Ma fille de 8 ans me déstabilise, elle est mauvaise joueuse, perfectionniste, ses erreurs la font pleurer

Question posée par Alison :

Ma fille de 8 ans me déstabilise, elle est mauvaise joueuse et perfectionniste, l’erreur donne pleurs et cris.

Mes pistes de réponse :

Une belle après-midi ensoleillée de printemps se présente, vous décidez, vous et votre famille, d’aller pique-niquer dans les bois.
Vous avez préparé les paniers de nourriture et la nappe à carreaux. Il est 11h du matin, au moment de sortir… il pleut à verse.
Que pouvez-vous faire ?

Vous vous proposez de jouer à un jeu de société auquel vous savez que votre fille aime jouer (donc pas choisi par vous). A la fin de la partie votre fille de 8 ans trépigne parce qu’elle a perdu, se met à pleurer et à crier.
Que pouvez-vous faire ?

Selon votre maturité et votre inventivité, vous allez pouvoir :

À propos du pique-nique :

1. Immédiatement vous mettre à râler en disant que ça ne vous étonne pas, que c’est « comme d’habitude », à chaque fois que vous vous proposez de faire quelque chose de nouveau, ça rate !

2. Maugréer à la fois contre les éléments et contre ceux qui répètent que nous nous dirigeons vers une sècheresse dramatique. Persuadée que vous tenez-là la preuve qu’ils disent n’importe quoi.

3. Créer une injustice de plus dans la relation à votre fille en vous en prenant à elle parce qu’elle avait tardé à s’habiller. Lui asséner que si elle avait été plus rapide, vous auriez tous pu partir plus tôt au moment où il ne pleuvait pas, donc que bien entendu, tout est de sa faute.

À propos du jeu de société :

4. Crier plus fort que votre enfant déçu parce que vous en avez marre, marre de son ingratitude, lui asséner qu’il a pourtant une mère modèle et gentille qui prend de son temps pour jouer avec lui. Le mitrailler littéralement du regard pour lui faire sentir que trop c’est trop et qu’il devrait avoir honte d’être comme il est.

5. Vous mettre à pleurer devant votre enfant parce que c’est toujours pareil, à chaque fois que vous faites quelque chose pour lui, ça tourne mal. Et vociférer que vous ne savez pas ce que vous avez fait au ciel pour avoir un môme pareil en lui faisant bien sentir votre désespérance.

6. Lui asséner avec une voix forte et un regard las qu’il devrait avoir compris qu’un jeu est un jeu et que puisque c’est ainsi, puisqu’il est ainsi, vous ne jouerez définitivement plus jamais avec lui.

 

Pourquoi ces attitudes de réponse ? Parce que dans la toute-puissance qui est la vôtre, vous n’avez jamais remis en cause l’idée selon laquelle vos désirs doivent être pris pour la réalité, vous vous prenez donc pour « le maître » du monde et des autres. En conséquence, quand « les choses telles qu’elles sont » vous résistent, ça déclenche votre négativité toxique (pour vous-même et les autres), issue de votre déception infantile donc de votre souffrance depuis si longtemps refoulée.
Vous vous sentez légitime de l’exprimer devant vos enfants, ce faisant vous leur apprenez la souffrance et le refus des choses telles qu’elles sont parce que vous vous comportez vous-même en enfant immature.

Mais vous pouvez aussi :

À propos du pique-nique :

7. Décider de prendre un parapluie et une bâche en plastique pour pique-niquer malgré tout et peut-être vivre – en famille – un moment mémorable et très rigolo.

8. Décider d’attendre une heure de plus en espérant qu’il ne pleuve plus dans une heure.

9. Commencer à déplier la nappe à carreaux sur le sol, au milieu du salon, pour un pique-nique intérieur mémorable, et pour la plus grande joie de vos enfants.

10. Décider de prendre la voiture et d’aller au restaurant que vos enfants adorent parce que c’est encore le début du mois et que vous en avez les moyens.

À propos du jeu de société :

11. Comprendre que votre enfant est déçu, rester stoïque face à sa déception et lui permettre d’exprimer son émotion jusqu’au bout. C’est vrai que quand on a perdu, on a perdu.

12. Refaire une partie avec lui en vous arrangeant cette fois-ci pour qu’il gagne parce que vous avez compris qu’il en avait besoin.

13. Au moment où vous vous retrouverez à perdre à votre tour, dire à votre enfant qu’en effet, vous aussi vous ne trouvez pas ça très agréable de perdre et que vous comprenez son vécu antérieur.

14. Jouer au jeu de pile ou face avec votre enfant pour lui permettre de découvrir que sur une centaine de lancés, il y aura approximativement 50 piles et 50 faces. Occasion pour vous de lui faire sentir (sans lui donner de leçon) que « gagner » est l’envers de « perdre », que l’un n’existe pas sans l’autre.

 

Pourquoi ces comportements ? Parce que vous ne vous prenez pas pour le maître du monde, que vous avez compris depuis longtemps que les choses sont toujours « telles qu’elles sont », notamment parce qu’elles obéissent aux lois de la dualité (le bonheur est indissolublement lié au malheur, ce qui vous plait à ce qui vous déplait, l’endroit à l’envers, la lumière à l’ombre, le recto au verso, etc.) et que si vous voulez vivre votre vie il vous faut « tout prendre » c’est-à-dire l’accepter en vous y adaptant.

Vous vivez donc le déroulement des événements de votre vie à la fois comme une opportunité et une chance, en tout cas vous tentez de vous en souvenir à l’occasion de l’arrivée d’événements non désirés. Avec le temps vous savez que vous pouvez toujours « faire contre mauvaise fortune bon cœur », en vous ouvrant aux choses telles qu’elles sont. Vous avez maintes fois vérifié dans votre vie qu’à quelque chose malheur est bon, que dans la vie – quelle que soit la situation – il y a toujours un inconvénient à un avantage et un avantage à un inconvénient.

Vous êtes donc mûre pour comprendre que votre drame serait de penser qu’il devrait faire beau le jour où il pleut, ou de penser que votre fille de 8 ans devrait être mignonne, bonne joueuse et souriante le jour où elle se sent renfrognée, énervée et mauvaise joueuse.

Je vous invite donc à essayer d’ordonner à la pluie de vous obéir, et à tirer des leçons de ce que vous aurez constaté. De même vous pouvez répéter à votre enfant qu’elle ne devrait pas être comme elle est, qu’elle devrait se sentir heureuse quand elle se sent malheureuse.
Croyez-vous vraiment que les êtres font exprès d’être malheureux ?
Croyez-vous vraiment qu’en vous y prenant ainsi (en niant ce qu’il est), vous parviendrez à rendre un être heureux ?

Arnaud Desjardins a écrit : « En fait, plus il y a évolution du niveau de l’être, plus il y a flexibilité. Une pierre ne jouit pas d’une grande flexibilité, elle ne peut bouger par elle-même. Un arbre a déjà la possibilité de pousser tordu pour éviter l’ombre d’un autre arbre et se tourner vers le soleil. Par contre, il ne peut se sauver si la forêt prend feu, contrairement à un animal. L’homme a de plus grandes possibilités d’adaptation aux circonstances et plus on évolue, plus on est adaptable. »

L’adaptation n’est donc pas une démission, c’est une reconnaissance des choses telles qu’elles sont pour pouvoir agir dessus. Le philosophe anglais Francis Bacon écrivait : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. » Croyez-vous que les hommes auraient pu réussir à faire voler un avion de ligne de 50 à 70 tonnes, s’ils n’avaient pas commencé par s’adapter à la loi de la pesanteur ?
L’adaptation est la beauté du comportement de l’être humain qui – parce qu’il a compris que sa liberté commence avec sa soumission aux lois du milieu dans lequel il vit – parvient à évoluer.
De même qu’un ingénieur en aéronautique s’adapte à la pesanteur, un parent s’adapte donc respecte son enfant parce qu’il a compris qu’il est différent de lui-même.

Comme l’exprimait l’écrivain et enseignant soufi Idries Shah : « Il n’y a qu’un moyen de découvrir si vous avez besoin d’un clou ou d’une vis dans votre planche. Enfoncez le clou. Si le bois se fend, c’est une vis qu’il vous fallait. » Nous n’avons pas d’autre choix que celui d’essayer pour apprendre, donc de faire l’expérience des choses, ce qui nous permet de nous enrichir de nos erreurs, donc de découvrir qu’on n’apprend pas d’erreur en réussite mais pas à pas, d’erreur en erreur.

Il nous faut aussi comprendre qu’on ne devient pas « perfectionniste » par hasard, l’élan perfectionniste d’un enfant n’est que la conséquence de son insécurité. Un enfant devient perfectionniste sur le modèle d’un de ses éducateurs qui lui a inculqué la peur de mal faire.
Si nous nous y prenons de telle manière avec notre enfant que nous lui permettons de sentir que nous-mêmes n’avons pas peur de « mal faire », il pourra alors s’appuyer sur nous comme sur un modèle. Il nous faut donc – à l’occasion de nos erreurs – faire remarquer à notre enfant que nous avons appris quelque chose « grâce à notre erreur », donc nous en féliciter, plutôt que de lui faire sentir que nous sommes déçus, navrés et démobilisés.
En réalité c’est notre névrose qui nous pousse à avoir peur de l’erreur car c’est le lot de l’être humain que de ne pas réussir, c’est toujours petit à petit, grâce à la patience et à la détermination dans l’erreur que l’on atteint son but.

Pour aller plus loin, lisez :

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5 réflexions au sujet de « Ma fille de 8 ans me déstabilise, elle est mauvaise joueuse, perfectionniste, ses erreurs la font pleurer »

  1. Renaudin

    Je trouve la piste de réflexion intéressante…et la remise en question « difficile »…je vis cette situation à la maison et c’est surprenant de voir que tous nos enfants n’ont pas ce comportement; alors que d’après la solution proposée l’origine serait une attitude parentale?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, il est difficile d’apprendre à se mettre à leur niveau… Comme l’exprime si bien Janusz Korczak :

      « Vous dites : « C’est épuisant de s’occuper des enfants. » Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser. »

      Tant que vous interpréterez la relation à votre enfant comme un rapport de force de vous contre elle, vous ne pourrez pas vous élever (puisque vous chercherez à la dominer, il vous faudra la maintenir au sol pour qu’elle ne soit pas comme elle est.) Mais il semble qu’il y ait un espoir autre puisque vous trouvez cette piste de réflexion intéressante ?

      Pour aller plus loin, lisez : Comment sortir de sa toxicité de parent ?

      Répondre
  2. Johanne

    Bonjour Renaud, je ne comprends pas cette notion de « toute-puissance » dont vous parlez au début. Cela m’intéresse car j’ai vraiment du mal à accepter ce qui arrive, et même le bon. Comment changer d’attitude et devenir plus adaptable ?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Bonjour Johanne,
      Considérez que cette toute puissance est la conséquence d’une accumulation d’émotions refoulées en vous, un capital de souffrances liées au passé qui vous oblige à nier l’évidence que ce qui s’est passé s’est passé.
      C’est ainsi que vous vous y prenez pour – complètement identifiée à votre moi – en souffrance nier ce qui s’est passé.
      Le déni de ce qui a été est toujours mortifère. Il nous faut parvenir à intégrer, digérer enfin le passé mais cela sans maltraitance aucune : avec coeur et bonne volonté.
      Le but est de se sentir vaincu par l’évidence de « ce qui est », ce qui n’a rien d’une maltraitance puisque c’est à partir de ce vécu d’être vaincu que vous pourrez agir de manière pacifiée et voir tranquillement ce qui peut être fait.
      Se réconcilier avec ce qui est pour pouvoir agir dessus.
      Si vous refusez « ce qui s’est passé », vous demeurerez l’otage de votre refus, de votre moi tout puissant.
      Devenir plus adaptable c’est donc convenir que « ce qui est » a toujours un temps d’avance sur nous.
      C’est donc en commençant par perdre que vous réussirez à gagner.
      Bien à vous.

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