Pourquoi l’humilité ?

« Seul l’espace d’humilité est conducteur de quelque chose de plus grand. »

Daniel Morin

« Quand tu es confronté à ce qui te dépasse, tu lâches prise, non comme une défaite mais par simple humilité devant la vérité : accepter ta limite, c’est la transcender. »

Christophe Massin

Nous cherchons tous à être forts parce que nous nous disons que si nous ne le sommes pas nous allons sombrer ou nous faire avoir. En vérité, nous sommes contraints par notre peur plutôt que courageusement prêts à affronter ce qui va nous échoir.

Et si nous cherchions plutôt à être vrais avec nous-mêmes plutôt que forts ?

Les êtres humains qui abordent la relation avec un air hautain et supérieur ont l’air forts mais c’est une façade, en réalité, ils ont peur des autres, ils mettent un masque parce qu’ils se sentent fragiles.

L’humilité n’a rien à voir avec un abaissement qui devrait nous contraindre à la petitesse ; elle est une capacité à la retenue, une modestie par réalisme, signe de notre lucidité.

L’être humble voit les choses telles qu’elles sont, il est étymologiquement près du sol (près de l’humus) donc tout en bas, il n’a pas peur des possibles, il les envisage avec un œil serein. « Il ne pète pas plus haut que son cul !!! » Il prend appui sur l’exact endroit où il est.

Dans la relation à l’autre, un être humble ne préjuge pas de ses forces, il ne cherche pas à avoir raison à tout prix et il sait par exemple qu’il n’a pas besoin d’avoir le dernier mot. C’est là, à la fois, sa force et sa dignité.

L’humilité n’est pas une aspiration mais la pratique réaliste de celui qui veille, en toutes circonstances, à être au clair avec lui-même et en adéquation avec la réalité (qui ne lui donne pas toujours le beau rôle).

Le véritable obstacle à l’humilité est donc l’identification à l’ego qui fausse notre vision. Celui qui est persuadé d’avoir raison ne peut que constamment oublier le point de vue de l’autre. Sa vision des situations de l’existence en devient erronée et c’est ainsi qu’il commet de lourdes erreurs qu’il devra payer en retour.

Comme l’a écrit Schopenhauer1, « la vanité innée est souvent accompagnée par la loquacité et une mauvaise foi innée. Ils parlent avant de réfléchir, et même lorsqu’ils se rendent compte plus tard que leur position est fausse, ils essaieront de faire en sorte de paraître que ce n’est pas le cas. L’intérêt dans la vérité qu’on aurait pu croire leur seul motif lorsqu’ils déclarèrent leur proposition vraie, doit céder le pas à l’intérêt de la vanité : la vérité est fausse et ce qui est faux paraît vrai. »

C’est pour cela que l’humilité est précieuse et qu’elle doit être notre alliée dans nos appréciations des situations de l’existence.

Elle nous aide à nous souvenir, par exemple, que dans toutes les situations conflictuelles nous sommes nécessairement deux, donc que nous avons toujours une part de responsabilité.

Qu’importe celui qui « a commencé » ! Ce point est d’autant plus essentiel à reconnaître qu’il est celui sur lequel beaucoup de victimes achoppent en ne parvenant pas à reconnaître leur responsabilité dans les situations de conflits répétés (et de détresse) qu’elles vivent. Ne parvenant pas à reconnaître leur part de responsabilité, elles se condamnent à faire perdurer leur souffrance et se perdent, en ne pouvant pas sortir de leur sentiment d’injustice.

Reconnaître et assumer sa part de responsabilité c’est se donner à soi-même les moyens de pouvoir sortir d’un conflit plutôt que de tourner éternellement en rond, comme ça se passe dans le monde ordinaire, celui dans lequel on dit que tout est toujours de la faute des autres.

Reconnaître et assumer cette part, c’est devenir capable d’arrêter d’en rajouter et de s’excuser.

Être honnête avec les autres c’est pouvoir reconnaître ses limites, ses imperfections et ses faiblesses. Ne plus avoir de prétentions par rapport à soi-même, c’est se donner les moyens de ne plus avoir de prétentions par rapport aux autres.

Celui qui est lucide sur ses propres « défauts », en même temps qu’il les accepte, se donne à lui-même l’opportunité d’être patient et compréhensif avec les autres.

Celui qui reconnaît son humanité ne ressent plus le besoin de croire qu’il doit être le plus fort ou celui qui commande, il reconnait qu’il est un être humain imparfait avec des émotions, il sait que nous vivons tous des peurs comme des moments de révolte ou de tristesse, et il l’accepte. Cette reconnaissance n’est pas un asservissement pour lui mais une soumission à la vérité de ce qui est, de ce qu’il est.

Nous ne sommes pas les plus forts, tout au long de notre vie, nous ressentons tous le besoin de nous adapter à toutes sortes de situations périlleuses, à des obligations comme à des astreintes. Dans un tel contexte, l’humilité nous permettra d’agir en être humain libre et disponible, un être humain qui n’a rien à défendre ni à prouver.

© 2026 Renaud Perronnet. Tous droits réservés.

Note :
1. On pourra lire à ce sujet : L’Art d’avoir toujours raison, d’Arthur Schopenhauer, essai dans lequel il met en évidence le stratagème de la controverse qu’est la dialectique « éristique ».

Illustration :

Tête de femme, par Michel-Ange (1540)

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