Humilité

Réflexion n° 45 :

Il est intéressant de noter que le mot humilité (comme humiliation d’ailleurs) appartient à la même famille que le mot homme. Étymologiquement l’homme (du latin homo) est celui qui vient de l’humus donc de la terre, par opposition aux dieux qui ne sont pas des « terriens ».

Ainsi l’homme est humble en ce qu’il reste à sa « juste place », entre deux extrêmes : le trop et le trop peu.

Le « trop » parle du prétentieux, de celui qui se prend pour ce qu’il n’est pas (un dieu ?), de celui qui – parce qu’il se sent supérieur – se permet d’humilier l’autre en le rabaissant. Le prétentieux n’est pas en possession de lui-même, il n’a donc pas d’autre choix que d’inférioriser les autres pour se sentir exister. Il existe même à la mesure du pouvoir qu’il a sur les autres et abuse de ce pouvoir.

Le « trop peu » parle de la fausse humilité de celui qui – sans doute parce qu’il a été humilié par ses parents ou ses éducateurs dans la petite enfance – se sent inférieur.

En fait – parce qu’il a peur d’exister, peur de se déployer, peur de ses besoins d’être humain (et qu’il n’est donc pas non plus en possession de lui-même) – il est en manque. Se croyant inférieur, il pense que l’autre est le seul à pouvoir le faire grandir, et se conduit donc en mendiant.

Mû par la croyance de son insuffisance, il s’abaisse volontairement dans l’espoir d’obtenir une gratification en retour et envie secrètement le pouvoir. Son attitude est hypocrite : il baisse le regard avec componction, fait des sourires et s’exprime avec affectation.

Comme le disait Pascal : « L’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

Entre le trop et le trop peu se trouve la place de l’homme véritable, de « l’homme humble » qui – parce qu’il ne se prend pas pour le nombril du monde – fait peu de cas de son égo (le moi qui mesure les choses à l’aune de son individualité.)

L’homme humble est conscient de son ignorance et de son incomplétude, il ne cherche donc jamais à être parfait. Il s’accommode de ce qu’il est comme de ce qui est et – parce qu’il est réconcilié avec lui-même et le monde (qu’il est donc en possession de lui-même) – se déploie.

La vraie humilité n’est donc pas un état mais une pratique permanente entre le trop et le trop peu.

Comment s’y prendre dans une relation de couple ou de travail par exemple, entre la fausse humilité de la victime et la supériorité du bourreau ?

C’est à chaque instant que « l’homme humble » trouve et mesure son équilibre dont il sait qu’il ne peut jamais être définitivement acquis.

Et c’est à cet endroit-là, à cette « juste place » entre « savoir se défendre » et « savoir se taire », entre supériorité et infériorité, que sa véritable grandeur se révèle.

Crédits :

(Merci à Philippe Geluck pour l’illustration.)

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés. 

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8 réflexions au sujet de « Humilité »

  1. Pascale

    Une fois de plus, merci Renaud pour ce bel article sur un sujet qui me « préoccupe » particulièrement depuis assez longtemps, bien consciente que je suis de mes imperfections, mais aussi de plus en plus de mes forces et de mes qualités. Tu exprimes très justement avec des mots simples où se situe le « travail » et je m’en servirai, crois moi… je suis déjà en chemin.

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  2. Mathilde

    Merci Renaud pour cette réflexion que je trouve à la fois très juste et très pratique. En effet, puisque l’humilité c’est un équilibre dynamique, il suffit, pour être humble, de se sentir « à peu près dedans » pour y être. Du coup inutile de se fatiguer à chercher à être humble, ce qui est prétentieux d’ailleurs, il suffit d’être à l’écoute de son ressenti : alors on entendra le signal qui nous dit qu’on s’approche de la limite, et on restera naturellement dans notre « espace de liberté », au-dessus du trop peu et en-dessous du trop. Finalement l’humilité c’est un peu ce qui nous protège, voir même nous libère de nos idéaux non ?

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  3. Jocelyne

    Merci, le contenu de ce texte ressemble à mon histoire personnelle. Etre humiliée par des mots qui briment ton envol dans la vie, comme « tu n’es pas capable » des mots de moqueries parce que tu es différente physiquement, bloque ton épanouissement. Donc, tu grandis avec la certitude que tu n’as pas de valeur, de potentiel. Puis un jour ce que tu vois comme faiblesse, humiliation, devient ta force, tu arrives à briser ta coquille de honte et te voilà sur la route de découvertes de tout ce qui t’habite vraiment et qui fait de moi un être humain debout..

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  4. marie

    Moi aussi, j’ai grandi en pensant n’avoir aucune valeur, c’est ce qui m’a conduit vers un pervers. Après, le chemin est difficile, il faut se valoriser tout(e), seul(e), il faut trouver et poser ces limites qui n’existaient pas ou si peu. Trouver un équilibre juste d’humilité, je trouve cela très bien dit. Accepter que l’imperfection, ce n’est pas la non-valeur, c’est l’humanité.
    Merci pour toutes ces réflexions qui font avancer.

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    1. Jocelyne

      l’être humain est sans cesse en quête d’amour, de reconnaissance, Nous pensons que notre Bonheur on va le trouver dans le regard de l’autre, alors qu’il est en nous et pas ailleurs. Si l’estime de soi n’est pas à sa juste valeur à nos yeux, alors on va chercher dans les autres ce que nous pensons que nous n’avons pas. Mon seul petit regret, est que jai trouvé ma valeur par des chemins difficile, un peu sur le tard, mais là je l’ai bien trouvée et j’aide d’autres personnes à trouver la leur.. Le Bonheur est difficile à trouver en soi, mais impossible de le trouver ailleurs.

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  5. delphine

    L’expression « se comporter en mendiant » m’a déplu à première lecture, puis je me suis aperçue que ces mots faisaient exactement la description de mon comportement, il y a quelques années, envers une personne que j’idéalisais… et qui a failli me détruire car perverse.
    Mais bon nous sommes tous des « mendiants d’amour », en attente d’un « like » ou d’un mot sur notre messagerie… il faut avoir l’humilité de le reconnaître.

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  6. Scellier

    Ne serait-ce pas plus exact d’écrire: « son égo (le moi qui mesure les choses à l’aune de » sa personnalité (et non de « son individualité »)?

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  7. Tiny

    Merci Monsieur Perronnet pour ce partage…. j’avais fait le même constat : que l’humilité qui est une des vertus indispensable à l’éveil spirituel ne nous rattache à rien de divin/céleste mais bien au contraire au terrestre. Je suis dans cette recherche de nuance (qui est d’ailleurs bien fastidieuse)… mais je n’ai jamais fait le lien du trop peu… de l’humilité bien que je ne me considère pas du tout comme humble. Y a qu’à voir mon pseudo pour voir que je suis encore en mode mendiante et j’aimerai mais j’arrive pas à apaiser mon ego. Je ne voyais que le trop et ce lien faussé avec cette recherche de perfection qui nous perd.
    Comme le mot « dieu » au final quand on remonte au plus loin de ce qu’on peut… on constate que personne ne connaît vraiment son nom… la plupart s’accorde à dire que ça se rapprocherai de « Je suis celui qui est »… donc en fait à quelque part ça rejoint cette nuance entre le trop et le trop peu pour trouver le « Je suis ce que je suis… point ». Je pense que quand Jésus rencontre « dieu » dans le désert c’est en fait cette humilité de lui-même qu’il rencontre et non pas un être supérieur et présent pour le « guider ». Ce que j’ai trouvé aussi assez fou et carrément triste et glauque… c’est quand j’ai chercher l’étymologie du mot « paradis » qui signifie à la toute base « une enceinte royale » puis « un enclos à bétail » pour redevenir un « jardin de plaisir »… en fait ce « paradis » promis c’est la perte de notre libre arbitre. La promesse d’un enclos qui nous maintiendra dans le non-sens et l’incompréhension à travers tout un tas de valeurs culpabilisantes. On a perdu le sens des mots et le respect de la Vie et je pense que c’est à travers ces écrits. Je suis absolument pas croyante ni religieuse j’essaie juste de comprendre pourquoi on est si perdus pour certains.
    C’est fou pour moi de lire vos articles car même les psys que j’ai vu ne voient pas de quoi je parle quand je leur exprime ce type de compréhensions. Je me sens comme une folle en train de déraper quand j’en parle autour de moi et le pire c’est que j’ai beau demander aux psys si je suis psychotique et en train de sombrer en comprenant tout ça… ils me certifient tous que non je suis pas folle mais on peut pas rentrer dans une discussion où on échange ce type de compréhensions… je comprends pas du coup où j’en suis… vu que je peux pas vraiment partager tout ça (comme si ça n’existait pas) et que en même temps les professionnels me disent névrosée oui mais quand même bien ancrée dans la réalité… niveau recherche de la nuance entre le trop et le trop peu ce type d’ambiguïté n’aide pas de la part des « pros ». Je vous lis depuis une semaine et tous vos articles m’ont bousculée fait réfléchir et beaucoup réconfortée… un grand merci pour vos partages et votre travail et bravo à tous ceux qui font un travail sincère et profond sur eux-mêmes ainsi que pour vos partages courageux ici et ailleurs.
    « L’homme est fou. Il adore un Dieu invisible et détruit une nature visible, inconscient que la nature qu’il détruit est le Dieu qu’il vénère. »
    Hubert Reeves
    « Quand les mots perdent leurs sens, les gens perdent leur liberté ».
    Confucius

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