6 réflexions au sujet de « Excuses »

  1. Dominique

    Bonjour, je pense à certaines situations (inceste par exemple) où le fait que la personne responsable de l’endommagement de la relation nie cette responsabilité fait peut-être autant voire plus de mal que l’inceste lui-même. Est-ce que le fait de « demander » des excuses (à savoir une prise de responsabilité) n’est pas justement le signe de vouloir prendre soin de la relation ?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, votre remarque est intéressante, dans une relation équilibrée, une relation dans laquelle il y a de l’estime et de l’amour réciproque, je crois en effet que les choses peuvent se passer comme vous les évoquez.
      Un ami vous blesse inconsciemment, vous lui expliquez qu’il vous a blessé, et ce faisant vous tentez de prendre soin de la relation. Dans un tel contexte, je crois que vous n’aurez même pas besoin de lui demander de s’excuser car prenant conscience de sa maladresse et surtout du tort qu’il vous a causé, il le fera de lui même, heureux de réparer son tort : « Je m’excuse de t’avoir blessé, j’en suis vraiment désolé. »

      Mais toutes les relations ne sont pas saines, des mécanismes inconscients sont en jeu, ne l’oubliez pas. Qu’en sera-t-il dans une relation toxique, dysfonctionnelle ou perverse ?
      D’abord est-il bon pour soi-même de vouloir « prendre soin » d’une relation toxique ? La santé ne nous demande-t-elle pas plutôt de nous en éloigner pour vivre enfin notre vie à nous ?
      D’autre part, dans la relation incestueuse que vous évoquez, n’est-il pas risqué de croire naïvement que l’autre mesurera soudainement l’ampleur du tort qu’il nous a causé (donc qu’il est capable de s’excuser) ?
      Pire. N’est-ce pas imprudent ? N’est-ce pas courir un risque insensé donc dangereux pour soi-même que de vouloir « prendre soin de la relation » (comme vous dites) en faisant dépendre sa guérison de son propre agresseur ?

      C’est vrai que parfois, le fait que la personne responsable du crime dans la relation nie sa responsabilité peut faire plus de mal que le crime lui-même. Il nous est odieux que l’autre nie l’évidence et nous pouvons avoir beaucoup de mal à gérer notre propre impuissance. La vie est souvent cruelle. Par exemple quand notre bourreau est enfin arrêté et qu’il se suicide en prison. Il ne pourra donc plus jamais nous rendre des comptes.
      Et pourtant la vie est ainsi : « Même si on aime les fleurs, elles fanent. Même si on n’aime pas les mauvaises herbes, elles poussent. » disait un Maître Zen.

      En conséquence et du moins dans mon expérience de thérapeute, je crois que le chemin de la guérison c’est de parvenir à l’indépendance et à l’autonomie vis-à-vis des personnes qui ont pu nous blesser plutôt que d’espérer – le plus souvent vainement – des excuses qui (du moins dans une relation toxique) ne viendront jamais.
      Dans ce contexte précis l’espoir vain (le besoin d’excuses) est une dépendance dont il va falloir apprendre à se sortir.

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  2. Martine

    Oui, il y en a qui me disent, « Ne t’excuse jamais » c’est se rabaisser devant l’autre !
    Franchement, Renaud, je préfère votre version.
    Merci

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  3. Mathilde

    Bonjour et merci pour cette pensée.
    Mais comment faire face à quelqu’un qui justement, demande tout le temps des excuses ( à moi, sa copine, mais aussi à son fils, dès qu’il a « mal » agit, ce que je trouve complètement contre-productif car l’enfant se voit obligé de dire qu’il s’excuse par peur, et cela l’empêche de vraiment ressentir les émotions qui auraient pu l’amener à s’excuser lui même (ou pas d’ailleurs, mais en tout cas cela l’éloigne de la situation vécue je trouve). Mon xonjoint considère que « je ne m’excuse jamais ». C’est vrai que ça m’excuse rarement, mais j’ai remarqué qu’il me faut des conditions pour pouvoir m’excuser franchement : que j’ai l’impression d’avoir vraiment abusé (ce qui est rare), mais aussi que je pense pouvoir faire mieux la prochaine fois (sinon j’ai l’impression que mes excuses sont un peu juste des mots). Je lui ai expliqué mais lui trouve que ce n’est qu’un discours pour me dédouaner… Alors que dans le même temps, moi, je ne lui demande jamais (strictement jamais) de s’excuser, au pire je dis que son comportement m’a blessé mais c’est assez rare. Ce qui me gêne aussi, c’est que le plus souvent quand il demande des excuses c’est par rapport à un comportement que lui trouve choquant, et moi presque chaque fois je trouve que c’est seulement lui (ou sa mère, qui l’a éduqué et qui a la même culture que lui, extrêmement bourgeoise et « hyper polie ») qui attend qu’on ait « naturellement » le genre de comportement que seul un petit nombre de personnes auraient, à qui en plus je n’ai pas envie de ressembler…
    De plus, quand vous parlez de pouvoir cela m’évoque vraiment ses façons de faire, car chaque fois qu’il nous demande de nous excuser (à moi ou à son fils), il se place comme « celui qui sait », et à partir de là tout ce que nous pouvons dire pour expliquer notre comportement est juste moqué ou démonté comme quelque chose de faux. Et chaque fois que je lui explique que je n’ai pas été élevée dans la même culture et que ça me va bien, que j’essaie de lui dire (sans juger non plus sa culture à lui car après tout il faut de tout pour faire un monde) que je ne peux pas m’excuser pour un comportement qui ne me choque pas, que je ne regrette pas, et que je n’ai pas envie de changer, il le prend comme une agression et comme un marque de « dominance » justement ! Pourtant moi je me dis, c’est bien lui qui a des exigences, des critiques, et qui voudrait me faire réagir comme il voudrait lui (me manipuler ?). Moi je lui demande des choses sur le moment (ex : tu peux m’aider, des actions concrètes, quoi), mais jamais des excuses ni même des changements de comportement. Que faire ? Je suis un peu blasée de vivre avec quelqu’un en ayant tout le temps l’impression d’être « évaluée et contrôlée », et en même temps, ce qui me fait rester, c’est que souvent j’ai peur qu’il ait raison, que celle qui domine et qui agresse c’est moi.
    Merci d’avance.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Quand vous me demandez « comment faire ? », j’ai l’impression que vous cherchez une solution aux comportements dysfonctionnels des autres au moment même où vous semblez avoir exploré de votre côté toutes les attitudes de réponse possible.
      Oui – en effet – pourquoi ne serait-ce pas l’autre qui chercherait à vous manipuler parce que (comme vous l’évoquez), lui-même a été manipulé dans son histoire par des principes moraux bourgeois qu’il pense à son tour légitime.
      Vous expliquez vous-même que vous n’avez pas envie de lui ressembler, alors pourquoi vous y astreindriez-vous ?
      Pourquoi devriez-vous vous laisser dominer ?
      Que faire ?
      Prendre la mesure de la relation qui est la vôtre avec cet homme et agir en conséquence, en vous souvenant que la domination commence quand l’autre exige de nous que nous lui ressemblions.
      Qu’est-ce qui vous empêche d’avoir accès à la légitimité de votre « différence » ?

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