Oser danser la vie

Vous savez que nos schémas psychologiques se répètent de génération en génération, pour autant que nous ne les investiguons pas, c’est-à-dire que nous ne nous y confrontons pas de façon consciente, sans culpabiliser.

Pascale a écrit un texte beau et fort qui invite ses sœurs, toutes les femmes, à rompre avec la malédiction de leurs mères et à « danser léger ». Elle y invite sa fille à être elle-même et à vivre sa vie librement, audacieusement, sans se retourner.

Illustration : La Danse, d’Henri Matisse. 1909.

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Arrêter la malédiction,

mal dit, mal compris, mal entendu.

Arrêter le règne du châtiment, du reniement, de l’éclatement,

de la stigmatisation, de la division, de la punition, de l’écartèlement.

Arrêter de nourrir la bête affamée.

De sacrifier les cœurs, les corps, les âmes des femmes.

Arrêter ce flot de pus, de boue, de pleurs, de sang.

Arrêter l’enlisement dans le magma brûlant de l’ignorance.

Arrêter. Et ressentir. La peur, la douleur, le malheur

de l’humanité et de mes sœurs. De nos mères et de leurs mères.

Qui n’ont pas compris, pas senti, pas osé, pas pu, pas voulu.

Qui ont continué pour ne pas renier, ne pas être reniées,

qui ont continué pour ne pas sombrer, ne pas chercher, ne pas voir.

Qui ont étouffé, étranglé, muselé, asservi, de leurs propres mains,

empoisonné dès le premier lait, tué chez leur fille

ce qu’elles avaient tué en elles, parachevant le travail de leurs mères,

tué mieux que des hommes, car elles savent les coins et les recoins,

les refuges, les abris, le moindre havre de survie, le plus petit abri.

Pas d’échappatoire.

Je pleure sur elles.

Je pleure aussi sur celles

qui ont veillé, transmis les petites pistes salutaires, semé les cailloux minuscules,

Préservé, au prix de leur vie même, une bribe, une graine, un germe, pour le transmettre,

bien caché, à aller chercher et à faire éclore.

Je vous serre fort, vous les invisibles, les vulnérables, qui me guidez dans le silence.

Pour que je préserve, toujours, cette voix troublante, gênante, envahissante, au creux de moi.

Celle qui disait que je n’étais pas celle

qu’on voyait, qu’on voulait, qu’on exigeait.

Celle qui me guidait pour continuer

à ressentir ce qui m’appartenait, et tant pis si cela me déchirait, me divisait.

Que là était ce qui était. Pour moi.

Qui me disait de continuer, de ne pas abdiquer.

Je veux voler léger, léger.

Danser léger, léger.

Rire fort et souvent.

Vivre et sentir la vie me traverser.

Je veux couper les fils qui me font danser et danser ma danse.

Danse, ma Précieuse, mon Unique, mon Enfant,

Ma Fille, ma Sœur, danse ta propre danse, danse ton propre chant,

ta mélodie unique, pour entrer dans la ronde des Femmes.

Celles qui savent et partagent, se soutiennent, se relèvent, qui se portent haut,

Qui se consolent et se protègent, qui transmettent, qui chérissent, qui donnent et reçoivent, qui aiment et s’aiment.

Qui tirent leur force de leur vulnérabilité même.

Qui sortent de la Peur en se laissant dévorer par elle, sans la craindre, en l’affrontant sans la combattre, les yeux dans les yeux.

Et qui la terrassent en la contemplant.

Danse ma Fille, chante. Vis. Aime.

Sois la mère que tu pourras, de tout ton coeur.

Sois la Femme que tu voudras, de toute ton âme.

Sois Celle que tu es déjà, en toi, celle que tu ne connais pas, celle qui germe, t’appelle,

Te harcèle, qui dit que ça a trop duré, que tu l’as oubliée, que l’heure est venue.

Je te parle, et je me parle, je parle à mes Sœurs, de par l’Univers.

Et je fredonne, je bourdonne, je murmure et je marmonne,

je prépare, je mitonne, je bouillonne.

Je nourris la chenille, je la soigne et la bichonne.

C’est là que j’en suis.

J’aiguise mes forces pour sortir du cocon.

J’en ai le désir, et la force, et l’énergie,

le droit et le devoir, et le privilège.

C’est une question de Vie ou de survie.

 

Vole, chante, danse, ris, vis.

Pascale

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Si vous avez envie d’exprimer, de crier – anonymement – sur la toile, quelque chose de personnel que vous portez sur le coeur depuis longtemps, cet espace est le vôtre. Pour ce faire, prenez contact avec avec moi en utilisant ce formulaire.

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Ida
Ida
27 juillet 2016 15:05

Je suis en ce moment perdue face à mes émotions. J’éprouve une grosse colère à l’envers de ma grande soeur. En faite, je désir vivement me séparer d’elle. J’ai pris compte de cette émotion là que récemment et ça me déroute un peu. De puis que je suis petite, elle a usé sur moi une autorité bien trop exagéré. Je me souviens encore lorsque qu’elle m’étranglait contre le mur ou lorsque qu’elle me crachait dessus et aussi lorsque qu’elle m’insultait, lorsque j’étais enfant. Et depuis alors, inconsciemment je me suis mise à la craindre et j’ai créé un mécanisme qui… Lire la suite »

alves
alves
18 juillet 2016 16:58

En ce moment je suis en train te terminer le livre « les parents toxiques » de Susan Forward que je conseille à tous ceux qui ont besoin d’échapper à l’emprise de leur parent. Cela fait maintenant quelques années que je me soigne en suivant thérapie, etc.. pour guérir d’une enfance maltraitante à cause de parents toxiques. A l’époque on ne parlait pas de parents toxiques. Maintenant ce terme correspond davantage à la relation qui existe vraiment entre mes parents, surtout ma mère qui est encore en vie. A 47 ans, je pensais que j’en avait fini avec ma mère. Du moins… Lire la suite »

Miny Jean-Michel
Miny Jean-Michel
12 juillet 2016 12:13

Dans tous les domaines, la vie est un sursaut, une escalade, un réveil, même dans la nature :

L’ARBRE EN FÊTE

LE JEUNE ARBRE A FLEURI
POUR LA PREMIÈRE FOIS

AU PRINTEMPS IL FRÉMIT
SES PÉTALES EN ÉMOI

IL N’EST PLUS TOUT PETIT
IL S’OUVRE ET SE DÉPLOIE

LA SÈVE QUI LE NOURRIT
A VAINCU LE GRAND FROID.

c’est aussi encourageant

Jann
Jann
Répondre à  Miny Jean-Michel
14 juillet 2016 18:33

Oui! C’est très encourageant, merci à Jean-Michel, merci à Renaud, je reconnais que ces ancêtres m’empêchent de vivre, ils m’empêchent d’être Moi, seule et Unique!

Jann
Jann
10 juillet 2016 23:20

C’est un très beau texte! je lis et le relis plusieurs fois et j’espère bien qu’il va m’aider. Ce n’est pas une simple affaire, cette malédiction! Ma mère avant de mourir, m’a dit  » fait attention à ta soeur! » Ma petite soeur a 56 ans. Ma petite soeur c’est un monstre! elle est Machiavélique! et elle m’utilise toujours pour arriver à ses fins comme mon père faisait. Ma mère a lavé les pieds de mon père. J’ai continué, moi sa propre fille a lavé les pieds de mon père. Et je continue à laver « les pieds de ma petite soeur ».… Lire la suite »

Gaëlle
Gaëlle
6 juillet 2016 12:21

Waouh… j’en ai des frissons… Mille mercis

Sophie Francart
Sophie Francart
5 juillet 2016 16:55

C’est vraiment très bien écrit. C’est tout à fait ça le chemin de la liberté. Couper les chaînes, rompre ces schémas. Bravo et bonne continuation.

delphine
delphine
5 juillet 2016 14:23

Magnifique texte, qui me parle tant en ce moment… me fait un peu penser au livre Femmes qui courent avec les loups de Pinkola Estes.
Merci Pascale ! et bonne route sur votre joli chemin 😉

miny Jean-Michel
miny Jean-Michel
5 juillet 2016 09:11

il y a la personne à qui des choses sont imposées, et aussi la personne qui impose et qui n’est pas vraiment elle même mais une sorte d’outil du conformisme, dans un monde qui cherche des gagnants et des perdants pas basé sur l’humain.

Mathilde WILLERVAL
Mathilde WILLERVAL
4 juillet 2016 21:49

Merci pour ce poème que je trouve très beau et très vaste.

Clochette
Clochette
4 juillet 2016 20:54

C’est exactement ce que m’aide à découvrir la psychologue avec laquelle je travaille pour sortir des schémas transmis bien inconsciemment par ma mère.
Merci beaucoup c’est de l’énergie en plus!

Marie
Marie
4 juillet 2016 16:28

C’est magnifique !!!

Brigitte
Brigitte
4 juillet 2016 14:39

Superbe. Merci !

Audréna
Audréna
4 juillet 2016 13:47

Tellement bien dit….BRAVO !