Faut-il avoir raison dans la relation ?
« Plus on devient libre soi-même de ses émotions douloureuses et de ses peurs, plus on est disponible pour accueillir celles des autres et tenter de secourir ceux-ci dans toute la mesure de nos possibilités et la non-mesure de notre amour. »
Arnaud Desjardins
Comprendre la relation c’est comprendre que quand une personne vous dit quelque chose sur vous, elle vous révèle au même instant quelque chose sur elle.
Ainsi quand une personne vous fait des reproches, elle vous fait savoir au même moment qu’elle ne vous accepte pas tel(le) que vous êtes.
L’erreur c’est donc de focaliser sur le reproche plutôt que de focaliser sur la précieuse information qui vous est donnée.
À ce moment, la vraie question est de parvenir à comprendre lequel des deux a le problème ? Vous parce que vous auriez dû vous comporter comme l’autre le désirait ? Ou l’autre parce qu’il ne vous accepte pas tel(le) que vous êtes ?
Il est important de pouvoir répondre à cette question et d’apprendre à se situer par rapport à elle.
Si vous estimez que c’est vous qui avez le problème, c’est parce que vous pensez que ce que l’autre dit de vous est vrai, et c’est pourquoi vous vous mettrez sur la défensive par rapport à ses accusations. Mais si vous êtes capable d’observer que c’est l’autre qui a le problème parce qu’il ne vous accepte pas tel(le) que vous êtes, vous êtes devenu libre, libre de ne pas entrer dans son jeu.
À chaque fois que l’autre vous fait un reproche et que vous pensez que c’est vous qui avez le problème, vous vous comportez comme un enfant. Un enfant, parce qu’il n’a pas encore la liberté de penser que ce qu’on dit de lui peut être faux, ne supporte pas le reproche, et veut avoir raison contre l’autre, il ne peut pas faire autrement que de s’en défendre.
Un adulte – lui – n’a pas peur de ce qui est, il n’a pas peur de ce qu’on dit de lui parce qu’il sait qu’il est le seul à pouvoir savoir si ce qu’on dit de lui est vrai ou non. (Qui d’autre que celui qui a agi, peut savoir comment il s’y est pris pour agir ?)
Un adulte qui – par exemple – a fait une erreur la reconnaît immédiatement et cela d’autant plus qu’il sait qu’il se piègerait lui-même à travers sa peur de la reconnaître.
Obéir à sa peur est toujours un piège. S’assumer, reconnaître ce qui a été comme étant ce qui a été est le chemin de la libération et de la paix. L’adulte pacifié n’a pas peur car il s’appuie sur son goût pour ce qui a été.
L’adulte est celui qui a bâti une « structure intérieure », selon l’expression de Swami Prajnanpad[1]. S’étant construit à partir de lui-même, s’appuyant sur lui-même, étant en relation avec lui-même parce qu’il se connaît, il n’est plus sur ses gardes, il n’éprouve plus le besoin de trembler quand on lui fait des reproches. Et c’est à ce moment précis que, n’étant pas focalisé sur lui-même, il devient capable de comprendre les motivations de celui qui lui fait des reproches. Le chemin de la compassion pour l’autre devient alors possible, c’est au moment où nous parvenons à penser et à sentir profondément que l’autre n’a pas pu agir autrement que comme il a agi que l’amour devient possible.
L’adulte qui constate la difficulté de l’autre (celui qui fait le reproche à l’autre est toujours celui qui a le problème), parvient à l’accepter sans pour autant en être affecté, puisqu’il reste structuré, solide et ouvert. Ce faisant, il parvient à comprendre celui qui lui fait des reproches mieux que celui-ci se comprend lui-même : faire des reproches à l’autre ne peut être fait que sur une base à la fois émotionnelle et réactionnelle. Celui qui fait des reproches ne « supporte » pas personnellement le comportement de l’autre. En proie à ce qui l’insupporte, il le dénonce avec plus ou moins de force sans pouvoir prendre autrement son reproche que comme la vérité de l’autre et c’est pour cela qu’il l’assène. Il est incapable de voir que s’il est la proie d’un refus que l’autre soit tel qu’il est, c’est parce que ça lui est insupportable à lui. Esclave de son émotion, il cherche à universaliser son point de vue subjectif, en un mot il cherche à avoir raison contre l’autre et utilise tout le pouvoir dont il dispose pour le dominer.
Alors que faire face à une personne qui cherche à nous dominer c’est-à-dire à avoir raison contre nous ? La réponse est en relation avec ce que nous voulons pour nous-mêmes dans notre relation à l’autre.
Reconnaître que c’est l’autre qui a le problème, ce n’est pas le lui dire, auquel cas nous entreprendrions un rapport de force en cherchant le conflit (j’ai raison / tu as tort). C’est savoir non pas qu’on a raison mais à quoi l’on tient pour ne pas avoir besoin de le prouver. Se suffire à soi-même, c’est ne pas avoir besoin de redresser les torts des autres. Cela ne peut donc pas être une position hautaine et dominatrice, c’est une position humble. La position humble de celui qui reconnaît intérieurement son impuissance totale à pouvoir changer l’autre.
Ne pas se focaliser sur le reproche c’est préférer choisir la relation plutôt que chercher à avoir raison contre l’autre.
Il faut apprendre à savoir ce que l’on veut. Dans une relation, celui qui laisse tomber le premier la discussion conflictuelle est donc celui pour lequel la relation est la plus précieuse, celui qui tient le plus à l’autre.
En même temps personne n’est tenu à subir ce qu’il ressent comme injuste. Ce qui signifie qu’une personne peut s’éloigner physiquement et momentanément d’une autre personne qu’elle ressent comme menaçante sur le moment et cela sans ressentiment.
« Mâ’lesh » (معلش) disent avec bon sens les arabes en incitant à la tolérance et à la compréhension, et qui signifie en quelque sorte : « C’est pas grave ! », « Ça ne fait rien ! ». Ce mot, qui permet de prendre ses distances par rapport à une situation non désirée – exprimé avec le cœur – cherche à éviter les conséquences de quelque chose de fâcheux grâce à l’acceptation. Il détourne la possibilité même du conflit dès son éventualité.
Celui qui le prononce exprime son empathie pour l’autre en cherchant à se mettre à la portée de sa difficulté. Il exprime par là-même que nous sommes tous potentiellement maladroits pour l’autre, en même temps qu’il lui signifie qu’il ne lui en tient pas rigueur.
Note :
[1] Vous pouvez consulter : 365 paroles de Swami Prajnanpad pour les 365 jours de l’année
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Pour aller plus loin sur ce thème, vous pouvez lire :
- Pourquoi vouloir avoir raison ?
- Comment parvenir à ignorer une personne qui nous fait du mal ?
- Comprendre
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