’agressions sexuelles et de viols.

        Voilà pour ma tirade égalitariste aussi 😉

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Vous convenez volontiers que l’émotionnel brouille notre esprit, la haine est donc une émotion qui brouille notre esprit quand on en est la proie, elle ne peut donc pas être notre conseillère, ce qui ne nous empêche pas d’être sa victime parfois.
          Je pense même que la haine est notre pire ennemi à tous, elle est la véritable cause des guerres, des massacres, des maltraitances comme des inimitiés.
          Cela dit je comprends parfaitement qu’ayant vécu la maltraitance et la violence dans votre propre chair vous soyez – pour le moment – dans l’indignation et la révolte, à l’origine de votre tirade égalitariste, comme vous dites.

          Pour aller plus loin, je vous invite à lire : Oser la colère, oser être vrai avec soi-même, puis : Esquiver ou digérer, le chemin pour en sortir.

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          1. Lisa

            Je vous remercie beaucoup pour votre attention.

            Pour ma haine, j’en suis encore trop souvent victime mais avec l’amour de mes proches, ça va mieux petit à petit avec le temps. Grâce à elles et eux, et surtout mon compagnon, je reste en vie. Sinon, je ne me serais pas ratée, j’ai vécu trop de choses douloureuses.

            Ce qui me fait le plus mal est la cécité de la société face aux enfants qui souffrent et le hurlent, comme elles et ils peuvent sans être entendu•es, les adultes ont une telle capacité à ne pas être conscient de leurs comportements violents et des côtes sombres de l’être humain desquels il faut prendre garde et être vigilant•es, c’est ce qui m’effraient le plus, il y a toujours en France une telle normalisation et banalisation des violences faites aux enfant•es…

            J’étais mûre pour me suicider ou être delinquante sans la main solide et tendue de mon compagnon qui me nourrit le coeur et l’âme, puisque ma filiation avait beaucoup de sombre et de haine, il fallait vraiment que je m’échappe, que je réussisse à voir la réalité en face (plus de 30 ans après les premières violences pour s’y confronter lucidement et presque sans résistance..) et à commencer à extirper toutes les épines de haine, de colère, de rancune, de rancoeur des générations antérieures à la mienne. Le chemin est encore long et devant moi : je ne savais pas que pleurer faisait autant de bien et j’ai enfin une personne à qui me confiait. Voyant que ce n’était pas mon psy et ne voulant pas me retrouver dans une quelconque « emprise », l’ayant trop vécu dans ma  » famille « , j’ai trouvé une bonne thérapeute et qui a une partie d’honoraires remboursés et qui se met au rythme de la patiente, qui s’accorde.

            Cette liberté m’a vraiment plu, moi qui ai connu l’hôpital psychiatrique (horrible, mes souffrances de l’enfance m’amenaient à être privée de liberté (ce doit être des cerveaux malades qui inventent ces  » hôpitaux « )) et les maisons de santé, à mon grand désespoir, avec du chantage à l’isolement, et toutes les violences qui peuvent découler de ces lieux clos…

            J’espère que la société humaine dont la France évoluera énormément sur la protection de l’enfance car ce sujet avance extrêmement lentement…

            Beaucoup se suicident encore, quand celles et ceux qui restent en vie, restent cabossé•es ou trop meurtrie•s.

            Bien à vous,

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            1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

              Oui Lisa, les larmes sont souvent salvatrices parce qu’elles permettent de digérer la haine reçue en s’ouvrant à son impuissance, elles sont la condition de notre renaissance.

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              1. Lisa

                Merci.

                Je m’en aperçois. Je ne savais pas. Il faut dire que les larmes que je pleurais enfant n’étaient pas acceptées, encore moins reconnues et pouvaient provoquer de la violence chez mon géniteur particulièrement, et une forte indifférence de ma génitrice.

                Je crois que le bonheur que j’ai éprouvé dans ma petite enfance et les mains tendues plus ou moins solides m’ont permis de ne pas abandonné mon coeur et mon âme.

                S’ouvrir à l’horreur et aux violences est extrêmement violent, on vacille beaucoup..

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