Sommes-nous maîtres de nos réalités ?

Question posée par @erika :

Sommes-nous maîtres de nos propres réalités ? En ayant un détachement approprié à une situation ou « objet » que nous vivons, exerçons-nous un lâcher prise équilibré, est-ce la clef

Comment y parvenir pour le bien de soi et de ce fait le bien collectif ?

Mes pistes de réponse :

Votre question est vaste, et je vous rejoins : le « bien de soi » conditionne le « bien collectif ». Tout ce que nous entreprenons pour être davantage en paix avec nous-mêmes contribue, nécessairement, à la paix de l’ensemble.

Il est essentiel de comprendre que la dualité est à l’origine de la souffrance et du mal-être, et que sa source se trouve dans le « moi » vécu comme séparé, coupé de l’autre et du monde. Chercher à être détaché revient alors, le plus souvent, à vouloir ne pas tenir compte de ses propres attachements. Celui qui s’efforce d’être « détaché » afin de pratiquer un lâcher-prise supposément équilibré se perd, car il triche inconsciemment avec lui-même. Or, on ne triche pas avec le réel. Nous sommes ce que nous sommes, et ce n’est ni en le refusant ni en le dissimulant que nous nous apaiserons, mais en le rencontrant pleinement, en l’acceptant et en l’intégrant.

Notre aspiration à la non-dualité ne peut donc se réaliser qu’à travers l’assomption de notre dualité réelle (le fait de l’assumer). Ici et maintenant, nous sommes toujours ce que nous sommes. Le chemin de la paix est ainsi celui de la réconciliation avec la dualité. La non-dualité – c’est-à-dire la paix, l’union – n’est rien d’autre que la dualité acceptée. Puisque la paix ne peut exister qu’à travers l’accueil de « ce qui est », chercher à être ce que l’on n’est pas – par exemple se dire que l’on devrait lâcher prise quand, de fait, on ne lâche pas prise – introduit une division intérieure et constitue un obstacle à la paix.

C’est donc toujours à partir de ce que nous sommes, et de l’endroit précis où nous en sommes, que nous pouvons avancer, et non à partir d’une non-dualité factice, illusion séduisante de ce que nous voudrions être. Le lâcher-prise équilibré auquel nous aspirons ne passe pas par un « détachement approprié », mais, au contraire, par la rencontre lucide, assumée et responsable de nos propres attachements. Il n’est pas possible d’en faire l’économie – et c’est là un point clé : la dualité pleinement reconnue et assumée.

En acceptant de ne plus chercher à contrôler nos réalités, nous gagnons en liberté et nous nous rapprochons de la paix.

Le chemin peut alors se résumer comme un passage progressif :

  1. La fausse non dualité : l’autre doit être comme moi.

Sous couvert d’unité, je cherche en réalité à nier l’altérité, à dissoudre l’autre dans mon propre point de vue. C’est une tentative d’annihilation de l’autre, donc une violence.

  1. La vraie dualité : l’autre est un autre que moi.

Il est différent, irréductible à ce que je suis. En reconnaissant cette différence et en lui laissant sa liberté, je me libère moi-même. La paix commence avec la reconnaissance de l’altérité.

  1. La vraie non-dualité : l’unité née de l’acceptation.

Lorsque j’accepte pleinement ce que je suis et ce que l’autre est, sans chercher à corriger ni à convaincre, la séparation s’apaise. Les différences demeurent, mais elles ne divisent plus : l’unité n’est pas l’effacement de la dualité, elle en est l’accomplissement.

  1. La mise en acte de la non-dualité : la communion dans l’instant.

La non-dualité n’est plus une idée ni un idéal à atteindre, mais une attitude vécue avec le cœur, ici et maintenant, dans la relation concrète.

Cela revient à dire :

Au début, nous croyons que l’autre devrait être comme nous.

Puis nous reconnaissons qu’il est différent.

Enfin, en acceptant pleinement cette différence, l’unité apparaît sans que personne n’ait besoin de changer.

À ce propos, Arnaud Desjardins (in La Paix toujours présente), formule ce paradoxe éclairant :

« Il ou elle vous dit pour la centième fois la même parole que vous considérez comme erronée et représentative de son mental à lui ou à elle. En vérité, tenter ici et maintenant la communion avec cette personne est le chemin vers la non-dualité. »

© 2026 Renaud Perronnet. Tous droits réservés.

Illustration :

Nicolas Roerich, Chemin vers Shambhala

Pour aller plus loin, je vous invite à lire :


Compteur de lectures à la date d’aujourd’hui :

358 vues


Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article de 2 pages au format PDF, en cliquant sur ce bouton :


CLIQUEZ ICI POUR VOUS ABONNER AUX COMMENTAIRES DE CET ARTICLE
Abonnement pour
guest

1 Commentaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Damien

Merci Renaud,
Sujet d’autant plus à propos au vue de la situation mondiale actuelle.

Ceci me rappelle qu’il y a de l’espoir quant à la transformation de mes convictions qui amènent à la séparation et à la violence.