(Trois exemples)
Quand vous pensez, vous êtes partial, influencé par l’ego. Quand vous voyez ce qui est, vous êtes indépendant de votre ego. Voir donne une perception scientifique, c’est-à-dire vraie, des choses et des événements. Quand vous pensez, le passé vous enchaîne au passé, paralyse votre action. C’est là la différence entre penser et voir. Voir libère.
Swami Prajnanpad
Je décide de faire deux œufs durs.
Je prends une casserole, la remplis d’eau et la pose sur la cuisinière. Sur un autre feu se trouve déjà une casserole vapeur contenant des artichauts cuits la veille.
Je règle le feu au maximum et j’attends que l’eau bouille.
Les minutes passent. Je m’étonne que cela prenne du temps mais je me dis qu’il faut simplement être patient. J’attends encore, jusqu’au moment où j’aperçois de la vapeur. Enfin, me dis-je, ça bout.
Au moment de plonger les œufs, je remarque pourtant que l’eau ne frémit pas. Et je comprends alors : la vapeur ne vient pas de cette casserole. Elle provient de celle des artichauts. Je me suis trompé de feu. L’eau destinée aux œufs est restée froide.
Que s’est-il passé ?
Je n’ai pas vu. J’ai pensé.
J’ai interprété la réalité au lieu de l’observer.
Convaincu d’avoir allumé le bon feu, je savais à l’avance ce qui devait arriver : l’eau devait bouillir. Et puisqu’elle devait bouillir, je l’ai vue bouillir.. J’ai attribué la vapeur à une eau froide, sans en avoir conscience. Occasion de rire un bon coup de moi-même.
Nos pensées et nos croyances ont le pouvoir de nous hypnotiser. Nous leur prêtons allégeance, comme si elles étaient la réalité même, au lieu de les examiner, de les discriminer, et souvent de les dénoncer pour ce qu’elles sont : de simples hypothèses… et parfois des imposteurs.
L’autre jour, j’envoie par la poste quelques livres à une amie.
Le colis tarde à arriver. Dix jours passent, puis quinze. Toujours rien.
Mon amie m’écrit :
« Hier, j’ai reçu un colis. J’ai cru que c’était celui que tu m’avais envoyé. Non. C’était une paire de baskets que je n’avais jamais commandée. La Poste, c’est une catastrophe ! Bon, les choses sont comme elles sont : ton colis est perdu. »
Parce que mon colis tarde à arriver elle affirme qu’il est perdu. Et l’erreur de la Poste, lui permet d’exprimer sa dépréciation de la Poste.
Là encore, une histoire imaginaire s’est construite. Elle paraît logique. Elle paraît cohérente. Elle est pourtant fausse. Le bon colis est arrivé 2 heures plus tard.
Avec plus de quinze jours de retard, certes, mais il n’était pas perdu.
Sans cesse, nous sommes la proie de certitudes qui se déploient dans notre mental et sont l’occasion d’une souffrance.
Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont : nous les interprétons.
Nous interprétons le monde et les autres à travers nos attentes, nos peurs, nos conclusions hâtives..
Et la Poste n’est ni parfaite ni catastrophique : elle peut simplement avoir une défaillance.
Par SMS, je demande un service à une amie.
Je précise pourtant que rien ne presse. Malgré cela, elle s’efforce de me satisfaire le plus rapidement possible. Elle remue ciel et terre pour me répondre. Je la remercie.
Une quinzaine de jours plus tard, elle me demande à son tour un renseignement que je ne peux pas lui fournir immédiatement. Je le lui dis avec simplicité.
En une fraction de seconde, elle monte sur ses grands chevaux. Elle m’explique qu’elle s’est coupée en quatre pour moi l’autre jour, et que je ne suis qu’un ingrat.
Par bonheur, elle s’excuse quelque temps plus tard. Je ne lui en veux pas. Sa réaction est humaine.
Elle a interprété la situation à travers elle-même et ses propres besoins, ses propres exigences. Voulant se voir partout, elle a projeté sur moi sa croyance – devenue certitude – que les autres devaient agir comme elle.
Elle a été momentanément incapable de voir que l’autre n’est pas elle, et qu’il obéit donc à des logiques différentes. S’étant mis une forte pression à elle-même, elle s’attendait à ce que l’autre agisse comme elle., selon la même logique.
Ces trois histoires mettent en évidence un même mécanisme : nos pensées prennent souvent le pas sur la réalité.
Nous interprétons, nous anticipons, nous projetons, et ces mouvements du mental nous font parfois voir ce qui n’existe pas, juger ce qui n’est pas encore arrivé, ou exiger des autres ce qu’ils ne sont pas.
Penser, c’est commettre l’erreur de se raconter à soi-même ce qui devrait être.
Voir, est toujours un soulagement, un bonheur, parce que voir déracine notre confusion : c’est regarder ce qui est donc être libre.
C’est en confondant voir et penser que nous nous mettons à souffrir de nos propres histoires, ce qui signifie que la vie ne devient pénible que parce que nous la pensons, c’est-à-dire que nous la réduisons à ce que nous croyons qu’elle est.
© 2026 Renaud Perronnet. Tous droits réservés.
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- Peut-on se libérer des pensées ?
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Ma formation première est celle d’un philosophe. Il est possible que les idées émises dans ces articles vous apparaissent osées ou déconcertantes. Le travail de connaissance de soi devant passer par votre propre expérience, je ne vous invite pas à croire ces idées parce qu’elles sont écrites, mais à vérifier par vous-même si ce qui est écrit (et que peut-être vous découvrez) est vrai ou non pour vous, afin de vous permettre d’en tirer vos propres conclusions (et peut-être de vous en servir pour mettre en doute certaines de vos anciennes certitudes.)


