Culpabilité

Réflexion n° 14 :

« La culpabilité est un poison violent pour l’être humain », écrivait Françoise Dolto.

On le comprend aisément puisque la culpabilité est une émotion qui nous coince dans une impossibilité (« j’aurais dû agir autrement »). Or ce qui a été fait a été fait, nous n’avons aucun moyen de faire en sorte a posteriori que la parole blessante qui nous a échappé ne nous ait pas échappé, tout le monde peut s’entendre là-dessus. Et pourtant nous nous en voulons.

Cette réflexion d’Arnaud Desjardins nous aide à comprendre les causes de ce comportement absurde : « L’émotion de culpabilité nous pousse à nous en vouloir à nous-mêmes mais d’une façon très égoïste, non parce que nous avons fait du tort à quelqu’un mais parce que nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes en provoquant chez les autres une réaction qui réactive les blessures de l’enfant rejeté. »

Un ex-enfant rejeté a souvent des comportements qu’il ne comprend pas lui-même. Il agit compulsivement et est toujours en demande de reconnaissance. A travers sa blessure jamais soignée, il vit dans la peur égocentrique de se tromper et s’il se trompe, il s’en veut (comme on lui en a voulu lorsqu’il était enfant), et parce qu’il ne s’aime pas tel qu’il est (comme on ne l’a pas aimé tel qu’il était lorsqu’il était enfant), il est la victime de sa mémoire traumatique d’enfant rejeté et tourne en rond dans un cercle vicieux.

En fait, pour devenir capable – un jour – de ne plus s’injecter le poison de la culpabilité, il faut préalablement commencer par prendre soin de l’enfant blessé en soi. Celui-ci, une fois apaisé, pourra laisser la place à l’adulte responsable, à celui qui réfléchit avant d’agir puis assume la responsabilité de ses actes (puisque ce qui est fait est fait). S’il a blessé quelqu’un, il peut essayer de réparer – mais sans s’en vouloir, sans regret absurde, avec le cœur vraiment ouvert.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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12 réflexions au sujet de « Culpabilité »

  1. christine

    Il me semble que le « cercle » vicieux qui enferme la personne « coupable » peut ,à force de n’être pas guérie procurer un plaisir « inconscient » qui renforce le comportement pathologique

    ne serait on alors dans une procédure masochiste qui aurait la vie « dure »

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  2. Catherine

    Merci beaucoup !
    très intéressant !
    Je me pose la question de savoir « concrètement » comment on fait pour prendre soin de l’enfant blessé en nous…
    Je crains que la réponse soit si longue que vous ne puissiez m’y répondre… 🙁

    Par ailleurs, en ce qui me concerne, je ressens aussi de la culpabilité par rapport à quelque chose que je n’ai pas fait… Exemple : je ne suis pas allée dire bonjour à mon père qui est malade… (juste un jour, dans l’exemple que je veux dire) en raison d’un emploi du temps chargé, que j’ai consacré à mes enfants ou (plus rarement) à un(e) ami(e)…
    Et là, c’est encore une autre sorte de culpabilité…

    Merveilleuse journée !
    Catherine

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pour en prendre soin, il faut d’abord apprendre à le connaitre donc découvrir ce qu’il a vécu et qui est le plus souvent nié par la plupart d’entre nous. Cela est le but d’un travail thérapeutique de connaissance de soi-même.

      La part qui – en vous – culpabilise est la part qui se sent mal aimée et qui a peur de la conséquence de ses actes. Un être qui se sent aimé ne peut pas culpabiliser parce que l’amour donne et rayonne.

      Pour aller plus loin, vous pouvez faire ce test :
      Êtes-vous au clair avec votre culpabilité ?
      Et lire cet article :
      Culpabilité et amour de soi

      Répondre
  3. jean michel

    Nous pouvons regretter un acte parce que nous en percevons ensuite l’inutilité et la nuisance. Ca permet de chercher des solutions nouvelles. La culpabilité me semble en rapport avec la notion de dévalorisation de soi. Ne sommes nous pas fréquemment jugés sur notre apparence, notre comportement, notre expression ? Il existe des personnalités qui se permettent des actes particulièrement pénibles pour autrui sans en ressentir aucune gêne, du fait même qu’ils ne tiennent pas compte de l’opinion et même de l’existence d’autrui, jusqu’au déséquilibre complet qui coupe du reste du monde. La culpabilité a comme la pénibilité longtemps dans la culture ambiante été véhiculée comme un stade pour accéder à une reconnaissance, et ce schéma semble resté fort intériorisé parmi nous. Une solution qui passe par le dialogue pourrait compléter l’examen de ses propres souffrances, pour aider à dépasser le manque d’objectivité concernant le vécu personnel.

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  4. Jocelyne

    Bonjour, je ne crois pas que la culpabilité ne vienne de l’extérieur de nous, mais plus de l’intérieur. C’est une petite graine qui nous ronge et qui nous empêche de grandir. Sa seule fonction est de nous envoyer une image négative de soi et vient fragilisé notre estime.

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  5. Dominique

    Merci pour vos tests, qui aident à avancer, de plus recevoir les réponses par mail est enrichissant, permet de réfléchir sur les réponses.
    Concernant la culpabilité, je me demande… ça va mieux mais pour ma part je peux culpabiliser pour un fait vraiment « mineur », au bout du compte. Par exemple : j’avais l’impression d’avoir répondu un peu abruptement à une collègue (nous nous apprécions mutuellement), le soir cela m’a travaillé, je lui en ai parlé le lendemain et elle a souri, de son côté elle n’avait rien ressenti « de grave ». Je veux dire, parfois je me torture « toute seule », la personne en face n’a rien perçu « de mal » ou ne reproche rien. Je culpabilise « pour rien » envers les personnes que j’apprécient le plus et qui le plus souvent m’apprécient aussi. Cela veut dire que « j’invente », et cela peut me soucier un bon moment. Je m’en suis aperçue c’est ça qui est positif, la lecture de vos articles aide beaucoup, même si il me faut lire et relire parfois pour que cela « s’éclaire » pour moi selon les sujets.
    Par ailleurs, c’est une interrogation, existe t’il une « saine » culpabilité à votre sens ? Cela veut dire quoi ? C’est écrit ainsi parfois dans des articles sur le sujet, comme quoi cela aide à ne pas « dépasser des limites » ?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Merci Dominique pour votre partage à travers lequel je sens que vous vous battez, pied à pied.
      Il faut que vous compreniez que la culpabilité s’exerce sur la base d’une intrusion dans votre intégrité (et je n’emploie pas ces mots à la légère), une tentative de division de vous-même, c’est la maladie de celui qui parce qu’il s’est senti rejeté, se rejette lui-même pour plaire aux valeurs de celui par qui il s’est senti rejeté. Dans le passé, on a réussi à vous faire croire qu’en culpabilisant (c’est-à-dire en pensant que vous auriez dû être autre que celle que vous aviez été) vous seriez meilleure, c’est la raison pour laquelle – jusqu’à aujourd’hui encore – vous êtes hantée par l’idée de devoir être une autre que celle que vous avez été.
      Or vous ne pourrez jamais avoir été autrement que celle que vous avez été, la culpabilité est l’erreur commise par un être humain qui adhère aux jugements des autres sur lui, avec l’espoir d’être enfin aimé par eux. La culpabilité (contrairement à ce qu’elle voudrait nous faire croire en apparence), ne s’intéresse nullement à l’autre, elle est égocentrique puisqu’elle veut que nous ayons agi autrement pour notre besoin à nous.

      Que faire face à cette maladie ? Tenter de réunifier ce qui a été divisé, et pour cela commencer par « voir » (comme vous le faites) que vous culpabilisez. Pour ce faire il vous faut vous « intéresser à vous-même » avec bienveillance en constatant les choses (ce qui n’a rien à voir avec le jugement) : tiens, comme c’est intéressant, une part de moi-même « invente », c’est dire qu’elle vit dans la peur de sa maladresse face à l’autre (ce qui vous montre à quel point cette part a été jugée et s’est sentie peu aimée dans son histoire).
      Culpabiliser d’être la femme que vous êtes auprès des personnes que vous appréciez, c’est obéir à la fausse loi de votre mental qui veut vous faire croire que pour être appréciée à votre tour des personnes que vous appréciez, vous devez vous juger comme mauvaise (dans votre exemple, quand je parle à une collègue en lui disant ce que j’ai à lui dire, j’ai l’impression subjective d’avoir été agressive alors même que je ne l’ai pas été pour elle.)

      Vous allez – petit à petit – pouvoir gagner du terrain, grâce à la part qui, en vous, « voit les choses telles qu’elles sont » en vous voulant du bien. Cette part prend conscience de la manière dont une autre part de vous (celle qui culpabilise) agit contre elle-même en obéissant à sa fausse loi.
      Regardez, sentez les choses, aussi étrange que cela soit, tout est en ordre, il y a des mécanismes qui en vous « fonctionnent » (ça ne peut pas être autrement puisque c’est), mais votre conscience est là qui remarque ces mécanismes insensés. C’est à force de les remarquer donc de les laisser s’exprimer sans les refouler (et à condition que vous ne vous en vouliez pas puisque c’est ainsi) que les choses changeront. La part de vous qui remarque les choses est désidentifiée de ce qu’elle remarque, peu à peu elle prendra de plus en plus de place en vous. Ayant de moins en moins peur de vos propres mécanismes, vous serez « à l’aise avec eux » et c’est ainsi que (puisqu’ils ne seront plus alimentés), ils se dissoudront d’eux-mêmes. En culpabilisant vous alimentez vous-même votre négativité ; en ne culpabilisant plus, votre négativité n’étant plus alimentée, il restera « la femme que vous êtes », qui a le droit d’être qui elle est, et qui a même le droit de faire des erreurs.

      Maintenant il me reste à répondre à votre crainte issue de ce que l’on vous a dit depuis toujours et que vous avez pu lire ici ou là : la culpabilité n’aide-t-elle pas un être à ne pas dépasser les limites ?
      La culpabilité aide autant quelqu’un à ne pas dépasser les limites que le fait de tuer quelqu’un l’aide à ne pas commettre un crime.
      Pour devenir capable de « ne pas dépasser les limites » (pour devenir capable de vivre en société), un être humain a besoin de commencer sa vie en se sentant aimé et respecté. Cet amour, ce respect l’aident à construire le sentiment de dignité qu’il aura de lui-même, lequel lui permettra petit à petit de devenir responsable de lui-même.
      Un être humain qui est emprunt du sentiment de dignité pour lui-même, se sent alors responsable de ce qu’il fait comme de ce qu’il dit, il n’est alors plus soumis à la peur car quand il commet une erreur, il l’assume plutôt que de se plaindre.

      Découvrir tout cela, c’est (pour un être qui n’a pas toujours été respecté), construire sa propre dignité et j’ai bien compris que c’est ce que vous avez entrepris de faire.

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      1. Catherine

        Merci Dominique pour le commentaire qui me parle tant… et merci Renaud pour ce bel éclairage…
        Allez ! On avance !!! Belle journée !

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        1. Dominique

          Merci M.Perronet de votre réponse éclairante.
          Catherine, si cette exemple vous parle, tant mieux. Ce qu’il y a de positif, c’est que les lectures des uns et des autres, les réponses de R Perronet nous aident les uns les autres à avancer, c’est précieux.

          Belle journée à vous aussi!

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  6. Une Femme

    La culpabilité ! C’est un Noeud Coulant que l’on a autour de son propre cou !
    Elle nous étouffe peu à peu, elle est source d’angoisses profondes, elle est source de malaises, elle nous empêche de vivre et de ressentir les choses telles qu’elles sont, elles nous empêche de regarder l’autre et de le voir tel qui l’est, elle nous empêche de grandir et de devenir un adulte responsable, responsable de ses actes et de ses dires.
    La culpabilité est une souffrance profonde ! je dis bien profonde à l’intérieur de nous ! à l’intérieur de notre corps ! de notre chair ! à l’intérieur de notre mental !
    La culpabilité !
    si l’on prend pas soin d’elle, si l’on prend pas soin de nous !
    La culpabilité est une Guillotine !
    Une Femme

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