Juger

Réflexion n° 33 :

Dans leur idéal judéo-chrétien, beaucoup de personnes pensent que ce n’est pas bien de juger les autres parce qu’il est plus facile de les dénigrer que de se remettre en cause soi-même. Nous voyons en effet plus facilement la paille dans l’œil de notre voisin que la poutre dans notre œil.

On prête à André Malraux cette formule : « Avant de juger il faut comprendre et quand on a compris, on n’a plus envie de juger. » Si nous pouvions sentir l’intensité de la souffrance qui a conduit certaines personnes à commettre des actes abominables, nous aurions plus de mal à les juger.

Est-ce à dire que nous sommes réduits à vivre dans un monde de « bisounours » dans lequel il serait mal vu de reconnaître le mal ? Est-ce à dire que sous prétexte de ne pas vouloir juger négativement les personnes violentes, toxiques, perverses et manipulatrices, nous devrions faire « comme si » elles n’existaient pas,  ou – comme certains le conseillent – tenter de leur pardonner ?

Il est tout à fait légitime de reconnaître un acte comme nuisible, donc de juger négativement cet acte – et non pas la personne qui l’a commis. S’il n’est en effet pas adéquat de juger une personne que nous ne connaissons pas vraiment (et qui pouvons-nous prétendre connaître vraiment ?), il est par contre parfaitement légitime d’évaluer (de juger) un de ses actes, et d’en ressentir l’impact plutôt que de le minimiser (reconnaître par exemple qu’on en souffre encore des années après).

Comme le dit Alice Miller : « Nous ne pouvons pas nous libérer d’un mal sans l’avoir nommé et jugé comme un mal ». Tant que nous sommes dans la confusion entre l’acte et la personne qui l’a commis, nous aurons la tentation (surtout si la personne qui l’a commis est l’un de nos parents ou l’un de nos proches) de la comprendre et de l’excuser. Ce qui nous empêche de trouver la force de rompre avec le prédateur qui nous maltraite.

Albert Camus, dans L’Homme révolté, partage : « Se taire, c’est laisser croire qu’on ne juge et ne désire rien. »  Parce qu’exister c’est désirer, il n’est pas juste de se taire sous le prétexte de ne pas juger, c’est-à-dire de laisser croire que ce qui nous a blessés ne nous a pas blessés.

Souvent les enfants victimes d’abus sexuels à répétition se taisent parce qu’ils s’interdisent de reconnaître comme criminel leur père, leur frère, leur oncle… Alors que s’ils pouvaient reconnaître que l’acte (et non la personne) est criminel, ils oseraient peut-être le dénoncer et cesser d’être une proie.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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6 réflexions au sujet de « Juger »

  1. Scellier

    Il faut donc dénoncer l’acte et nommer la personne coupable, seul préalable pour un pardon possible ensuite…si le « bourreau » reconnaît ses torts…

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  2. marie

    J’ai été la victime d’un pervers manipulateur très toxique pendant plus de 40 ans, et même si je sais que le mal est provoqué par une souffrance, il y avait une telle jouissance à me détruire qu’il m’est difficile pour l’instant, de lui pardonner, ni même d’entrevoir sa souffrance ( Y en a t il une dans ce cas? ). Je n’ai plus besoin de me venger et je trouve que c’est déjà beaucoup. Pendant des années, j’ai essayé de le comprendre et, comme vous le dites, cela m’a empêchée de rompre pour me protéger ( mais aussi mes enfants). J’ai la certitude au fond de moi que le pardon ME fera beaucoup de bien, mais, à mon avis (?), le pardon ne se décide pas, ne se commande pas, il viendra en son temps, je suppose. C’est ainsi que je l’ai vécu concernant mon père violent, lui pardonner m’a apporté la Paix, pourtant il n’a pas reconnu ses torts ( je n’en avais pas besoin, mais il était mon père et je l’aimais malgré tout). Mon second bourreau ne les reconnaîtra jamais non plus ( il n’en a pas la capacité), au contraire, il poursuit toujours son oeuvre (mais je suis tellement plus forte aujourd’hui). Le pardon viendra peut-être quand tout sera fini (divorce, partage de communauté), je ne sais pas…..
    Je voudrais dire encore que pardonner ne veut pas dire oublier, effacer, ni accepter que ça recommence. Pour moi, c’est simplement avoir pu faire quelque chose de positif pour soi avec tout ce mal reçu et ainsi lui donner moins d’impact douloureux, avoir pansé sa blessure.

    J’ajoute que oui, la première chose a quand même été de reconnaître et juger le comportement violent. Mais il a fallu d’abord que d’autres personnes mettent le mot de violences sur ce que je vivais.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pourquoi devriez-vous vous projeter sur ce que vous convenez vous-même que vous ne pouvez pas faire plutôt que sur ce qui est à portée de votre main, ici et maintenant ?
      Faire quelque chose de positif pour vous, c’est oser vous connecter au sentiment de votre propre dignité, malgré ce que les autres vous ont fait.

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  3. Anne-Marie

    Dénoncer l’acte ? bien sur !! se taire pour oublier et amnésier?
    Impossible pour l’ enfant que j’étais, victime d’un prédateur(inceste) qui m’a manipulée très subtilement et m’a tenu dans un secret toute une vie, avec la complicité de sa femme (ma mère)!
    Adulte ma culpabilité fut plus forte que le discernement d’ un jugement à leur égard . Seule leur mort , m’a permise de renaitre en écrivant mon histoire.

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  4. Marie

    J’ai lu cet article, il y a un an et je vois que je change car aujourd’hui, je comprends qu’une personne peut faire un acte méchant mais ce n’est pas pour autant que toute la personne est méchante quand je confondais l’acte et la personne cela m’empêchait de reconnaître les faits, une personne peut parfois faire des choses méchantes et si on ne le reconnait pas, on ne peut pas s’en protéger mais quand on confond l’homme et l’acte c’est plus difficile de reconnaître les faits.

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