2 réflexions au sujet de « Conseiller ? »

  1. Barbara L

    Merci pour cette citation vraiment à propos. En effet, ecoutante sur une ligne d’appel pour personnes en détresse, nous avons pour consigne de ne pas donner de conseils. Effectivement comme on est à distance, on peut rapidement avoir une « vision » de la situation, une interprétation qui est la notre mais bien sur semble « faire sens ». Et du coup une grande envie de dire des trucs du genre : « et si vous faisiez ceci…? » « ou pire « vous n’avez qu’à faire ainsi… » , « vous devriez agir de telle manière (ou ne pas penser à …) ».. ce qui derresponsabilise et en plus peut faire vraiment du mal (nous avons tous vécu cela non? alors pourquoi le faire aux autres?)
    Ce qui est intéressant c’est quand il y a une demande d’aide (pas une simple demande de parler) face à un problème bien précis. La position à adopter à mon avis n’est pas non plus celle du « tu devrais, « , « il faut »… ou « tu es… tu n’es pas… »… où se crée un rapport de dominance entre un pseudo-sachant qui dit à un demandant (donc en souffrance, en besoin, en faiblesse…) que faire (obéir). Ce qui est vraiment très agréable en écoute, c’est quand appelant et écoutant restent au même niveau. Par la question, parfois quelques pistes à explorer (contacter telle association, essayer telle technique… prendre soin de soi…) jamais posées comme des solutions toutes prêtes… permettre à la personne qui cherche des solutions de se poser un instant avec son problème. D’oser dire, car elle se sent dans un cadre « ou elle existe » et peut enfin avoir un moment ou elle va deployer ce qu’elle a besoin de mettre sur la table… et du coup, prendre du recul et trouver un peu de répit, voire la force d’essayer à nouveau. Ce qui est magique, je trouve, dans ces cas là, c’est le changement qui s’opère dans la voix de la personne, au début anxieuse, fatiguée, déprimée… puis qui « remonte », se réveille, comme si je la voyais reprendre les rênes de son quotidien. Tous les appels ne sont pas ainsi malheureusement, mais ceux là sont ceux qui donnent sens et magie à mon bénévolat d’écoutante… et l’obéissance est ici hors de propos.

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  2. Mathilde

    Merci pour ce commentaire que je trouve tellement juste. Ca me rappelle une discussion que j’ai eu il y a quelques semaines, au téléphone, avec ma soeur : je l’appelle alors que je ne vais pas bien, que j’ai besoin de parler, et, voulant m’aider, je l’ai vu passer rapidement du mode « écoute » à un ton beaucoup plus « donneur de leçon se voulant bienveillant », où elle (inconsciemment je suppose) prenait l’exemple de son propre bonheur, là, maintenant, comme quoi elle aussi avant elle voyait tout en noir, elle faisait des crises d’angoisses, blablabla, mais maintenant elle était heureuse, alors « oui toi aussi tu peux le faire, tout est dans la tête, etc. ». Heureusement, et en grande partie parce que justement je vais moins mal qu’à un moment où je n’en parlais pas, j’ai senti, que tous ces propos sur le devoir d’être heureux, comme s’il y avait une ligne entre les gens heureux et les autres qu’il s’agissait simplement de passer en sautillant et si possible avec le sourire, puis, surtout, de s’en éloigner le plus possible (du côté du bonheur ultime, là-bas au loin), et sans se retourner ni regarder vers les autres, restés de l’autre côté, parce que après tout, c’est sûrement contagieux… bref tout ça n’était pas juste. Au final, je me suis quand même sentie mieux après la conversation, parce que ça m’a fait pleuré et que ça m’a soulagée de parler de ce qui n’allait pas (et qui n’était pas du tout « dans ma tête, au sens où ma soeur l’entendait, mais qui étaient des vrais problèmes, qui portaient leur part de subjectivité, bien sûr, mais ça ne les rend pas moins réels). Mais je me suis sentie attristée aussi, que sa manière de m’aider soit fondée sur un rejet de ma part d’ombre et d’angoisse, et de la sienne par la même occasion (car quoiqu’elle en dise, je ne vois pas en quoi cela la rend plus « heureuse » de « décider », que maintenant pour elle le malheur c’est fini et qu’elle a « réussi » à… je ne sais pas trop quoi, le transformer, le sublimer…)
    Et puis, il y a aussi ce qui suit (souvent) un conseil qu’on ne suit pas : « ha, mais je t’avais dit de faire comme ça », et du coup plus personne pour aider.
    En plus, j’ai l’impression que cette envie de donner des conseils (que je pense avoir aussi beaucoup, réciproquement, quand ma soeur m’appelle pour parler, ce en quoi la conversation avec elle m’a au moins fait mettre le doigt sur un de mes comportements) provient surtout de la peur… Un peu comme tendre la main bien loin pour aider quelqu’un tombé dans l’eau, pour montrer qu’on essaie, alors que si on se mettait à son niveau et qu’on descendait pour l’aider on verrait qu’on a tous les deux pieds et qu’on peut sortir. Pour moi ces conseils c’est un peu une façon de maintenir la douleur de l’autre à distance en cherchant à passer tout de suite au stade du « faire », et si possible du « faire protocolaire », parce que c’est quand même rassurant, au moins superficiellement, de croire que pour chaque douleur on peut vite se diriger vers une action, un nouvel objectif, si possible concret et réalisable, pour « se remettre droit ».
    A l’inverse, je me souviens d’une conversation, alors que j’étais bouleversée, avec une collègue de bureau dont je n’étais même pas hyper proche (mais on travaillait dans le même bureau et j’ai toujours senti que c’était une dame très gentille). Je venais de rompre avec un long amour de 5 années pour un autre homme, j’étais perdue, je n’arrêtais pas de pleurer, je n’arrivais pas à donner mes cours (j’étais prof) correctement. Bref, cette collègue, Anne, voyant que je pleurais, a demandé si je voulais parler, et, après ma réponse positive, et la sortie du 3ème collègue (un homme qui était aussi à l’écoute des autres, et qui a senti que je voulais être avec une femme seulement) du bureau commun, s’est installée face à moi, et m’a écoutée. Elle n’a quasiment rien dit, mais j’ai vraiment senti que, grâce à elle, il y avait maintenant un espace de douceur dans le bureau, où je pouvais (enfin) m’ouvrir, me laisser pleurer. Ca a duré un bon moment, et puis finalement les rares conseils qu’elle m’ait donnés (de me mettre en arrêt une semaine, et de laisser le temps clarifier mes envies et mes doutes) m’ont paru justes parce que j’ai bien vu qu’ils ne venaient pas de sa vie à elle, pas de comparaison avec son vécu à elle, mais bien d’une profonde empathie avec moi. Elle n’a pas cherché, dans sa propre expérience de vie, ce qui pourrait m’aider, comme si elle cherchait un médicament dans les rayonnages d’une pharmacie, mais elle était descendue dans la fosse aux lions avec moi, s’était simplement assise à côté de moi, m’avait donné la main et m’avait dit « regarde ». Elle m’avait juste permis de me détendre assez pour m’apercevoir que mes lions n’étaient que des gros chats.
    Plus tard j’ai appris que cette femme avait perdu son fils adolescent accidentellement deux ans auparavant. Et je sais que, parfois, quand elle allait mal, elle ne cherchait pas à le cacher où à prétendre, car je l’ai plusieurs fois entendu répondre au 3ème collègue de notre bureau, avec qui elle travaillait depuis 25 ans, « non, en ce moment c’est dur, c’est dur… Et ça dure », quand il lui demandait si ça allait. Et, les fois où j’étais là, on n’en parlait pas (mais je sais qu’elle pouvait compter sur ce collègue et ami qui était dans notre bureau, et qu’elle le savait). Mais on restait silencieux un moment, et je sentais vraiment qu’il y avait dans ces minutes de silence un profond respect et un profond partage de sa douleur, comme si, tout en continuant nos tâches sur nos ordis respectifs, juste en étant là et en ayant entendu son « non ça ne va pas », en ne cherchant pas à la cacher, à la masquer où à vite passer à autre chose, on sentait qu’il y avait de la place pour elle toute entière, dans ce bureau de profs.

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