Le pervers narcissique

La violence psychologique, c’est de la violence tout court

« Le bourreau ou « pervers narcissique » peut être un homme ou une femme. La violence morale n’est pas l’apanage des seuls hommes, bon nombre de femmes sont des tyrans domestiques. Les médias donnent trop souvent l’impression que les harceleurs sont tous des hommes et nous devons bannir ce jugement erroné en nous souvenant que les hommes victimes ont tout simplement plus de mal à parler de leurs souffrances.

Quel que soit son sexe, son âge, sa nationalité, le bourreau a toujours le même comportement, il vampirise sa victime, buvant son énergie vitale. On peut mettre des années avant de se rendre compte du processus de destruction mis en place. Au commencement, il peut n’y avoir que des petites brimades, des phrases anodines mais méprisantes, pleines de sous-entendus blessants, avilissants, voir violents. C’est la répétition constante de ces actes qui rend l’agression évidente. Souvent un incident vient déclencher la crise qui amène l’agresseur à dévoiler son piège. En règle générale, c’est la prise de conscience de la victime, et ses sursauts de révolte, qui vont déclencher le processus de mise à mort – car il peut y avoir véritable mise à mort psychique, où l’agresseur n’hésitera pas à employer tous les moyens pour parvenir à ses fins : anéantir sa proie. »

Marie-France Hirigoyen

L’expression « pervers narcissique » a été popularisée dans les années 1990, notamment par l’ouvrage très médiatisé de Marie-France Hirigoyen (Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien).

Le mot perversion provient du latin perversio qui signifie invertir, changer de sens. Il y a perversion quand on change le but ou l’objet « normal » d’une pulsion. Pour ce faire, le pervers utilise des mécanismes fondés sur la projection ou le déni.

Le « narcissisme » fait allusion au mythe grec de Narcisse qui, ayant un jour aperçu son image dans l’eau d’une fontaine, s’éprit de lui-même.

La perversion comme le narcissisme sont des tendances que nous retrouvons chez tous les êtres humains (par exemple à travers l’égoïsme et le repli sur soi), mais chez le pervers narcissique elles s’expriment à l’exclusion de toutes les autres.

Par ailleurs, le pervers narcissique est fin, intelligent et bon psychologue. Il paraît donc particulièrement sympathique, brillant et même tourné vers les autres.

Mais sa caractéristique principale est d’être un déviant (pervers) par rapport à la morale et aux normes établies dans la vie en société, cette déviance lui permettant souvent d’être considéré comme original, donc attirant aux yeux des autres.

Il se choisit une proie et utilise toutes sortes de stratagèmes pour détruire l’intégrité psychique de cette dernière et cela dans le but de satisfaire son bien-être personnel.

De manière très simple on pourrait dire que pour le pervers narcissique, l’autre n’existe pas en tant qu’autre différencié. L’autre n’existe que comme objet pour lui-même.

Le pervers sait ménager ceux dont il a besoin pour aller dans le sens de son image narcissique.

Il est incapable de ressentir de l’empathie ou de la bienveillance pour les autres puisqu’il est avant tout calculateur pour son propre compte.

Il séduit sa victime tout en maintenant avec elle une distance affective qui lui permettra de ne jamais pouvoir l’aimer. En fait, il mise constamment sur l’incapacité de sa victime à pouvoir réaliser qui il est parce qu’elle ne peut pas être comme lui.

Les pervers sont souvent des personnes frustrées et jalouses qui, parce qu’elles n’ont pas pu se réaliser, cherchent à se donner de la satisfaction en jouant avec la vulnérabilité des autres, en cherchant à blesser, à avilir et à humilier.

Le pervers est volontiers mythomane, le mensonge est chez lui une seconde nature, il est cynique, et pense – par exemple – que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Il s’arrange très facilement avec sa conscience. Il n’hésite pas à mentir avec un aplomb sidérant, dès lors que cela sert ses intérêts, il en arrive à croire lui-même à ses propres mensonges, ce qui le rend d’autant plus dangereux – parce que non soupçonnable.

Derrière une apparence généreuse, un côté bon vivant et charmeur, il ne pense qu’à son intérêt à lui.

Il sait souffler à la fois le chaud et le froid ce qui permettra à sa victime de douter d’elle-même. Il n’hésite pas à lui jurer qu’il va changer (pour resserrer son étau quand il se relâche). Il se venge toujours sur sa victime quand il est seul avec elle et donc sûr de pouvoir la dominer. Il fait peu à peu régner la terreur dans la famille.

Pour résumer, il n’a bien sûr jamais « aucun problème » (selon lui) et excelle dans l’art de la manipulation, de la dissimulation, du mensonge, de la fourberie et est volontiers procédurier.

Sa sexualité est bien souvent déviante en ce sens qu’il arrive à obtenir de sa victime qu’elle consente à des comportements qu’elle réprouve et n’ose pas refuser par peur de représailles (physiques comme psychologiques). Le pervers narcissique sait parfaitement s’y prendre pour circonvenir et manipuler les personnes, on le retrouve donc dans de très nombreux cas d’incestes.

Ces principales caractéristiques du pervers narcissique, vous allez maintenant les voir à l’œuvre à travers cet excellent court métrage de 15’ 44’’ intitulé : Fred et Marie, pour un couple sur huit, ceci n’est pas une fiction, réalisé par TheDeck & Lenitch, sur une initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Wallonie et de la CoCoF.

Note :

© 2017 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 Le pervers narcissique par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

10 réflexions au sujet de « Le pervers narcissique »

  1. Mathilde Willerval

    Bonjour et merci pour cette vidéo et l’article que j’ai trouvés très intéressants et bien faits. J’ai trouvé, malheureusement, très réaliste aussi (et pas que pour un couple sur 8, peut-être un peu plus…) l’absence de réaction des amis (sauf une) et le temps de paroles des hommes par rapport aux femmes. Bref, un court métrage sur le machisme, en même temps que sur les pervers narcissiques je trouve. En tout cas, pour l’avoir vécu personnellement, je sais que pour certaines femmes c’est difficile de prendre ouvertement parti dans une telle situation par peur de se trouver juste “intégrée” au groupe de la victime et mise à mal également (avec peut-être même une amplification des violences, et tout un discours type “ha vlà les féminismes qui rappliquent” qui peut facilement rassembler les autres hommes autour de la table de façon encore plus agressive”. Alors que si un seul homme ose dire ce qu’il pense de la situation (je l’ai vu faire, rarement, mais parfois), ça “calme” beaucoup plus la situation (peut-être que ça montre une forme de virilité qui fait envie, d’une certaine façon, au macho, et puis, de voir la réaction d’admiration des femmes aussi). Bref, j’aimerais dire aux hommes, et aux femmes, bien sûr, qui sont témoins de situations similaires, “dites quelque chose” (en sachant que ce n’est pas forcément facile, et sans prétendre que j’y arriverais).

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  2. Léa

    Bonjour,
    Pensez-vous qu’une mère qui objétise son mari, un de ses enfants, et tous ceux qui l’entourent finalement, qui ne cherche constamment qu’à satisfaire ses intérêts sans se soucier des émotions des autres, qui humilie constamment pour se valoriser, qui pense être la personne la plus malheureuse de la terre et joue sur ce point pour susciter la compassion et ainsi ne pas être blâmée.
    Pensez-vous que ce type de mère qui prétend être hyper sensible et ne jurer que par les siens alors qu’elle passe son temps à les rabaisser (mine de rien), les avilir, une mère qui ne se nourrit que de malheur, qui voit le mal partout et s’évertue à faire en sorte que ceux qui l’entourent fassent de même, pensez-vous qu’elle puisse être une “perverse narcissique” ?
    Merci, et merci pour tous vos articles.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      La première chose que vous devez savoir c’est que la perversion narcissique n’est pas un trouble clinique reconnu mais un concept popularisé par les médias à la suite de la parution du livre de Marie-France Hirigoyen.
      Donc il ne s’agit en aucun cas pour moi de poser des diagnostics, qui plus est “à distance” et sur des personnes que je ne connais même pas.
      D’ailleurs l’important est moins le diagnostic que vous devez poser sur votre mère que la prise en charge de votre propre souffrance compte tenu de ses comportements.
      Je sais à quel point il est extrêmement difficile – pour l’ex-enfant que vous êtes – d’arriver à convenir de la souffrance qui est la vôtre à travers les comportements de votre mère et c’est pourtant bien là une grande partie de l’enjeu de votre travail thérapeutique.

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  3. Luisier Y.

    Rien que le fait de lire votre article déclenche chez moi des sueurs ! Âgée de 57 ans, et fille de parents au comportement toxique, j’ai dû, par un dernier sursaut de survie, rompre les relations avec mon père il y a trois ans. Ça a été hyper-douloureux mais je ne l’ai jamais regretté. Après avoir suivi votre blog et lu quantité d’ouvrages sur le sujet, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute maintenant que mon géniteur appartient à cette sinistre catégorie.
    Par vos articles inspirants, vous contribuez beaucoup à ma reconstruction et je vous adresse un immense MERCI.

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  4. Robin

    La lecture de l’article m’a donné beaucoup de frissons, j’ai probablement été psychiquement tué par une femme aillant ce genre de fonctionnement. Entre temps je me suis réveillé et je suis en voie de guérison (j’y arrive lentement mais sûrement), je commence depuis peu à ressentir un certain apaisement.
    Mais si la perversion et le narcissisme sont des tendances qu’on retrouve chez tout être humain, n’est-il pas inopportun de désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est pervers narcissique ? Après je m’imagine bien que beaucoup de personnes puissent user de ce genre de comportements à en devenir monstrueuses.
    Certains se battent pour faire reconnaître ce trouble de la personnalité en justice, mais ils se basent sur un cumul de critères et restent avec une définition bien vague.
    En fait je pense que la perversion narcissique existe partout à des degré divers et qu’il est donc impossible de mettre qui que ce soit dans une case “pervers narcissique”.
    L’article reste quand même très intéressant parce qu’il parle de personnes potentiellement dangereuses.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Merci à vous de mettre le doigt sur ce point.
      Merci de votre régulation.

      Les comportements inhumains et monstrueux existent, c’est indéniable, mais – comme vous le pressentez – un être humain est suffisamment complexe pour n’être pas réductible à l’un de ses comportements.
      Votre partage me fait penser à cette réflexion de Hannah Arendt :
      “Le mal est un phénomène de surface, nous résistons au mal en refusant de nous laisser submerger par la surface des choses, en nous arrêtant et en réfléchissant, c’est-à-dire en dépassant l’horizon du quotidien. Plus une personne est superficielle plus elle est susceptible de céder au mal. C’est la banalité du mal. Un indice de cette superficialité est l’usage des clichés.”

      Il nous arrive à tous de parler “sur les autres” pour éviter de regarder en nous-mêmes, et pour ce faire d’utiliser des expressions toutes faites et d’autant plus stigmatisantes (des clichés), qu’elles prétendent dénoncer le mal chez l’autre pour le mettre à distance de nous.
      S’arrêter et réfléchir c’est non seulement prendre en compte dans sa totalité celui que nous stigmatisons mais également regarder ce qui nous anime en le dénonçant.
      En faisant cela nous découvrirons si nous sommes mus par la haine ou par le toujours légitime besoin de nous protéger de la violence ou de la perversité de l’autre.

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  5. Prin-abeil gisele

    J’ai vécu avec un homme qui est devenu mon mari ensuite ! J’avais déjà une fille de 7 ans ! Il se montrait une personne rigolote et qui assumait et protecteur ! Afin de me convaincre et je ne l’ai su que tres longtemps apres par elle qu’il avait demande a ma fille de l’appeler papa en echange d’un mac do ! Petit à petit et je ne m’en suis pas rendu compte ! Je croyais être aimé ! Je me suis retrouvé dépendante de lui et de mes me- connaissances ! Je
    N’avais plus confiance en moi ! J’ai doute parfois mais je me suis battue
    Je ne savais pas que des gens comme cela existaient ! Je croyais juste qu’il ne savait pas ! Ns avons eu 2 autres enfants ! Tout à continue et comme je croyais que c’était ma faute et un manque de dialogue de communication ! J’ai lu et fais des conférences Jacques Salomé et thérapie pour aider mes filles et lui je pensais qu’il était ainsi parce qu’il reproduisait un schéma ! Tout à été bon pour lui ! Pour me détruire et m’atteindre vis a vis des enfants ! je
    passe sur les mensonges et tellement de choses que je ne comprenais pas ! Tout cela pour à la fin me dire qu’il n’avait pas d’amour à me donner ! Que s’il faisait souffrir les filles c’était à cause de moi de ne pas faire ce qu’il voulait ! Puis m’a demande de demander le divorce puis il est revenu en me disant de tout arreter que j’etais la mere de ses enfants qu’il avait fait des betises et que cela se reproduirait ! Moi encore aujourd’hui j’arrive pas à m’en remettre ! Je l’ai écoute et entendu et j’ai compris avec grasse ! Je n’ai donne aucune suite j’étais capable d’y voir clair ! Alors il n’a eu de cesse pendant 10 ans de me faire payer !

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