Repérer les principes pernicieux de la pédagogie noire pour y remédier

« Les jugements de valeur vous ont été assénés quand vous étiez jeune, quand votre mental était réceptif, aussi sont-ils solidement ancrés. Pour vous en libérer, votre pouvoir de discrimination doit donc être clair et tranchant. Comment l’affûter ? En le frottant sur la vérité. »

Swami Prajnanpad

Il y a quelque chose de pathétique dans la manière dont les parents aux comportements pourtant toxiques et dysfonctionnels1 tiennent à leurs opinions sur l’éducation. Qu’ils en aient conscience ou non, ils sont les esclaves des façons de faire de leurs propres éducateurs et des affirmations péremptoires de ces derniers.

Je reprendrai donc ici quelques-unes de ces opinions qui ont la particularité de n’avoir jamais été remises en cause par ceux qui les chérissent et qui se les transmettent de génération en génération même si – enfants – ils en ont fait les frais.

Ces opinions sont les croyances de ceux qui ne pensent l’éducation que comme un rapport de force. Les parents qui les chérissent sont mus par la crainte, ils pensent devoir dominer leurs enfants sous peine de se faire dominer par eux et sont incapables de sortir de cette alternative.

Ces opinions sont les présupposés de ce qu’Alice Miller a appelé la « pédagogie noire2 », elles ont pour caractéristiques de rassurer a minima les parents dysfonctionnels et toxiques et de sembler justes et vraies, mais elles ne résistent pas à l’analyse de celui ou de celle qui s’y confronte avec lucidité.

Le point commun de ces opinions est de sous-entendre a priori que l’enfant a besoin d’être « dressé3 » parce qu’il est naturellement mauvais.
Elles sont la conséquence de siècles d’allégeance à des principes de domination patriarcale. Peut-être reconnaitrez-vous, en les lisant, certains des principes à travers lesquels vous avez été vous-même éduqué(e)s ?

Voici donc quelques-unes de ces croyances – à démonter :

 

1° « Ici, c’est moi qui commande et toi tu te tais. »

Cette croyance (obéir rend fort) permet à un parent de légitimer son comportement dominateur : c’est pour qu’ils puissent devenir forts à leur tour que les enfants doivent obéir.
La domination a pour but de saper (réduire à néant) la volonté de l’enfant, elle se fait toujours au moyen de la menace, donc de la peur. Il s’agit de s’y prendre de telle façon que le moi propre de l’enfant devra toujours céder devant l’autorité des parents.
Le psychologue humaniste Carl Rogers parlait ainsi de la manière dont il est possible de rendre un être étranger à lui-même, en l’occurrence une de ses patientes : « Bien que, enfant, elle fut totalement indépendante de l’opinion des autres, elle est maintenant complètement dépendante de ce que les autres pensent. Elle n’a plus aucun moyen de savoir ce qu’elle ressent ou ce qu’elle pense d’elle-même. Il s’agit de l’état le plus isolé qui soit, une séparation presque complète de son propre organisme autonome. »
L’obéissance se fonde sur la négation de toute altérité. Un être dominé est un être aliéné parce qu’il a dû renoncer à lui-même et se sent faible, il ne peut donc agir que comme un robot.
Les partisans de cette obéissance inconditionnelle, confondant la maitrise de soi avec la soumission à l’autre, veulent croire qu’un enfant capable de serrer les dents (donc capable de refouler sa souffrance à l’intérieur de lui-même) est un enfant fort, quand il est en réalité un enfant blessé et divisé qui cherche à cacher la honte qu’il a de lui-même de n’être pas à la hauteur de l’attente de ses parents. Jusqu’au jour où, devenu grand, il se vengera sur un plus faible (son propre enfant souvent) en le dominant par la peur.

A contrario de l’obéissance, l’écoute et l’ouverture à la parole de l’enfant qui questionne le monde laissent la place à l’expression et au discernement de cet enfant, conditions nécessaires à l’harmonie, à l’entente ou au conflit à résoudre.

Pour Swami Prajnanpad, le fondement de l’éducation est « de ne jamais permettre à un enfant de prendre les choses comme allant de soi », il en découle la nécessité « de l’encourager à voir et à poser des questions. »

Le parent ouvert à la parole de son enfant le rendra fort en l’encourageant à faire ses propres expériences en s’appuyant sur lui-même. Cette ouverture conditionne le respect et la liberté dus à l’enfant pour lequel le parent souhaite qu’il apprenne à vivre les yeux ouverts.

 

2° Un parent doit contraindre son enfant à agir comme il pense qu’il doit agir car les adultes ne peuvent qu’avoir raison. L’enfant le reconnaîtra un jour et il leur sera reconnaissant.

La plupart d’entre nous avons été, dès l’enfance, conditionnés par l’idée que nous devons faire « ce que nos parents nous disent de faire » plutôt que d’obéir à ce que nous nous sentons de faire. Le conditionnement venu de l’extérieur de nous-même s’est substitué insidieusement à ce que nous sommes et à ce que nous voulons pour devenir notre nouveau critère d’action. Non plus je le fais parce que je le sens et m’en sens capable (sentiment de confiance et de cohérence avec soi-même), mais je le fais parce que je suis prisonnier d’une influence, d’un ordre extérieur à moi (sentiment d’obligation).
Inculquer à l’enfant le sentiment du devoir c’est vouloir détruire son moi, lui demander de renoncer à son individualité propre.

Parce qu’il a une haute conception de l’homme et de sa liberté, Swami Prajnanpad refuse de le soumettre à l’impératif du devoir extérieur à lui-même. Il estime que « le devoir est dégradant pour l’homme, il est en dessous de sa dignité. Il y a à la fois une compulsion et une obligation dans le devoir ! C’est un esclavage ! »

A contrario, l’amour naît chez l’enfant de la liberté que son parent lui octroie d’être lui-même. Se sentant aimé et respecté, il aime et agit à son tour à travers son libre consentement.

La gratitude ne peut pas provenir d’une décision inspirée par une injonction morale à agir selon un quelconque devoir. Seul l’amour, parce qu’il est fluide, permet la vraie gratitude qui s’exprime spontanément et provient de l’élan du cœur de l’enfant qui la ressent.
Comme le dit Swami Prajnanpad : « Quand on ressent « ceci est mon travail », la tâche s’accomplit à merveille et prend tout son sens. »
Le parent qui permettra à son enfant de sentir par lui-même « ce qu’il a à faire », lui rendra possible de faire les choses de manière unifiée.
Car c’est l’unification et non la division entre soi-même et un devoir extérieur à soi qui permet à un être de ressentir l’amour et la paix. Éduquer c’est donc réfléchir à la manière dont on va s’y prendre avec intelligence pour que l’enfant consente à faire ce qu’on lui propose et non pas imposer des devoirs qui ne pourront pas être suivis autrement qu’au prix de l’hypocrisie.

Que voulons-nous ? On récolte toujours ce que l’on sème. Si Gurdjieff exprimait : « L’éducation d’un enfant doit être basée sur ce principe que tout doit venir de son propre vouloir. Rien ne doit lui être donné sous une forme toute faite. On ne peut que lui proposer une idée, que le guider, ou même l’instruire indirectement en partant de loin et en l’amenant au point voulu à partir d’autre chose. » c’est bien parce ce qu’il avait compris l’absolue nécessité pour le parent d’obtenir le libre consentement de son enfant, dans son intention à l’aider à devenir un être intègre, honnête, vrai, donc capable d’agir délibérément.

 

3° C’est par des interdits imposés qu’un parent parviendra peu à peu à faire de son enfant un être sociable et aimant.

Par exemple on inculquera moralement à son enfant que « mentir est mal », plutôt que de lui montrer les choses à l’occasion d’un mensonge. Les lui montrer c’est parvenir à lui permettre de voir qu’on ment par nécessité parce qu’on est assujetti à la peur et que si l’on n’a pas peur, on n’a plus besoin de mentir.
Dire à son enfant « mentir est mal », sans rien lui montrer le déstabilisera (le mettra en porte-à-faux) en l’obligeant au déni quand – ayant peur – il ressentira le besoin de mentir.

Croire qu’on sociabilisera son enfant par des interdits abrupts est une opinion particulièrement naïve parce qu’elle méconnait le mécanisme du refoulement d’un être qui cherche à paraître ce qu’il pense qu’il faut qu’il soit quand il se sent dominé, en même temps qu’il cherche à dissimuler ce qu’il est vraiment.
Les interdits non consentis par le cœur de l’enfant ne peuvent que créer chez lui la peur, l’hypocrisie, la dissimulation et les faux-semblants.
Personne ne peut accéder à l’absence de haine ou à l’amour par l’intermédiaire de la peur.

A contrario, un enfant qui se sent aimé par son parent qui l’accepte tel qu’il est, aime en retour d’un amour libre, « vrai » et non soumis à la peur. Il développe ainsi la confiance en son parent, confiance qui lui permet même d’accepter un interdit auquel il n’a pas encore eu le temps ou l’opportunité de consentir.
Si le parent a une relation saine donc aimante avec son enfant, ce dernier s’abandonnera à lui avec confiance. On (et en particulier un enfant) se sent l’obligé d’un être dont les comportements sont vrais, authentiques, honnêtes et pas manipulateurs. C’est à travers une telle relation à ses parents qu’un enfant deviendra naturellement aimant et sociable.

Swami Prajnanpad insiste en nous invitant à ne pas courir le risque de faire « de l’enfant un automate. Ne craignez pas qu’il fasse des erreurs. C’est seulement en faisant des erreurs qu’il peut entrer en contact avec la réalité. » Il va même encore plus loin : « Mieux vaut qu’il fasse une erreur que de respecter les apparences. »
C’est donc bien le rôle du parent que de « permettre » à son enfant de faire des erreurs, manière de l’encourager à entreprendre pour « rentrer en contact » avec le réel.
Ainsi aimer son enfant ce n’est plus le protéger pour qu’il ne fasse pas d’erreurs, c’est l’accompagner dans les erreurs qu’il fait, cela revient à lui apprendre à vivre puisqu’on apprend et grandit pas à pas, d’erreur en erreur. C’est à ce prix que l’enfant prendra la pleine mesure de l’autre et du monde.

 

4° Plus un enfant restera dans le doute par rapport à sa propre valeur, moins il sera arrogant et dominateur et plus il deviendra apte à vivre en harmonie avec les autres.

Conditionné par des siècles d’un christianisme culpabilisateur, certains parents restent persuadés que s’ils font sentir à l’enfant sa valeur, il ne pourra qu’en faire un mauvais usage. L’aimer ? sans doute, mais ne surtout pas le lui faire ressentir. Persuadés qu’il est mauvais par nature, ils le conditionnent à adhérer à une sorte de fausse humilité dépréciative de lui-même, de peur qu’il devienne arrogant et dominateur.
L’idéal dévoyé qui veut obliger l’enfant à faire passer l’autre avant lui est typique de la pédagogie noire qui croit qu’elle obtiendra davantage de l’enfant par la coercition et l’humiliation que par la douceur, le respect et l’encouragement.
Un enfant convaincu de sa propre nullité est un enfant perdu, condamné à l’errance et prêt à croire la première personne qui cherchera à l’abuser puisqu’il ne se fait pas confiance. Et surtout, conditionné contre lui-même, il ne pourra pas prendre sa juste place en harmonie avec les autres.

A contrario, pour qu’un enfant devienne un jour capable de donner et d’aimer librement, il faut qu’il ait grandi dans un milieu dans lequel on lui aura permis de faire confiance à ses ressentis.

Le désintéressement, le sentiment d’abnégation comme la capacité à faire passer l’autre avant soi ne peut pas être vécu (autrement qu’avec hypocrisie) par celui qui reste profondément en manque, en déficit de lui-même, conséquence de multiples frustrations qui n’ont jamais été comblées.
C’est parce qu’il aura le sentiment d’avoir reçu (de l’amour essentiellement, et de la reconnaissance) qu’un enfant, devenu grand, pourra se sentir heureux, et deviendra capable de se tourner vers les autres pour partager avec eux.
Éduquer les enfants à la liberté commence donc, selon la formule de Swami Prajnanpad, par « leur permettre d’être ce qu’ils veulent.4 »
Un être qui a pu faire pleinement l’expérience de lui-même devient un être sans prétention qui n’a plus besoin de chercher à illusionner l’autre.

 

5° En règle générale, il faut se méfier des sentiments qui peuvent facilement nous déborder. Rester dur et impassible face aux sentiments de l’enfant est un bon moyen de prévenir les débordements que l’on craint.

On connaît la justification essentielle de ceux qui cherchent à éduquer par la force et la domination : « qui aime bien châtie bien. »
Il y a là encore une mystification. Expliquer à son enfant que si on est dur avec lui « c’est pour son bien », est irrecevable pour lui. En effet comment un enfant peut-il comprendre que celui qui dit l’aimer lui fasse du mal ?
Être dur avec son enfant, c’est mettre en place avec lui une relation sournoise et menaçante dans laquelle la violence n’est jamais loin. C’est aussi lui apprendre à devoir nier et refouler ses propres sentiments et à être dur lui aussi, à son tour, avec les autres.
Un enfant est naturellement dépendant ; pour se construire, il a besoin de soins, de compréhension et d’amour. Montrer de la dureté et de la froideur à un enfant qu’on prétend aimer c’est le conditionner à un chantage insupportable, c’est chercher à lui faire croire que l’amour peut être soumis à condition. Ça ressemble à une initiation au sadisme : aimer c’est faire mal à l’autre.

A contrario, Swami Prajnanpad est explicite, « si les enfants ne peuvent pas s’ouvrir, il n’y a pas de relation. » Leur permettre de s’ouvrir, c’est leur permettre de dire ce qu’ils ont à dire et d’exprimer ce qu’ils ont à exprimer. Donc se souvenir qu’une émotion exprimée est une émotion apaisée.
Pour ce faire, il conseille aux parents : « Et vous, ayez l’ouverture d’esprit d’écouter et d’expliquer de manière non passionnelle ! Qu’ils soient libres, c’est tout. (…) Vous devez vous poser toutes sortes de questions, sous tous les angles, et changer votre comportement ou votre manière de faire, si nécessaire. »
Être capable de changer son comportement de parent pour permettre à son enfant de ne pas se sentir jugé quand il s’exprime, c’est devenir capable d’aimer son enfant tel qu’il est, donc faire en sorte qu’il se sente aimé tel qu’il est.

Si, comme l’exprime Swami Prajnanpad : « Un mode de vie juste signifie que l’homme doit suivre le chemin de la vie les yeux ouverts, en se posant des questions : « Quoi ? Pourquoi ? Comment ? » une éducation juste et consciente apprendra à l’enfant à pouvoir le faire pour lui-même et en particulier dans la relation à son parent.

Il est dit dans le Dhammapada (un recueil des paroles du Bouddha) : « Tout ce que nous sommes est le produit de ce que nous avons pensé. Tout cela est fondé sur nos pensées ; est façonné par nos pensées. »
C’est parce que la pensée conditionne toutes choses que nos pensées sur l’éducation doivent être fondées sur des principes solides.
Pour qu’un enfant ne soit pas la victime du cruel passé de son parent, il faut que son parent ait préalablement vérifié par lui-même la validité des principes de base qui présideront à l’éducation qu’il veut donner à son enfant5.

 

Ces nouveaux principes de base peuvent être énoncés ainsi :

1. Ce n’est pas l’obéissance qui rend un être fort. Ce qui lui donne le sentiment de sa dignité intrinsèque et donc de la force, c’est de se sentir à la fois aimé et respecté par ses éducateurs.

2. Le sentiment du devoir n’engendre pas l’amour mais l’hypocrisie parce que l’amour ne peut pas être soumis, il ne peut qu’être consenti.

3. On ne peut pas tuer la haine en imposant des interdits, on tue la haine par l’amour et pour reprendre la célèbre parole du Bouddha, si la haine est encore vivante, c’est que l’amour n’est pas assez fort.

4. Plus un enfant aura un ressenti négatif de sa propre valeur plus il deviendra jaloux et envieux des autres, donc incapable de les aimer. C’est la confiance en soi et non la fausse humilité, qui conditionne la capacité d’un être à aimer ses semblables.

5. La dureté et la froideur des parents sont des obstacles à l’expression complète de la sensibilité de l’enfant. Or la capacité à se laisser toucher par les autres est la condition d’une relation équilibrée vis-à-vis de ces autres.

Respecter ces principes reviendrait à nous y prendre de telle manière avec nos enfants que nous nous donnerions les moyens de répondre à cette interrogation d’Alice Miller : « Nous ne savons pas encore comment se présenterait le monde si les enfants étaient élevés sans humiliations, et s’ils étaient respectés et pris au sérieux par leurs parents comme des êtres humains à part entière. »

Notes :

1. On lira à ce propos sur ce site : À propos des parents aux comportements toxiques

2. On trouvera l’énumération des principes de la « pédagogie noire » dans Alice Miller, C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, Éditions Aubier, 1983, p. 78.
Sur ce thème, je vous conseille vivement de lire l’article de Marc-André Cotton : La Pédagogie noire.

3. Lire à ce propos sur ce site : Éduquer ou dresser ?

4. On lira à ce propos sur ce site : L’enfant et les ballons.

5. On lira à ce propos sur ce site : Parent efficace ou parent conscient ?

© 2020 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire :

  • L’essentiel d’Alice Miller, préfacé par son fils Martin Miller, une compilation de ses quatre principaux livres.
  • Swami Prajnanpad, Le Maître du Oui, Éditions Points Vivre, 2020. Vous en trouverez l’extrait de ce jour ICI.
  • Le courage d’éduquer, de Lee Lozowick, aujourd’hui réédité en poche sous le nouveau titre Pour une éducation consciente, aux Éditions du Relié. Vous en trouverez le premier chapitre ICI.
  • Les articles de ce site sur la relation aux enfants.

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14 réflexions au sujet de « Repérer les principes pernicieux de la pédagogie noire pour y remédier »

  1. Maya

    Je suis contente car j’ai entamé ce travail. J’adhère à tout ce qui est écrit. J’accepte mes enfants tels qu’ils sont. Je suis apaisée car je n’ai plus peur. J’ai confiance en moi et je pense qu’ils le ressentent. C’est un bonheur de les accompagner. Je me sens libres et je savoure leur liberté.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Celui ou celle qui n’a pas peur agit avec confiance et détermination, il devient ainsi une référence pour son enfant.
      Et je crois en effet que pour qu’il puisse à son tour développer sa confiance en lui-même, un enfant a besoin de commencer par s’appuyer sur la solidité de son parent.

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  2. Axelle

    J’attends avec impatience chaque semaine votre lettre afin de vous lire.
    Vous me permettez, sur chaque thème abordé de poser mon regard vers d’autres horizons.
    Je vous remercie bien chaleureusement.
    Maman d’une merveilleuse fille ( 8 ans ) à la personnalité bien affirmée, je grandi et j’évolue à ses cotes tous les jours.
    Habituée à me remettre en questions car en psychothérapie depuis quelques années, je m’interroge avec grand interet sur l’enfant, l’école et les apprentissages.
    Je lis, écoute, échange, visionne des vidéos etc, concernant les différentes approches pédagogiques et autres écoles alternatives mais je n’arrive toujours pas à « m’affirmer » concernant l’obligation d’instruction. C’est à dire laisser l’enfant libre dans ses apprentissages, lui faire confiance, le laisser aller à son rythme voire meme lacher prise quant au socle commun.
    Je fais face à mes peurs et doutes de parent s’il n’aborde pas une scolarité plus formatée.
    J’alterne entre : je contrains ou je laisse libre, école démocratique, école à la maison, écoles alternatives…
    L’enfant doit-il etre à minima obligé d’apprendre s’il n’en ressent pas le besoin car c’est dans le programme ?
    Doit-il etre « soumit » à un adulte référent ( institutrice, prof, parent…) pour lui donner le sens de l’effort et du travail ?
    Doit-il etre formaté un minimum pour pouvoir passer toutes les classes et construire un projet d’études supérieures ou autre par la suite ?
    N’est-ce-pas risqué de lui laisser beaucoup de liberté concernant ses envies ou non d’apprendre ?
    Un enfant de 6, 7, 8 ans et plus peut-il avoir la maturité et etre responsable concernant le sens des études pour construire un avenir ?
    L’accompagnement éducatif doit-il reposer sur « l’enfant a une curiosité naturelle » ainsi on le laisse cheminer au gré de ses besoins, envies, ressources…
    Bref, j’ai de nombreuses questions depuis 2 ans maintenant lorsque ma fille est entré en cp.
    J’aimerais tant avoir votre éclairage sur la confiance à donner à son enfant pour ses apprentissages, surtout que la mienne n’a pas vraiment trouvé sa place dans un système et un programme plus ou moins souple (elle a fréquenté plusieurs écoles alternatives et fait l’école à la maison également). Nous n’avons pas trouvé une stabilité et un épanouissement « scolaire » , elle développe parfois meme un certain refus anxieux.
    Je précise que nous vivons à la campagne, en lien avec les animaux et la nature, sans écran ni « consommation » excessive.

    Je vous remercie de tout coeur de m’avoir lu et j’espère avoir été claire sur mon partage et mes questionnements.
    Axelle

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      À vous lire, j’ai le sentiment que prenant très à cœur l’éducation de votre fille, vous ne voulez surtout pas commettre d’erreurs et vous cherchez à trouver des réponses stables et définitives à des questions diverses, dans un monde dans lequel tout bouge sans cesse.
      Cela parle vraisemblablement de votre désir de bien faire en même temps que du développement de votre anxiété à ne pas pouvoir toujours bien faire.
      La première loi de la vie est celle de l’impermanence des êtres et des choses. Éduquer c’est sans cesse rectifier les choses donc s’adapter sans cesse à son enfant et au monde dans lequel il évolue, tout en lui donnant une direction sur laquelle il pourra s’appuyer avec confiance. Cette direction sera d’autant plus sécurisante pour votre enfant qu’il vous sentira sûre de vous, confiante, stable et posée.
      Vous écrivez que votre enfant n’a pas trouvé sa place dans un système et un programme plus ou moins souple. Les enfants sont des éponges, il est donc possible qu’il soit difficile pour votre fille de trouver sa place dans la mesure où ses parents ne savent – eux-mêmes – pas trop quelle direction prendre entre les écoles démocratiques, l’école à la maison, et les écoles alternatives ?
      Oui, il s’agit moins, d’obliger votre enfant à apprendre un programme qu’il ressentira extérieur à lui que de l’aider en l’accompagnant (là où il est), à trouver du goût dans ce qu’il fait quel que soit ce qu’il fait. Pour cela il vous faudra non seulement croire en lui mais aussi croire en ce qu’il fait de manière légère. Quand un enfant sent son parent qu’il aime, sans difficulté par rapport à ce qu’il lui propose, il y a beaucoup de chances pour qu’il avance lui même sans difficulté parce qu’il sent la confiance… qui lui permet une certaine insouciance favorable à son développement.
      Il s’agit donc moins de « trouver sa place » que de réussir à s’adapter à la place dans laquelle on est. C’est cela qui permettra à votre enfant de développer sa confiance par rapport au sol qui sera sous ses pieds, quel que soit le sol qui sera sous ses pieds. N’est-ce pas d’ailleurs là ce que vous souhaitez pour lui dans l’avenir : que quelles que soient les épreuves de la vie qu’il rencontrera (puisqu’il ne pourra pas ne pas en rencontrer), il trouve en lui-même le moyen d’y faire face sans se perdre ?
      Un enfant développera sa confiance dans le monde tel qu’il est parce qu’il sentira son parent ne pas avoir peur du monde tel qu’il est, qu’il ne le sentira pas « étranger », ce qui – j’en conviens – peut représenter un défi pour le parent. C’est pour cela que le travail psychothérapeutique que vous faites est à la fois important pour vous et pour votre enfant.

      Répondre
      1. Axelle

        Je me sens tellement privilégiée d’avoir eut une réponse de votre part, je vous remercie infiniment pour votre générosité et tout vos partages !
        Votre réponse fertilise un peu plus mon terrain quant à ma posture parentale, mes projections, mes attentes et mes envies concernant ma fille.
        Il est vrai qu’etre mère est une démarche dynamique qui se joue avec soi-meme et notre propre histoire.
        Je transmet à mon enfant un héritage que je tente d’éclaircir depuis des années lors de mes séances de psychothérapie, ainsi je prends conscience, après lecture de votre réponse que pour lui ouvrir le monde et adopter une position « loyale », j’ai besoin de gagner en confiance, en légèreté et « m’abandonner » aux différentes oscillations de la vie.
        J’ai encore du travail mais mieux se connaitre et comprendre le monde est tellement enthousiasmant !

        Je vous souhaite un bel été et je n’hésiterai pas à revenir vers vous pour une consultation privée si j’en ressens le besoin.
        Avec toute ma gratitude.
        Axelle

        Répondre
  3. Laurence

    Bonjour, je suis veuve et j’ai élevé seule mes deux filles alors qu’elles avaient 6 ans et 10 ans.
    Mon enfant intèrieur garde encore le stigmates de l’éducation de mes parents qui à été bas »e sur ce que vous appelez la psychologie négative. J’ai donc essayé de donner à mes filles une éducation dans laquelle le droit à la parole et leur écoute étaient les principes fondamentaux. La demande d’un respect mutuel en était la base. Le mensonge y était bannis Quand un problème se posait, j’organisais une « table ronde » et nous en discutions pour trouver une solution.
    Aujourd’hui je me suis rendue compte que mes filles me mentaient, ne partageaient rien avec moi, mais exigeaient de tout savoir sur la moindre chose me concernant.
    Quand j’en ai demandé des explications, même par écrit pour une plus grande prise en compte de la situation, je me suis retrouvée face à un refus tel que « je ne veux pas me prendre la tête », et elles ont coupé les ponts.
    Il faut aussi savoir que je me suis sacrifiée pour leur éducation jusqu’au point d’avoir 4 emplois en même temps (de nuit et de jour). Pour leur permettre de finir leurs études, j’ai accepté d’héberger leur copain. Mais ceux ci, alors que je les ai aidé à avoir leur situation confortable (notamment gendarme pour un), ne m’ont jamais manifesté aucune gratitude. Au contraire, j’ai été qualifiée d’orgueuilleuse.
    Je pense que la situation actuelle est générée par un manque au niveau de ce que j’ai transmis à mes filles, mais je n’arrive pas à comprendre que le mensonge, ait été la base de la communication entre nous. Je ne sais même pas depuis combien de temps elles me mentent et pourtant l’hypocrisie et le « m’as tu vue » font maintenant parti de leur vie.
    Qu’ai je raté ? qu’est ce que je n’ai pas vu ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ce que vous me décrivez est la surface des choses et j’ignore ce qui s’est passé entre vous et vos filles dans la profondeur. Que penseriez-vous que vos filles répondraient si on leur demandait si elles s’étaient senties aimées par leur mère ?
      Il y a peut-être une piste de compréhension quand vous évoquez vos multiples « sacrifices » : à vouloir trop se sacrifier (donc à ne pas se respecter soi-même), on risque de faire naitre en soi du ressentiment à l’égard des personnes pour lesquelles on prétend se sacrifier. L’amour aime sans demander de sacrifice, il me semble qu’un parent qui agit par devoir pour son enfant (quel que soit ce qu’on appelle son mérite), ne peut que souffrir lui-même, quitte à faire payer inconsciemment les choses à son enfant, en réaction.
      Le mensonge et la dissimulation sont la conséquence d’une peur interdite. Pour permettre à un enfant d’en convenir il lui faut se sentir en confiance.
      Il vous faudra donc beaucoup de confiance en votre amour de mère pour – pas à pas – renouer, retrouver la relation perdue à vos filles.

      Répondre
  4. Laurence

    Je vous remercie de tout coeur d’avoir pris le temps de me répondre. Vos propos ouvrent des fenêtres et des perspectives restées invisibles, mais pourtant présentes à coté de nous.
    Mes filles auraient continué à dire que je les aimais, tant que je serai restée endormie et aveugle de leurs agissements et que j’aurai continué à me faire passer toujours après car effectivement je ne me suis jamais respectée, alors comment demander à quelqu’un de le faire si je ne mets pas de limites à l’irrespect. et c’est ce qui est arrivé. Sinon comment expliquer que mes filles ne sont jamais intervenue quand leur copain/mari m’envoyait balader verbalement…. Et le mensonge n’est il pas aussi le moyen de ne pas se retrouver face à ses propres attitudes, ainsi que le moyen de ne pas affronter ses propres erreurs et incompétences ? IL me semble que pour faire une démarche d’introspection et de remise en question il faut être totalement franc avec soi même et courageux pour accepter de voir son véritable visage en face. Rejeter systématiquement la faute sur l’autre est il aussi la conséquence d’une peur interdite ? Peur interdite de quoi d’ailleurs? De détruire leur fausse image, qu’elles avaient réussi à construite (certes avec mon assentiment car je suis restée aveugle, mais tant occupée à me battre pour les faire vivre et se préparer à leur future vie d’adulte). Comment retrouver une relation perdue à cause du mensonge ? en créer une nouvelle sera peut être possible, mais le deuil de notre relation passée, je dois le faire car il m’est totalement impossible de faire taire la petite voix en moi qui me demande si ce qu’elles peuvent raconter est vrai….(bien sur je parle des derniers moments passés avec elles précédents la rupture). le poison du mensonge dans une relation est ainsi. le constat de l’échec de mon éducation est terrible, mais je me console car je suis aussi consciente que mes filles pourront nager avec aisance dans notre société actuelle ou tromperie de l’autre et mensonges prennent le pas sur l’honneur et la loyauté. En tant qu’aide soignante, j’ai largement l’occasion de voir depuis plus de 30 ans, les cas de déchirement et de trahison dans les familles, à cause des mensonges et de l’argent…
    Merci beaucoup de m’avoir lue et j’espère avoir été assez limpide sur l’expression de mes ressentis et de mon désarroi. Prenez soin de vous comme vous prenez soin des autres.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Un petit mot pour vous rappeler que le passé est par définition terminé, mort, révolu et que l’important est la mobilisation de vos forces dans le présent afin de – peut-être – obtenir les résultats de ce que vous aurez semé dès aujourd’hui.
      Faire le deuil de votre désarroi (ce qui est fait est fait n’est-ce pas, vous n’y pouvez plus rien, pourquoi s’attarder à culpabiliser ?), vous permettra de vivre au présent pour, comptant sur vous-même et votre capacité à aimer vos filles, parvenir à faire bouger les choses, dans quelques années, du côté de la réconciliation.

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  5. Laurence

    Merci et encore merci !!! Vous avez raison, le passé reste le passé, et en se tournant vers le présent, nous ne pouvons qu’agir en faveur d’une évolution. Hier une lumière et un éclaircissement se sont révélés et j’ai enfin compris grâce à vous et à la personne avec qui je discutais, qu’il m’avait et qu’il m’aurait, de toutes les façons et quoique j’aurai pu faire, été impossible de tenir le rôle de la figure paternelle (avec tout ce que cela implique) auprès de mes filles afin d’ériger des garde- fous dont tout les enfants ont besoin et que seule la triangulaire familiale peut permettre à chacun des acteurs de donner et d’en bénéficier. J’espère être claire dans mes propos mais pour moi le fait de comprendre cette dynamique connue mais à laquelle je n’avais pas penser pour désamorcer ma culpabilité, m’apporte une paix intérieure inespérée. Ainsi je vais pouvoir me concentrer à trouver les chemins qui m’amèneront, je l’espère vers une nouvelle rencontre avec mes filles. Merci encore de votre aide, je ne sais comment vous faire part de ma gratitude.
    Laurence.

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  6. ANNE

    Bonjour Monsieur PERRONNET –
    Entre chacun de nos partages par skype je lis vos articles qui sont pour moi d’un grand réconfort et m’éclairent sur des décennies de malaise. Des décennies pendant lesquelles j’étais comme coupée en deux (sensation sans conscience), partagée entre mon obstination à vivre ma vie selon mes choix en refusant de me laisser mener par les règles tacites établies par ma famille de naissance, et une culpabilité m’obligeant à me justifier éternellement face aux critiques, à vouloir obtenir l’adhésion de ma mère et de ma soeur à mon être profond.
    Aujourd’hui j’en prends conscience, malheureusement cela correspond à la grande vieillesse de ma mère, les choses qui n’ont pas été dites ou réglées ne peuvent donc plus l’être, et je regrette de m’être battue contre des moulins à vent pendant trop d’années, contre son incapacité à m’aimer pour ce que je suis, moi qui sort du cadre familial et de son système de pensée et de croyance, contre son caractère manipulateur et narcissique, contre leurs certitudes sur tout et sur tout le monde …
    Nombre de lectures posent la question des parents déficients, mais qu’en est-il lorsque cela n’est pas le fait d’un père ou d’une mère, mais d’un membre de la fratrie ?
    Ma soeur ainée s’est arrogée le droit de se comporter en mère dirigiste et critique (certainement encouragée par ses souffrances, à la fois adhérente et initiatrice de cette famille dysfonctionnelle), en l’absence de réaction de notre mère « anguille » et d’un père invisible. Elle a sacrifié notre relation de soeur, j’en suis donc amputée.
    J’ai encore beaucoup de colère, je travaille pour qu’elle s’atténue, mais je ne souhaite pas pardonner, je n’aime pas l’idée du pardon – J’ai pour coutume de dire que ce n’est pas parce que l’excuse existe que l’on peut tout se permettre, et bien pourquoi lit-on très souvent que pour avancer il faut pardonner ? La notion du pardon m’est encore très abstraite, pardonner c’est faire un pas vers l’autre, c’est comprendre pourquoi il a agi ainsi ou pourquoi il a prononcé certaines paroles. Lorsque l’on a compris cela, on reste parfois convaincu que c’est alors à l’autre de dire « désolée, je me suis égarée dans mes certitudes, ce n’est pas de ta responsabilité, mais de la mienne ».
    Dans ce sens doit-on se sentir coupable de ne pas pouvoir pardonner ? Refuser de pardonner c’est pour moi commencer à me respecter – C’est douloureux, très difficile.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      La première chose à comprendre c’est que les êtres humains ne choisissent pas de faire le mal parce qu’ils sont mauvais. Les êtres humains sont prisonniers de leur passé qui les pousse à agir, ils sont inconscients, ou fous si vous préférez, (la preuve c’est qu’ils croient souvent faire le bien de l’autre au moment où ils font le mal pour l’autre), ils sont mus par des forces qu’ils ne contrôlent pas, par des émotions qu’ils ne savent pas gérer, esclaves de leur moi, ils ne savent pas ce qu’ils font.
      Il n’y a donc rien à « pardonner », ils ont agi comme ils ont agi et on ne peut pas revenir en arrière, les choses sont telles qu’elles sont c’est tout.
      En fait, ce que l’on appelle pardonner c’est parvenir à ne plus vivre dans la souffrance du ressentiment.
      Je vous propose moins de pardonner que de devenir libre de l’influence de l’autre. Pour ce faire il va vous falloir vous donner à vous-même ce dont vos parents vous ont privé. C’est ainsi que vous cesserez de vous comporter en victime impuissante de ce que vous n’avez pas reçu des autres.
      Ce qui vous permettra d’être en paix aujourd’hui c’est d’admettre que votre mère comme votre soeur ou votre père, ont agi comme ils ont agi, que c’est ainsi et que vous ne pouvez pas en sortir. Refuser de l’admettre c’est faire perdurer votre blessure.
      Soit, vous n’avez pas eu de mère, de père ni de soeur. Tant que vous êtes dans le regret de ce que vous n’avez pas obtenu d’eux, ils vous tiennent à leur merci, vous restez dépendante d’eux et vous vous perdez.
      Vous respecter enfin, c’est vous soustraire à leur influence mortifère en faisant un pas vers vous, non vers eux (et c’est votre ressentiment qui vous en empêche.)
      Vous respecter c’est parvenir à « aller voir ailleurs », pour vivre enfin votre vie de femme libre.

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      1. ANNE

        Merci, merci –
        J’entends, et je comprends – Effectivement la notion du pardon m’a été inculquée tacitement par le fonctionnement de ma soeur et de ma mère. Apprendre à m’aimer, physiquement, psychiquement, admettre que j’ai de la valeur, comprendre pourquoi j’accepte tant, y compris de mon mari.
        « Faire un pas vers moi », comme cette phrase est belle et douce.

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        1. Armelle

          Bonjour,
          Votre évocation du pardon me donne envie d’ajouter ma participation :

          Quand les émotions souffrantes (peur, tristesse, colère, et toutes leurs déclinaisons et gradations) associées au vécu traumatique du passé (en fait, créées par ce passé traumatique), quand ces émotions, donc, ce sont plus là, sont guéries, le pardon va de soi.
          Il n’y a plus besoin de le décréter, ou de le forcer, ou de vouloir l’atteindre : ne ressentant plus de souffrance liée aux personnes ou aux événements, c’est un non-sujet.
          On est effectivement libéré, de la place en soi est libérée, on ne vit plus dans la souffrance du passé.

          Pardonner n’est pas le fruit d’une volonté (il faudrait « arriver à pardonner »…).
          Sauf à avoir la volonté, la puissante détermination, parce qu’on se sait légitime à le faire, de guérir ses émotions souffrantes, guérir de ses traumas passés.
          Alors, le pardon – en fait, le constat et le fait de pouvoir vivre sans souffrance résiduelle – découlera de cette guérison.
          Et l’on peut ensuite, hors tout contexte émotionnel, en pleine sérénité, ayant repris son pouvoir et en pleine conscience de son droit à choisir ce qu’on l’on veut ou non vivre, décider de renouveler la relation, choisir les modalités adéquates pour soi dans cette relation, ou mettre un terme à la relation avec la ou les personnes impliquées dans ces dysfonctionnements maltraitants passés.

          Pardonner n’est pas se dire à soi-même « Allez, ce n’est pas si grave, il faut passer l’éponge (et on continue comme si de rien n’était) ».
          Cela serait du déni de ses – légitimes, puisqu’ils sont encore présents – ressentis, et de la violence contre soi : se censurer, se nier, en fait, se maltraiter encore.

          J’aime que vous n’aimiez pas l’idée du pardon tel qu’il semble qu’on vous l’ait inculqué : car si vous avez ce ressenti, c’est certainement parce que l’on a essayé de vous « vendre », de vous faire intégrer le pardon « du dominant », qui est l’exigence auprès du dominé du déni, par celui-ci, de sa propre souffrance… (cf. ce que j’évoquais juste plus haut : l’injonction « il faut « pardonner », il faut passer l’éponge et continuer comme avant).
          Vous avez bien raison de ne pas aimer cette notion-là, qui est odieuse puisqu’elle invite à se nier soi.

          Le vivant ne s’y trompe pas : il sent lorsque quelque chose n’est pas juste. Et forcer et se forcer n’est pas juste.
          Si l’état de pardon n’est pas là, si le constat de l’absence de ressentiment n’est pas là, il n’y a pas à le forcer à advenir, simplement des émotions, des traumas à guérir.
          Si intérêt ou besoin vous pouvez aller regarder du côté de l’écologie intérieure et de la transmutation des émotions : en se donnant ce qui a manqué par le passé et en vivant cela en concience témoin, guérison se fait.
          Cela pourra peut-être vous aider. C’est mon voeu. Bonne route !

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