À mesure que nous devenons sages, nous échappons à quelques-unes de nos destinées instinctives. Il y a dans tout être un certain désir de sagesse, qui pourrait transformer en conscience la plupart des hasards de la vie. Et, ce qui a été transformé en conscience n’appartient plus aux puissances ennemies. Une souffrance que votre âme a changée en douceur, en indulgence ou en sourires patients, est une souffrance qui ne reviendra plus sans ornements spirituels ; et une faute et un défaut que vous avez regardés face à face est une faute et un défaut qui ne peuvent plus vous nuire, et qui ne peuvent plus nuire aux autres. Il existe des rapports incessants entre l’instinct et le destin. Ils se soutiennent l’un l’autre et ils rôdent la main dans la main autour de l’homme inattentif. Mais, tout être qui sait diminuer en lui la force aveugle de l’instinct, diminue tout autour de lui la force du destin. Il semble qu’il crée une sorte de lieu d’asile, inviolable en proportion de sa sagesse, et ceux qui passent par hasard dans la zone éclairée de sa conscience n’ont rien à craindre du hasard tant qu’ils s’attardent en cette zone.
Maurice Maeterlink, La Sagesse et la destinée



