Prenez le plus grand soin d’eux !

La belle expérience de Vanina qui – parce qu’elle était présente à elle-même et qu’elle a su faire confiance à son intuition – a été l’instrument d’un jaillissement de la vie chez une personne âgée déclarée démente.

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PETIT MIRACLE EN GÉRONTOLOGIE

18/07/2014 Libre partage de Vanina

Soeur Josepha a plus de 97 ans. Durant toute sa vie, elle a dirigé avec brio des services de soins psychiatriques pour sa communauté religieuse. Depuis des années déjà, elle ne s’exprime plus que lors des toilettes ou des repas durant lesquels elle communique sa désapprobation par des griffures ou des morsures. L’équipe, pas bien à jour des connaissances gérontologiques actuelles, se plaint tous les jours de devoir user de la force pour la laver, l’habiller, la faire manger et la traite sans ménagement (« on n’est pas là pour se faire battre »). Plus les soignantes forcent, plus Josepha se défend.

En dehors de ces moments, Soeur Josepha passe la majeure partie de ses journées et de ses nuits en effectuant toujours le même geste répétitif de passer sa main sur son crâne en l’accompagnant d’un petit bruit parfaitement rythmé : han… han… han… han… sauf lorsqu’elle parvient à trouver le sommeil.

Un dimanche, après le repas de midi, alors que toutes mes collègues avaient déserté les services pour partager le gâteau dominical proposé par la déléguée syndicale de l’établissement, je poursuivais mes programmes de soins.

Je passai alors devant la chambre fermée de Josepha et quelques mètres plus loin, je m’arrêtai net : Je n’avais pas entendu le petit bruit de Josepha qui rythmait habituellement le silence du couloir à cette heure-là. Je ne sais pas, peut être une intuition m’a fait revenir sur mes pas et ouvrir la porte.
Son fauteuil-coquille était dans l’entrée de sa chambre, comme abandonné là, sans le moindre souci d’une disposition favorable.
La bascule du fauteuil n’avait pas était remise en arrière comme il se doit après le repas et Josepha avait glissé pour se retrouver le thorax au niveau de l’assise et la tête coincée par la contention abdominale qui elle n’avait pas bougé.
Elle était blanche, des gouttes de sueur froide perlaient sur tout son visage, elle était immobile, le regard fixe, ne respirant plus, les voies aériennes obstruées par le bol alimentaire remonté jusque dans le nez.
Je comprends, je déclipse la ceinture, me positionne derrière elle pour la plier vers l’avant.
OUF !! Elle tousse et évacue l’encombrement… elle re-respire.
Josepha, inerte mais vivante sur mes genoux, j’appelle une collègue à l’aide avec mon portable de service.
Nonchalante, ma collègue vient m’aider à changer sa chemise et à l’allonger sur son lit, puis va finir son gâteau, visiblement sans se rendre compte de ce qui venait de se passer (c’était elle qui avait raccompagné Soeur Josepha dans sa chambre).
Choquée et aussi blanche que Josepha, je suis restée à son chevet jusqu’à ce que l’IDE de coupure revienne ! Une heure et demi après la fin de mon service et sans qu’aucune collègue ne soit venue s’enquérir de la situation, je suis restée près d’elle, lui nettoyant doucement le visage, le nez, la bouche, lui parlant d’une voix maternante. Elle revenait lentement à elle mais était exténuée.
Les constantes étaient revenues à la normale, j’ai fait mon récit très factuel à l’IDE qui m’a répondu que je pouvais faire une transmission sur l’ordi mais « sans rentrer dans les détails ». Je quittai alors Josepha.

Le lendemain, au début de mon service, je m’empresse d’aller la voir. Elle dormait sur son lit. Je lui prends la main et la réveille doucement en la saluant.
Elle ouvre les yeux et me voit (je fais toujours attention à son regard en tunnel).
Son regard tout d’un coup est présent, elle ne me voit plus, elle me regarde et…
« Ah ! c’est vous ?… vous allez mieux ?… » me dit elle d’une voix claire, grave et d’autant plus surprenante que je ne l’avais jamais entendue auparavant.
Les yeux écarquillés de surprise et de bonheur, j’ai le temps de lui répondre : « oui Josepha, ça va, moi, et vous, comment ca va ? »
Puis elle perd son regard présent et n’est déjà plus avec moi.
Ce fut un des évènements les plus marquants de ma carrière (il y en a eu bien d’autres) et je ne l’oublierai jamais.

Il est très riche en sujets de questionnements mais ici, il en est deux que je voudrais particulièrement partager :

  • lorsque l’on croit que les capacités fonctionnelles, notamment cognitives, sont réduites à néant, prenons garde qu’elles ne soient pas juste mises en veille comme nous le suggère l’émérite professeur Louis Ploton. Parfois elle peuvent être remises en marche à l’occasion d’évènements relationnels riches en émotions positives ou négatives. Une non-prise en compte de cette approche dans le soin réduit de façon dommageable nos possibilités d’actions favorables pour la personne (notamment celle de fournir au patient un environnement respectueux, calme, sécurisant, serein, favorisant la communication et les fonctionnalités restantes).
  • cette mise hors service des fonctions cognitives, très mobilisatrices de réseaux neuronaux, pourrait servir à une économie favorable au maintien d’autres fonctions et/ou à inhiber la conscience d’un vécu trop insupportable pour eux (les patients).

Je trouve que cet exemple clinique illustre à merveille les nouvelles approches de la démence que nous proposent les auteurs reconnus en psycho gérontologie.

Merci d’avoir, par cette lecture, partagé mon expérience.

Vanina, assistante de soins en gérontologie.

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Pour aller plus loin, vous pouvez lire sur ce site :

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Vous êtes aidant (éducateur, travailleur social, thérapeute, psychologue, professeur, bénévole…) Vous êtes soignant (infirmière, aide-soignante, médecin, sage-femme…) Vous êtes parent ou « aidant naturel » (de vos vieux parents, d’un voisin…) Vous souhaitez témoigner, vous avez quelque chose à dire ou à crier. Votre partage touchera ceux qui vous liront et qui pourront vous répondre. N’hésitez pas à m’envoyer votre texte que je pourrai publier dans l’espace dédié aux aidants ! Pour ce faire, CLIQUEZ ICI

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18 réflexions au sujet de « Prenez le plus grand soin d’eux ! »

  1. Brigitte

    Bonjour Vanina,
    Après la lecture de votre témoignage je reste les larmes aux yeux et je remercie « le ciel » que des personnes telles que vous existent. Mon coeur est lourd car je pense à toutes ces personnes que je vois régulièrement dans l’EHPAD où réside mon père depuis presque deux ans et qui subissent journellement des maltraitances qui passent inaperçues : femmes seules dans leur chambre en fauteuil et qui crient à longueur de journées, personnes réclamant d’aller aux toilettes et ignorées sous prétexte qu’elles ont une couche, personne en fauteuil manipulée par l’arrière et par surprise sous prétexte qu’elles sont méchantes, séances de « gavage » à table car il faut faire vite, brusqueries etc. Heureusement il existe aussi des « Vanina » qui sont attendues avec impatience mais hélas les roulements dans 7 unités nous les enlèvent trop souvent et trop longtemps.
    L’autre jour, n’y tenant plus, j’ai tenté avec une jeune aide-soignante : « peut-être que si vous préveniez Simone que vous allez bouger le fauteuil et que vous lui parliez en la regardant, elle se laisserait faire sans crier » ; elle m’a répondu « elle est méchante, elle me tape, alors je ne lui parle plus » et vraiment elle prêtait à cette personne touchée gravement par la maladie d’Alzheimer des intentions d’adulte pensant et décidant clairement. Elle ne voyait pas (ou ne savait pas/plus) que Simone était une petite fille terrorisée et révoltée dans un corps de vieille femme. Cette soignante se sentait victime et de fait devenait persécutrice. Pourtant, j’avais eu une autre expérience avec Simone qui, assise à la même table que mon père et refusant de s’alimenter, avait soudain mangé avec application plusieurs bouchées de son omelette après que je lui eu parlé calmement et mis sa fourchette dans sa main avec douceur. Tout en mangeant elle me souriait et cherchait mon regard ; elle semblait heureuse.
    J’ai vécu avec mon père une expérience édifiante : un jour j’ai demandé un rdv la directrice de l’Ehpad pour lui relater des exemples de violence ordinaire dans son établissement. Le hasard a fait que mon père était avec moi lorsqu’elle m’a reçue. Tout à coup, alors que nous parlions du personnel, j’entends mon père (très affecté lui-même par Alzheimer et non sensé suivre notre conversation) lui poser cette question : « et comment vous les choisissez ? car la qualité est importante ».
    La directrice nous a regardés à tour de rôle, ébahie. Je crois que mon père venait de lui donner la preuve que certaines personnes démentes ont gardé des capacités pour réfléchir et s’exprimer quand l’espace est là pour eux.
    Chère Vanina, puisse votre témoignage nous rappeler que ces personnes atteintes de démence sont des humains qui souffrent et ressentent et non des objets à manipuler et « à ranger » pour s’en débarrasser plus vite !

    Répondre
    1. Vanina

      Bonjour Brigitte,
      Merci de votre réponse.
      L’épisode de vous et votre père face à la directrice est trés éloquent pour moi et je suis heureuse qu’il ait eu lieu malgré la circonstance peu réjouissante: je suis certaine que ce fût positif pour la confiance, la réassurance et le sentiment identitaire de votre père.
      Je suis souvent le témoin des changements bienheureux de comportement et de fonctionnalités de ces personnes âgée en fonction de l’environnement affectif , la confiance, le calme, la douceur, l’attention, la reconnaissance que les soignants veulent bien leurs apporter. Dans l’exercice de mon métier, je sais, en fonction de l’équipe qui m’a précédée, dans quel état je vais retrouver ces résidents si sensibles et vulnérables.
      Il y a parfois chez un certain nombre de professionnel et toutes catégories confondues, une résistance incompréhensible à l’apprentissage et à la reflexion sur l’amélioration de la qualité des soins.
      Je ne comprends pas pourquoi, comme il se ferait en hotellerie par exemple , la direction ne les enjoins pas d’aller chercher du travail ailleurs. Parfois même se passe le contraire et elles sont soutenues par la hiérarchie.
      Ainsi, dans un même service, il peut exister une grande disparité dans l’approche du soin à la personne âgée et voilà nos ainés, à la fin de leur longue vie, devant subir des changements relationnels trés destabilisants pour eux, passant d’environements affectifs réconfortants à leurs contraires parfois plusieurs fois par jour. Ils finissent par s’y perdre (qui ne s’y perdrait pas?) car si la stabilité relationnelle est primordiale pour leur mieux être, l’hétérogénéité de leur prise en soins leur est délétère. Certain auteurs reconnus se demandent si dans ces cas là, un pas de plus dans la démentification n’est pas alors encouragé.
      En psychogérontologie, l’ignorance est incompétence et je travaille pour une homogénisation des connaissances . Y a du boulot!!!
      Les règles professionnelles imposées par la formation initiale des soignants suffiraient à éviter bien des dérives graves . Le manque de budjet, donc de personnel, donc de temps pour les soins, pour la reflexion éthique, pour l’inter et la super-vision de l’équipe est un argument souvent évoqué pour dérèsponsabiliser les soignants dont ont parle içi. A mon sens, ce n’est pas recevable car ils ne sont responsables que des soins qu’ils prodiguent et ont des devoirs à remplir (respect de la personne, de son autonomie, efficacité des soins techniques, des soins relationnels, l’efficacité passant par la qualité etc….).
      Si je peux me permettre, l’AS qui ne parle plus à sa patiente parce qu’ « elle est méchante » doit repartir (pour elle et ses patients) en formation, elle n’a surement pas tout compris et à visiblement de grosses lacunes. Par son comportement, elle effectue une réification de la personne humaine en bon et due forme.
      Merci encore pour votre partage que je prends comme encouragement.

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  2. lou

    quelle belle preuve d’humanité et de partage, la patiente s’est mise à veiller sur vous et les rôles ont été inversés.
    quel grand moment de vie

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    1. Vanina

      Oui Lou, Soeur Josèpha et moi nous sommes communiqués consécutivement notre souci de l’autre. C’était inatttendu, même si je sais que ces personnes aux fonctionnalités modifiées sont championnes en empathie, c’est à dire dans la capacité d’imaginer ce que l’autre peut ressentir. Parfois même , ils font plus qu’imaginer, ils ressentent ce que l’autre ressent ; il faut alors être bien au clair avec soi-même et trés vigilent sur les émotions qu’on leur communique par notre language ou nos gestes.
      Merci pour ton petit mot.

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  3. Jocelyne

    Bravo Vanina ! votre Coeur est rempli de compassion bienvaillant auprès de gens diminués dans leur être. Votre profession est à l’image de ce que vous portez en vous. Ce beau et petit miracle vous a fait vivre une rencontre exceptionnelle d’humain à humain dans toute sa pureté et fragilité . Continuez à écouter vos intuitions, elles vous apporteront encore de petits miracles. Ce sont ces petits gestes d’amour qui m’aident à croire en la bonté de l’être humain sur une planète en douleur.

    Répondre
    1. Vanina

      Bonsoir Jocelyne.
      Merci pour votre gentil commentaire. En effet ma profession est ma vocation et je m’épanouie dans le prendre soin . J’ai régulièrement des retours de patients quels qui soient et de leurs proches que je perçois trés positifs (apaisement, motivation…). Les personnes dont je prends soin m’apportent beaucoup de réconfort face à mes deceptions sur la nature humaine et ca, c’est plutôt sympa.
      Bien à vous

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  4. Catherine

    Bonjour,
    Moi aussi je suis émue de ce témoignage, de votre patience, de vos capacités d’empathie.

    Ma belle-mère vient de décéder en EHPAD. Nous aussi nous avons été témoins avec mon mari de la vie dans une maison de retraite, d’autant plus que les 2 derniers mois nous logions dans la chambre d’hôtes du rez-de chaussée, et nous restions une grande partie de la journée et de la soirée dans l’établissement, libres de circuler et de voir ce qui se passait.

    La plupart des soignants ont été admirables, gentils et patients avec elle, mais dans un service il y a toujours une ou deux personnes acariâtres qui malmènent les résidents quand elles ne pensent pas être vues.

    Il y a un autre problème important, ce sont les médicaments comme le Xanax, qu’on donne aux personnes âgées pour qu’elles restent tranquilles, hébétées dans leur fauteuil, alors que chez une bonne partie d’entre elles justement ce médicament entre autres les rend agressives, intenables. C’est bien marqué dans les effets indésirables de la fiche technique. A plusieurs reprises nous avons dû nous bagarrer avec les médecins, notamment à l’hôpital où j’en suis même venue à subtiliser le comprimé qu’on lui donnait le soir, sinon elle devenait complètement incohérente. Un jour que j’étais arrivée en retard et qu’elle l’avait pris, elle avait des visions et prenait la commande du lit pour un livre. J’en passe…

    Une autre fois, elle avait fait une chute et avait dû être hospitalisée en plein été, sa docteuresse avait trouvé une place dans un service de personnes âgées démentes. Et pour cause les pauvres !!! On l’avait bourrée de tranquillisants, résultat elle ne nous reconnaissait pas, elle se promenait toute nue dans les couloirs et tentait de remonter des collants qu’elle n’avait pas… Le grand ponte du service m’a affirmé qu’elle était en voie de devenir Alzeimer. Bien sûr comme d’habitude j’étais considérée comme l’ignorante de service, et lui le grand savant qui sait tout.
    Heureusement, en soins de suite, le docteur m’a dit qu’elle pourrait rentrer chez elle.

    Quatre ans après, elle est donc partie avec toute sa tête, elle avait demandé le non acharnement thérapeutique. Elle prenait un complexe de teintures mères le soir pour qu’elle dorme bien « sommeil » de chez le Gattilier http://www.legattilier.com (gens admirables qui continuent à faire des préparations naturelles contre vents et marées) et ça suffisait à l’apaiser pour la nuit.

    Je pense que la majeure partie des gens qui ont l’air déments dans les EHPAD et les hôpitaux sont shootés aux tranquillisants (qui en énervent une partie).

    Quand ma belle-mère est arrivée il y a 4 ans dans la maison de retraite, il y avait là une dame encore très dynamique, qui sortait tous les jours, allait faire des courses, mais elle était un peu rebelle. 4 ans après, c’est une sorte de légume hébété dans un fauteuil, ils ont eu sa peau… Elle n’a personne pour veiller sur elle comme nous l’avons fait pour ma belle-mère, la protégeant et surveillant sans relâche ce qu’on lui donne.

    Pourtant une majorité du personnel est super gentil…

    Répondre
    1. Vanina

      Bonsoir Catherine,
      Merci beaucoup pour votre commentaire.
      Votre belle mère a eu bien de la chance de vous avoir pour veiller sur elle.
      Je comprends que vous ayez pu être choquée par l’absence de questionnement du medecin quand aux effets des traitements. Je voudrais juste insister sur l’importance de la qualité des transmissions des équipes soignantes dans leurs permanences et leurs précisions.
      J’ai eu observé que les ajustements initiés par les medecins dépendaient en grande partie de ce que les aides soignantes écrivaient et de ce que les infirmières leurs disaient (relatant les propos des AS plaignantes). En effet , rares sont ceux qui montent dans les chambres voir leurs patients ou s’enquierentt des situations directement auprés de l’équipe des aides soignantes pourtant la mieux placée pour les observations de la vie quotidienne des patients, et des changements de comportements.
      Les STAFFs, ou plusieurs soignantes peuvent rapporter leurs observations au sein d’une réunion collégiale et pluridisciplinaire sont essentiels pour l’amélioration des prises en soins et pour les ajustements de traitement car en fonction du personnel, les avis peuvent être divergents voir antagonistes.
      C’est donc en grande partie en fonction des connaissances des aides soignantes, de ce qu’elles disent et de la facon dont elles le disent ( et certaines sont capables de falcifier la réalité pour présèrver leur confort à moindre coup) qu’interviennent ou non les medecins.
      Je suis d’accord, les thérapeutiques non médicamenteuses pour prévenir ou gérer les crises sont trop peu connues et mises en place.
      Bien à vous.

      Répondre
  5. Blandine

    Merci de votre témoignage. Je ferai encore plus attention au personne dont j’ai la charge. Je fais partager votre article.

    Répondre
    1. Vanina

      Super, merci blandine, parfois j’ai l’impression d’être seule à me rendre compte, seule à lutter. Ton petit mot me fait du bien.

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  6. Maryse

    Après 25 années de secrétariat, je suis devenue auxiliaire de vie de mes parents.
    Profondément croyante, je m’efforce de mettre en pratique la merveilleuse Parole du Dieu Créateur sur lequel je m’appuie… Aide à domicile ou auxiliaire de vie de mes parents âgés, perdant leur autonomie avec la vieillesse et la maladie, j’ai appris à m’adapter pour mieux les comprendre et ne pas « faire à leur place ». Super avec maman, moins bon avec papa dont les principaux traits de caractère m’ont toujours rebutée. Maman est décédée en 2009. Je continue de m’occuper de papa. Il m’a fallut, tout en lui donnant son respect, m’imposer à lui pour ne pas me faire « bouffer » par ses caprices, ses exigences.et ses rebuffades… Avec la prière, le temps, la patience, la sincérité et le dévouement je suis arrivée à instaurer un climat plus serein entre nous. En mai 2011, au bord de l’épuisement (je suis seule à m’en occuper et les moyens fina! nciers n’existent pas), lors d’une hospitalisation rendue nécessaire pour mon père, le médecin du service m’a posé quelques questions en voyant ma fatigue affichée puis il a décidé que le retour de mon père à la maison se ferait avec la mise en place de l’hospitalisation à domicile. J’ai enfin pu prendre un peu de repos ! Je continue d’assister mon père ; ce n’est pas simple tous les jours car il devient de plus en plus dépendant. Ma vie est entre parenthèse mais ma foi m’aide à garder le sourire, moi qui suis d’un naturel pessimiste !
    J’admire et je rejoins Vanina, l’aide-soignante dont j’ai lu le touchant témoignage.

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  7. Madée

    Bonjour, maman est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis 15 ans, elle a 91 ans, elle est en maison médicalisée en Provence et sa maladie progresse doucement et irrémédiablement, mon père a 95 ans et tant bien que mal il se maintient à domicile, j’habite à 10 000km, je n’ai pas vraiment de bonnes relations avec mes soeurs dont une habite à 5km de mes parents. Voilà des années que nous sommes tous persuadés que maman d’entend plus, ne voit plus…
    Je suis venue rendre visite à maman en janvier dernier et je me suis (par hasard) prêtée à un jeu, seule avec elle. « si tu m’entends cligne des yeux » et au miracle, elle a cligné des yeux et même à plusieurs essais réussis. J’ai raconté mon histoire à la famille interloquée et persuadée que (encore) j’affabulais. Mon père a trouvé dans cette découverte un nouveau mode de communication avec sa femme (par intermittence, car elle n’est pas toujours en état ). Depuis, les membres de la famille ne racontent plus n’importe quoi devant elle. En ce qui me concerne, j’ai donc eu l’occasion de dire à ma maman un certain nombre de choses qui l’aideront (et moi aussi) à assumer la distance qui nous sépare et de trouver une sérénité dans notre relation. Car chaque fois que je vais la voir je ne sais pas si je la reverrai plusieurs mois après. J’espère en tout cas que mes soeurs et mon père ont profité de cette occasion pour se libérer aussi de quelques incommodités relationnelles, ainsi que mon père.

    Répondre
    1. Hélène

      J’ai moi aussi été touchée par le partage de Vanina. Mes propres parents, mon père puis ma mère sont morts (de maladie) lorsque j’avais 19 ans. Je mesure maintenant (à 65 ans) ce que nous avons (peut-être) évité comme souffrances tous les trois mais leur mort a été terrible à l’époque pour la jeune fille (unique) de 19 ans que j’étais.
      Je voulais juste faire une petite remarque à Maryse et à Madée concernant leur manière de parler de leurs parents alors qu’elles sont adultes : mon papa, ma maman. Leur dire juste que c’est une façon de continuer à « se situer » comme des enfants, même si je sais que l’on trouve ça mignon, affectueux, et tout et tout.
      Essayer de dire « mon père » plutôt que « mon papa » ne nous fait pas moins l’aimer (dans les faits) mais remet chacun à sa juste place : je suis adulte, mère moi-même, « mon papa » n’existe plus. Je ne laisse pas ce vieux monsieur – charmant ou tyrannique – avoir l’emprise d’un père sur son petit enfant (que je ne suis plus). Je suis adulte et libre de sentir (ou pas) que j’ai le devoir de l’aider.
      Ceux qui doutent du pouvoir des mots peuvent tenter l’exercice…

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    2. Madée

      En relisant ces partages, un petit rajout. Juste pour vous dire que ma maman s’en est allé au ciel le mois dernier.

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  8. soly

    Merci Vanina pour ce partage. Votre témoignage montre combien la société est violente envers nous mêmes, et combien nous sommes violents envers autrui et nous mêmes ! Nous acceptons cette violence, elle est réelle, et elle ne peut que se retourner contre nous même. Heureusement, il y a des Vanina, qui pensent qu’une autre voie est possible… J’ai un ami proche qui a choisi de travailler dans une maison de retraite, il est merveilleux avec les résidents, il nous en parle avec tant de chaleur, d’émotion et de dévotion… mais il souffre également de tout ce fonctionnement irrespectueux des personnes (résidents, salariés, familles…) il aimerait tant que cela change, il fait ce qu’il peut, et bien souvent la reconnaissance n’est pas au rdv…
    Ce qui arrive n’est pas un hasard, cela provient de toute l’horreur que nous acceptons aujourd’hui au nom du travail, de la rentabilité, l’efficacité, la crise, bref… vous savez ces « ben oui, mais on y peut rien… »
    Il est temps d’y réfléchir, de faire autrement à notre petit niveau, les petites gouttes…

    Répondre
    1. Vanina

      Bonsoir Soly,
      Oui, c’est un très beau métier que celui d’aidant. Je tiens à encourager votre ami en lui disant que je n’ai eu que rarement d’autre reconnaissance de la qualité de mon travail que celle que les patients me témoignaient chacun à leur manière. Il faut la prendre à bras ouverts et s’en satisfaire.
      En effet, il faut être solide pour résister aux pressions que font peser ces institutions sur ceux qui y mettent un pied et ce, quelque soit le côté de la barrière qu’ils investissent.
      Mais on peut refuser de tomber dans le mimétisme et l’insensibilisation et même si le courant est contraire, être cette goutte d’eau qui en rejoindra d’autre pour suivre un cours plus cohérent avec une nature humaine non régit par l’argent, la rentabilité, le pouvoir, l’apparence etc.
      Que deviendrai-je si je n’y croyais plus ?
      Je mourrai de désespoir !
      Merci Soly,
      Bien à toi.

      Répondre
  9. Catherine

    Vanina,

    Vous êtes comme un point d’acupuncture à la surface du monde, ce sont les gens comme vous qui le transforment et font que la conscience peut s’incarner de plus en plus…
    A partir de ce petit point inébranlable, la contagion s’étend dans les esprits…

    Bien à vous !

    Répondre
  10. mc

    merci beaucoup Vanina pour votre témoignage, ce que dit Hélène aussi est tres juste et elle a absolument raison de dire Faites l’exercice et vous verrez… Ensuite je voudrais me permettre de faire part à Maryse de mon expèrience. Ayant moi-meme une démarche de foi qui est au centre de ma vie et qui m’a sauvée du désastre je puis oser dire que je comprends ce qui la porte mais déterminée à mettre ma vie intérieure en ordre j’ai beaucoup mais beaucoup travaillé sur moi puis aussi avec un thérapeute et là ce que je peux dire c’est que le mental peut user de notre foi pour nous torpiller et nous eviter d’agir de façon juste et équilibrée, c’est à dire claire respectueuse de nous-meme et donc des autres. L’equilibre fait s’épanouir la foi mais la foi ne conduit pas seule à l’équilibre. C’est tres important d’en avoir conscience sinon on peut finir sur les genoux et le coeur ravagé par la frustration quand ce n’est pas l’aigreur. Pensez à vous, Maryse, vous n’avez à excuser ni à obeir aux caprices de personne : La vieillesse nous attend tous c’est pour votre père aussi une occasion d’avancer et d’apprendre, offrez la lui en songeant affectueusement un peu plus à vous-meme. bonne suite!

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