Mon fils âgé de 27 ans est schizo/paranoïde, il délire, que faire pour l’aider ?

Kamel m’écrit :

« Il me dit qu’il est toujours en guerre pour me protéger car ils veulent me tuer pour l’atteindre et supprimer l’aide financière et tout soutien affectif. Il n’a que moi dans sa vie (c’est mon enfant unique et mon soleil, il a 27 ans et trois enfants (5 ans, 4 ans et 1 an), il me demande timidement de croire en lui et d’être son allié.)
Il considère sa femme comme une ennemie et pense qu’elle ne l’aime pas. Concernant sa maladie, il a des délires de persécution et nie qu’il est malade. En phase aiguë, il insiste pour que je ne parte pas au travail, ce que je fais afin de faire baisser sa tension psychotique.
Au début de sa maladie, en 2012, il a passé 21 jours à l’hôpital psychiatrique de Blida où il a rencontré une stagiaire en psychologie, il considère qu’elle l’aide et le protège, elle est l’amour de sa vie, c’est une ligne rouge à ne pas critiquer, ni dire que c’est son délire.
Il est très sensible concernant les souffrances des autres.
Merci infiniment de votre écoute et de votre sensibilité aux souffrances des autres. »

Mes pistes de réponse :

Avant tout je me dois de vous préciser que je ne suis ni médecin ni psychiatre et qu’il vous sera certainement très précieux de parler avec un médecin psychiatre qui pourra vous éclairer, vous expliquer la maladie de votre fils et répondre à vos questions comme à vos doutes.
Il faut savoir que cette maladie évolue généralement au long cours, que certains traitements à base de neuroleptiques la stabilisent et semblent permettre à ceux qui en sont atteints de vivre une vie relativement normale.
Chez certains patients cette maladie se manifeste de façon continue ou chronique, et pourtant – chez d’autres – les spécialistes ont observé une rémission réelle des symptômes avec une réinsertion sociale possible.

Je mesure à quel point la situation est extrêmement douloureuse pour vous dans votre relation à votre unique enfant. Et je me demande ce qui pourrait bien apaiser le cœur d’un père ou celui d’une mère dans un tel contexte ?
On s’apaise dans la relation à un être qu’on aime en le comprenant c’est-à-dire en l’acceptant inconditionnellement tel qu’il est. Mais comment s’y prendre pour accepter un enfant psychiquement malade tout en ne devenant pas la victime de ses délires ?

D’abord tenter de comprendre le « fonctionnement » de sa maladie afin de ne plus avoir psychologiquement le besoin de lutter contre plutôt que de s’adapter à elle. En vérité votre enfant est un soleil particulier qui brille d’une façon différente et spécifique.

La relation est délicate dans laquelle il vous faudra tenter à la fois de ne pas donner prise (dans votre tête) à ses délires et – au même moment – tenter de le prendre (dans votre cœur) « tel qu’il est », pour qu’il puisse sentir que vous n’entrez pas en conflit avec lui et accueillez sa sensibilité si particulière.

Pour tenter de ne pas donner prise à son côté paranoïaque, il est important qu’au moment où vous lui parlez, vous veillez à lui exprimer clairement vos intentions (en même temps que vous n’hésiterez pas à éclaircir d’éventuels malentendus).
Pour ce faire, respectez scrupuleusement les règles sociales qui vous lient afin de ne pas courir le risque de le troubler.
Parallèlement si vous avez personnellement besoin d’être compris(e), il est important pour vous de trouver une autre personne, car à chercher à être compris(e) par une personne paranoïaque vous courez le risque de devenir vous-même paranoïaque…
Évidemment, évitez de vous mettre vous-même en faute dans votre relation à lui, ne parlez jamais de lui dans son dos (il s’en apercevrait), ni n’utilisez de sous-entendus. Ne confrontez pas (n’attaquez pas), son côté paranoïaque, cela reviendrait pour lui à attaquer l’image qu’il se fait de lui-même et il ne le supporterait pas.

Parallèlement, apprendre à gérer son côté schizoïde n’est certainement pas simple non plus puisqu’il vous faudra apprendre à respecter ses besoins de solitude tout en ne le laissant pas se refermer complètement sur lui-même.
Attention à ne pas lui demander de faire plus qu’il ne le peut en lui donnant des responsabilités qu’il ne pourra pas assumer.
N’hésitez pas à l’écouter quand vous sentez qu’il en ressent le besoin et cela même s’il est peu loquace. Mettez-vous à l’écoute de son monde intérieur qui est souvent particulièrement riche (vous me parlez de sa grande sensibilité à la souffrance des autres), pas de déni de sa sensibilité, et en même temps, vous-même, restez sobre en ne vous étonnant pas de ce qu’il vous dit.
Comprenez qu’il est différent, tentez de l’aimer « à travers » sa maladie, ce qui signifie qu’il ne vous faut jamais perdre de vue sa différence, sa spécificité.

Je mesure à quel point mes conseils si généraux ne peuvent pas être d’une grande aide pour vous. Tentez de vous détendre quand vous êtes en relation avec lui, comprenez, sentez que ce n’est pas vous qui avez une difficulté mais lui, vous ne pouvez pas « le changer », ouvrez-vous à votre impuissance et en même temps, prenez ce qu’il peut vous donner.

Parallèlement à cette situation, je pense qu’il est très important pour vous que vous ne restiez pas seul(e), que vous vous entouriez de gens qui vous aiment, ne vous jugent pas, ne sont pas effrayés par la maladie de votre fils et vous comprennent.
Je mesure le déchirement pour vous de devoir parfois ne pas aller travailler, pour faire baisser sa tension. En même temps il ne faudrait pas que votre désir de l’aider vous contraigne à prendre des risques qu’il serait pour vous dangereux de prendre dans votre contexte professionnel.
Il est toujours dangereux, dans une relation à quelqu’un qu’on aime, de prendre des risques qui pourraient remettre en cause cette relation. Sur le moment, nous pouvons sembler d’accord pour passer sur certaines choses par amour pour l’autre et – à un moment ultérieur – faire naitre un ressentiment. Cela nous demande donc d’être particulièrement clair avec nos limites : ce que nous pouvons faire comme ce que nous ne pouvons pas faire.
Pour continuer d’accompagner votre fils, il vous faut donc d’abord de la patience, de la compréhension, de l’écoute et du soutien pour vous-même.

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Pour aller plus loin, lisez : Pour ne plus avoir peur de la bonté ni de l’impuissance…

Illustration : Fractale.

© 2020 Renaud PERRONNET Tous droits réservés. 

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