La résilience et au-delà…

Entretien avec Tim GUENARD

Recueilli par Jacqueline Kelen, paru dans la revue Terre du Ciel, n° 59, mai et juin 2002.

Avant propos :

Même si une statistique nous dit qu’un tiers des adultes qui ont été victimes d’abus durant leur enfance commettent ensuite à leur tour des abus contre leurs propres enfants1, la résilience est possible. Elle est « la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque grave d’une issue négative.2 »

L’être humain n’est donc pas condamné à reproduire indéfiniment les mêmes comportements appris : il a bel et bien la possibilité de grandir, c’est-à-dire de surmonter une épreuve de la vie a priori insurmontable.

Chacun d’entre nous peut donc découvrir que pour prendre le contrôle de nombreux aspects de sa vie et gérer son existence de manière plus profitable, il n’a besoin d’aucune autorisation de quiconque, même pas de conditions sociales ou économiques favorables (ni d’une hérédité heureuse, ni d’une enfance choyée.)

Dans ce contexte, le témoignage de Tim Guénard est particulièrement précieux. Lui qui a été un enfant abandonné par sa mère et battu par son père, un adolescent renvoyé des maisons de correction, violent parmi les violents, affirme à travers son expérience : « Je refuse qu’on dise « tel père, tel fils » pour expliquer des violences familiales. »

  1. Archives de médecine pédiatrique et de médecine de l’adolescent, Mai 2000
  2. S. Vanistendael, Clés pour devenir : la résilience, cité par Boris Cyrulnik, « Un merveilleux malheur », Éditions Odile Jacob, 2002, page 8.

Pour aller plus loin, vous pouvez vous procurer aux Presses de la Renaissance :

  • Plus fort que la haine.
  • Tagueurs d’espérance.

L’entretien avec Tim Guénard :

Vous avez-raconté dans Plus fort que la haine vos années de jeu­nesse. C’est un parcours terrible. Qu’est-ce qui vous a permis de tenir bon, de subsister au lieu de vous écrouler, d’en finir ?

Au début, ce fut la haine. Je vou­lais tuer mon père qui m’avait fait tant de mal. La violence et la susceptibili­té ont grandi en moi et me consu­maient de l’intérieur. J’étais esclave de mon passé, je voulais me venger. Il a fallu du temps, beaucoup de temps, et certaines rencontres sont venues, sans que je m’en rende compte, cares­ser ma vie, caresser mon cœur. Il y eut Papa Gaby, le père nourricier qui m’accueillit dans sa ferme, Monsieur Léon le clochard qui m’apprit plein de choses, il y eut des gens furtifs, des étoiles filantes. Ma vie était en noir et blanc mais parfois un scintillement de couleurs lui parvenait. C’est long de parvenir à la paix, c’est long d’oser aimer. Mais il y a la grâce.

Qu’est-ce, pour vous, la grâce ?

C’est un cadeau, quelque chose de gratuit qui vient de quelque part, mais je ne sais d’où. Aujourd’hui, je dis qu’elle vient du « Big Boss » mais lorsqu’elle m’a touché ce fut en écou­tant des personnes raconter leur his­toire. Leur souffrance m’a atteint, retourné, moi qui étais si fermé sur mes blessures.

Vous avez beaucoup souffert et aujourd’hui vous pouvez dire que vous avez beaucoup reçu. Il y eut d’abord des rencontres qui furent des lueurs dans votre nuit…

Avant de rencontrer le Père Thomas, fondateur de l’Arche avec Jean Vanier, je me souviens d’un plâ­trier avec qui je travaillais alors, que je jugeais au premier abord pas très futé. Cet homme un jour m’a dit tout à trac « Tu manges ton pain noir actuellement mais tu auras ton pain blanc plus tard ». Le jour de mon anniversaire, il m’a dit : « Tu es un bon gars », moi qui étais considéré comme une brute irrécupérable… J’ai appris par la suite qu’il avait connu une enfance douloureuse, qu’il avait été battu et abandonné mais qu’il était devenu père de plusieurs enfants, et le meilleur des pères. Cet exemple a été un espoir formidable pour moi.

C’est précisément le point essen­tiel de votre témoignage : vous vous élevez contre les schémas répétitifs et votre vie montre qu’il n’y a pas de déterminisme familial, géné­tique, psychologique.

Oui, je ne cesse de dire : l’homme n’est pas sur terre pour reproduire mais pour innover. Et ce message en sauve plus d’un du désespoir, du sui­cide. Je refuse qu’on dise « tel père, tel fils » pour expliquer des violences familiales. Et je suis catastrophé d’en­tendre des journalistes ou des avocats, lors d’une affaire sinistre, dire tran­quillement que tel homme a violé parce que lui-même avait été violé dans son enfance. Affirmer cela, c’est tout simplement interdire à l’homme le droit de grandir. Et c’est pourquoi je continue de témoigner ne les écoutez pas ! Il n’y a pas que l’ADN qui soit unique pour chacun, il y a aussi le cœur, l’intelligence qui sont uniques et qui permettent justement de créer du neuf au lieu de répéter. Au départ ma mémoire était mon pire ennemi, elle pesait trop sur mes pen­sées, mes désirs de vengeance. Mais j’ai rencontré des hommes comme Martin Gray, des personnes qui avaient connu l’enfer des camps de concentration et qui s’étaient libérées de leur passé en innovant, en faisant du beau. Ces personnes-là m’ont ouvert des portes mais j’ai mis quelque temps à entrer, à oser dire que la mémoire, si douloureuse soit elle, est appelée à devenir notre meilleure amie.

Ce n’est pas un oubli mais une transformation ?

Oui, parce que si on décide de tourner la page, d’effacer son passé, les souffrances restent accumulées et cachées dans une sorte de cocotte­ minute qui un jour explosera. Toute souffrance doit être exprimée afin de se libérer, afin de faire entrer la joie dans le cœur. Oser aimer son passé, si dur, si affreux soit-il, c’est du même coup s’en libérer. Mais la plupart du temps chacun de nous se comporte en fugueur, ne veut pas voir, ne veut pas comprendre ses réactions. Moi, je me suis rendu compte un jour que lorsque j’étais heureux je m’enfuyais. Et j’ai réfléchi à cela, pour changer.

Mais ce n’est pas un travail psy­chologique ?

Non. Cela a eu lieu parce que des personnes m’ont aimé plus que je ne m’aimais moi-même. Lorsque j’ai rencontré à l’Arche de Jean Vanier des handicapés, lorsqu’ils m’ont dit bonjour en mettant la main sur le cœur, j’ai fondu, je me suis dit : enfin j’ai rencontré des êtres vivants ! Jusqu’alors, je me plaisais avec les animaux sauvages, j’observais dans la nature les chevreuils. C’est beau, parce que lorsque le chevreuil s’en va et vous tourne le dos après vous avoir regardé, il y a un cœur tout blanc des­siné sur son derrière…

Vous avez été remué profondé­ment par l’accueil inconditionnel d’un dominicain, le Père Thomas.

Je vivais sans religion ou plutôt j’avais une répulsion pour tout ce qui était religieux. J’avais rencontré beaucoup de gens qui aimaient Dieu mais qui avaient oublié d’aimer les humains… Quand j’ai vu le Père Thomas, habillé tout en blanc avec des collants de laine en plein mois d’août, j’ai eu envie de le défier : je lui ai proposé de l’emmener faire un tour sur ma moto. Et il a accepté, il a même trouvé ça bien ! Et lui m’a pro­posé des choses que je ne connaissais pas. Il disait que ça pouvait me faire du bien, et j’ai essayé le « pardon du Christ ». Ce qui a marché, c’est la délicatesse de cet homme. Et aujour­d’hui, en accueillant dans ma maison des jeunes délinquants ou drogués dont personne ne veut, je me souviens de mes premières rencontres avec le Père Thomas : il ne s’agit pas tout d’abord d’aimer Dieu mais, pour ces jeunes, de se sentir aimé de Dieu. Ce prêtre était toujours disponible et plein de douceur. Des gens ne vou­laient pas qu’il me reçoive, moi le mauvais garçon toujours prêt à la bagarre, mais lui m’a donné la clef de sa porte qui ouvrait à l’arrière, afin que j’entre sans être vu… Il m’a aussi donné à lire de grands livres de mys­tiques, comme saint Jean de la Croix, où je ne comprenais rien. Et quand je l’interrogeais sur des choses concrètes, comme la chasteté des prêtres qui me paraissait impensable, il m’a toujours répondu ou souri en silence. Il n’avait pas réponse à tout et il ne jugeait pas. Cet homme m’a montré l’immense imagination qu’il fallait déployer pour aimer dans toutes les circonstances ; pour faire étinceler, briller l’autre plutôt que de le rabaisser et de le salir.

Telle est la clef, en effet : un mot d’encouragement, un geste tendre peuvent soulever des montagnes et transformer toute une existence. Mais comme on est avare de ces mots, de ces gestes…

Je ne comprends pas qu’on dépré­cie sans cesse les plus jeunes, qu’on ne leur accorde aucune confiance, qu’on leur lance des jugements assas­sins comme : « Tu es nul, tu n’y arri­veras jamais, personne ne voudra de toi… » J’ai accueilli dans ma ferme un jeune dealer qui tentait de s’en sortir. Un jour, je lui ai dit, parce que je le pensais : « Je suis très fier de toi ». Et le garçon a eu les yeux humides, il m’a embrassé et m’a dit : ça fait vingt-trois ans que j’attendais que quelqu’un me dise ces mots.

Ce n’est rien, et c’est tout ! La petite clef qui ouvre est une clef d’or…

Quand je demande : « Avez-vous dit à vos parents, à vos enfants, à vos amis que vous les aimez ? » J’entends répondre : « Non, ils le savent bien ! » C’est une grave erreur, si on ne le dit pas, ça fait des éraflures dans le cœur. Cette attention à l’autre est une façon de savourer le beau qu’il y a en lui ou de découvrir ce qu’il porte de beau. Je me souviens qu’enfant, aux devan­tures des pâtisseries, je regardais les gâteaux ronds couverts de petites perles ou les gâteaux à étages : parce qu’on ne voyait pas l’autre côté. Ainsi, je pouvais imaginer la partie cachée, les perles qui s’y trouvaient, c’était une invitation à savourer, non pas à consommer. Il en va de même avec les personnes qui sont sur notre route.

Je reviens sur ces indispensables déclarations d’amour et d’amitié qui sont aussi douces à dire qu’à entendre et dont tant d’humains se privent. Vous écrivez : « Se savoir aimé et se l’entendre dire, c’est la potion magique contre la violence, la colère, la révolte. »

Quand deux personnes éloignées se téléphonent, très souvent elles se demandent le temps qu’il fait dans leur contrée. Moi, je m’inquiète de la météo du cœur. Je demande : « Est-ce qu’il fait beau dans ton cœur aujour­d’hui ? » Et, selon la réponse, je m’habille en fonction du temps. Par exemple, s’il ne fait pas beau je prends l’habit de la délicatesse pour aller rendre visite.

Pourquoi tant d’adultes se com­portent-ils avec froideur et dureté avec leurs enfants ? Cette fermetu­re peut faire autant de ravages que des violences visibles.

Être adulte, c’est à la portée de tous. Mais être un grand adulte, c’est se mettre au niveau de l’enfant et le regarder comme une pièce unique. C’est être humble, tenir parole face à un enfant, oser reconnaître qu’on a eu tort. Certains parents ont prononcé devant leurs enfants des phrases qui tuent, qui coupent tout espoir, des jugements qui engendrent chez leurs petits des peurs et des manques de confiance. Voilà pourquoi des jeunes peuvent devenir violents, drogués, anorexiques… C’est l’expression d’une douleur. Pour eux, il faut que des personnes viennent leur dire ce que d’autres, souvent leurs parents, n’ont pas dit. Pour restaurer l’amour, pour leur permettre de vivre.

Vous racontez dans votre dernier livre, Tagueurs d’espérance, qu’un jour vous étiez à la messe et que la communauté priait pour la paix. Vous vous êtes dit que vous étiez hypocrite : à quoi bon prier pour la paix dans le monde si on n’est pas capable de la faire dans sa famille ? Et vous êtes aussitôt allé voir votre petite fille et vous lui avez demandé pardon pour une maladresse que vous aviez commise. Vous ajoutez que ce geste est « plus dur que la bastonnade ». Pour ma part, je pense qu’il est très rare – et c’est dommage – qu’un adulte s’excuse ou demande pardon à un enfant.

En se conduisant ainsi, un adulte donne pourtant une espérance à l’en­fant : il montre que les grandes per­sonnes ne sont pas parfaites, qu’elles aussi ont à s’améliorer. Et c’est la plus sûre et la plus belle façon d’apai­ser les chagrins, les blessures de l’en­fant. Je le dis souvent : on a droit d’être en retard sur tout sauf sur les sentiments. C’est le plus vite possible qu’il faut aller dire un je t’aime ou demander pardon. Il est bon de se dire aussi qu’il n’est jamais trop tard, que ce n’est pas fichu, que tout peut chan­ger… Je vois l’amour comme un marteau-piqueur : ça fait mal mais ce qui compte, c’est le projet qu’il y a juste après. Il y a aussi les personnes qui ont été blessées et qui disent : j’at­tends qu’il fasse le premier pas. Mais en amour on a droit au désordre ! C’est même pour cela qu’on peut faire du rangement !

Vous racontez aussi qu’un jour vous êtes allé trouver votre père et lui dire que vous lui pardonniez toutes ses violences.

Mais mon père ne pouvait pas recevoir ce pardon. Il devait le digérer et d’abord s’y préparer. Et moi j’ai déboulé chez lui, en chrétien et en crétin, pour lui accorder en bloc mon pardon ! J’ai compris par la suite que je devais attendre que l’autre fasse de l’ordre et soit prêt. Alors, j’ai envoyé des cartes postales à mon père, je l’ai peu à peu rendu complice du beau que je vivais, je lui ai parlé de ma femme, de mes enfants. Et mon père est par­venu à se pardonner. Accorder son pardon à quelqu’un, c’est l’alléger, le libérer d’un poids qui paraît fatal et inéluctable. Pardonner au parent qui vous a fait du mal, c’est balayer tout le cycle de la fatalité génétique, toutes ces bêtises qu’on continue de colpor­ter au sujet des comportements répéti­tifs. On n’est pas là pour subir le des­tin mais pour le sculpter.

La violence et le crime ont l’air de progresser chez des adolescents de plus en plus jeunes et les hommes politiques parlent de pro­blèmes de société et envisagent des lois, des commissions, un renforce­ment de la police… Pour ces gar­çons et ces filles qui n’hésitent pas à torturer un autre adolescent ou à tuer un adulte, un regard aimant, un mot de confiance peuvent-ils suffire ?

Non, ça ne suffit pas, même si ces jeunes ont un immense manque d’amour et d’espoir. Ce qui pourrait les sortir de cette situation qui se dégrade et s’étend c’est de proposer à la télévision autant de programmes beaux, positifs, nobles, que de pro­grammes violents et malsains. Quand on évoque des sondages sur la montée de la délinquance en France, par exemple, moi je n’en ai rien à faire. Ce qui importe, ce sont tous ceux qui essaient de faire des efforts, tous ceux qui tentent de sortir de l’alcoolisme, de la drogue, de la violence. Ces exemples-là feraient beaucoup de bien, ils donneraient de l’imagination et de l’espérance aux autres. Parce que, si on réfléchit un peu, on consta­te encore une fois le schéma répétitif : un jour on entend dire qu’à Marseille, par exemple, des jeunes ont brûlé des voitures et le lendemain, par identifi­cation, d’autres jeunes incendieront des voitures à Strasbourg… Là encore, il s’agit de briser ce cercle répétitif, de dire aux adolescents que l’homme est là pour créer, pour innover.

Vous vous rendez dans les pri­sons, dans les banlieues, vous allez témoigner dans les écoles, vous donnez beaucoup de conférences, bref vous ne ménagez pas votre peine. Est-ce pour dire que vous croyez en l’être humain capable de beauté, de grandeur ?

Je ne cherche pas à aider les autres mais à les faire briller. Écouter l’autre, le considérer comme un être unique et non pas ordinaire, sentir sa beauté cachée, c’est ce que j’ai reçu de mon beau-père, véritable aristocrate du cœur. Donner ou redonner confiance et courage à l’autre, le valoriser, voilà ce que j’appelle faire briller – comme d’autres le font avec l’argenterie. Dans notre société occi­dentale on appauvrit les gens parce qu’on veut les aider. Or, vouloir aider quelqu’un c’est le rendre dépendant, redevable. On n’a pas le droit de rendre le pauvre plus pauvre qu’il n’est. Moi, je parle d’accompagner, c’est une relation de réciprocité : j’ac­cepte de recevoir aussi quelque chose de l’autre. C’est la seule « aide » ou entraide qui soit.

Dans votre ferme des Pyrénées, où vivent votre femme et vos quatre enfants, vous ouvrez la porte à ceux qui en font la demande mais ce n’est pas un lieu « agréé » par l’ad­ministration.

Je ne reçois pas d’aide de la DDASS et je n’en souhaite pas. D’abord parce que je crois en la Providence et ensuite parce qu’ainsi je suis libre d’accueillir ceux qui se présentent. Je reçois des jeunes qui sont considérés comme irrécupé­rables, qui ont fait un séjour très long en hôpital psychiatrique, qui ont fait partie d’un réseau de prostitution. Ces situations sont terribles et paraissent insurmontables mais je suis un fou d’amour ! Et je sais que tous les pauvres, tous les laissés pour compte ont au moins une richesse : le fait de pouvoir demander.

Et vous leur accordez du temps, de la confiance, des mots d’estime et d’encouragement…

Celui qui souffre donne le plus souvent le mode d’emploi. Moi, je m’accorde. Par exemple, si un gars a décidé de sortir de l’alcoolisme, je ne vais pas boire non plus. Je peux me priver de mon argent pour offrir des cigarettes aux jeunes que j’héberge, et ils en restent étonnés. Mais au fond, à la ferme, il y a deux grands éduca­teurs : mon labrador, Vidocq, et l’âne avec ses grandes oreilles sensibles. Ils s’avèrent tous les deux capables de donner tout leur amour, toute leur attention à ceux qui viennent auprès d’eux. Vidocq peut écouter pendant des heures quelqu’un lui confier ses gros chagrins. Et il n’y a pas beau­coup de personnes qui, comme l’âne, dressent l’oreille devant celui qui souffre…

Pour vous personne n’est irrécu­pérable ni « pourri » – termes qui vous ont été appliqués pendant votre adolescence ?

J’ai vécu de longs mois dans la rue, j’ai eu très froid et je crevais de faim, J’allais sur les marchés, avant l’arrivée des balayeurs, pour récupérer des restes. Et il y avait des poires, des pommes pourries. Je peux vous assurer qu’il y a toujours un tout petit morceau qui n’est pas pourri dans le fruit : ainsi, on va à l’essentiel et on le savoure… Quelqu’un peut être fier d’être une pomme pourrie ; il reste les pépins et, le fruit planté en terre, un bel arbre peut surgir… Moi j’ose témoigner, donner de l’espérance, et je dis à voix haute ce que d’autres se murmurent tout bas : alors, moi aussi, j’aurais le droit de rebondir comme un kangourou ?… En témoignant de mon parcours devant tant de personnes différentes je fais office de laboureur. Je prie aussi pour celles qui sont sur mon chemin. ­J’écoute au téléphone leurs souf­frances, leurs désespoirs. Je me sens un instrument de Dieu, c’est lui qui me donne le carburant. En fait je suis un des ânes du Big Boss ! Je porte le Beau, je ne suis pas le Beau. Et parfois j’ai envie de rester à l’écurie, certains jours je n’ai pas toujours la force…

Toutes vos années d’enfance et d’adolescence ont été privées de tendresse, vous avez connu la soli­tude des longs mois passés à l’hôpi­tal, la dureté des prisons et des mai­sons de correction, l’humiliation et le rejet, et aujourd’hui vous êtes un vivant exemple de douceur, d’ou­verture aux autres et de délicatesse du cœur. Quel mystère que la vie d’un homme !

Enfant, j’allais dans les gares. Je savais que l’amour existait mais je n’en recevais pas les signes exté­rieurs. Alors je me rendais dans les gares pour observer les personnes qui couraient, s’embrassaient, qui avaient les yeux humides au départ ou à l’ar­rivée du train. Je me rendais aussi à la sortie des écoles pour voir les mères embrasser leur enfant, ce que je n’avais jamais connu. C’est dans ces deux sortes d’endroits publics que les humains s’autorisent à des démons­trations de tendresse et d’amour.

Dans votre dernier livre, vous remerciez votre mère de vous avoir donné la vie. Elle vous a pourtant abandonné à l’âge de trois ans…

Mais oui, si je peux vivre les belles choses que je vis aujourd’hui, c’est parce que ma mère m’a fait ce cadeau : elle m’a donné un corps, elle m’a transmis la vie. Et cela reste le plus fort, intangible, en dépit de son attitu­de, de son départ. Je me dis aussi que si j’avais été adopté enfant – ce que je souhaitais très fort – les événements de mon existence auraient été tout dif­férents et je n’aurais pas rencontré la femme merveilleuse qui est aujour­d’hui à mes côtés. Oui, ça valait le coup de souffrir ! Et franchement, en sachant ce que je vis aujourd’hui, s’il fallait revivre toutes ces années atroces de ma jeunesse, je dirais OK.

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VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

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40 réflexions au sujet de « La résilience et au-delà… »

  1. Sylvie

    Merci pour cette empathie, gardé cette aptitude à vous mettre au niveau de l’autre sans le juger cela fait vraiment du bien d’avoir dans le monde « vous » un vrai humain. Ral le bol des « copies humaines ». L’amour est le meilleur des médicaments, un grand merci d’avoir eu la chance de vous rencontrer à travers vos livres. J’espère pouvoir un jour vous rencontrer, la vie ne m’a pas épargnée aussi je suis une écochée vif.

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  2. Guy

    Merci pour la pertinence et la bienveillance de vos questions à l’égard de Tim Guénard.
    Merci de mettre du beau dans notre vie.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Merci pour votre appréciation mais elle ne me revient pas ! Ce n’est pas moi qui ai posé les questions auxquelles Tim Guénard répond mais (comme cela est mentionné au début de l’article) Jacqueline Kelen dans une interview parue dans la revue Terre du Ciel, n° 59, de mai et juin 2002.

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  3. Grégory

    Ville : Ouistreham.
    Pays : France.

    J’ai rencontré lors d’une conférence Tim Guenard. Cet homme dégage de l’amour malgré tout ce qui lui est arrivé. Je voudrais savoir s’il n’est pas possible de faire des formations, car je voudrais donner aux autres, mais je ne sais comment faire. J’ai 30 ans, et j’ai l’impression de n’avoir rien fait de ma vie… L’Amour que communique Tim est tellement important, que je voudrais pouvoir donner aux autres joie, bonheur et surtout pouvoir aider. Je suis sans travail actuellement. Pouvez vous me guider et me conseiller. Merci par avance de votre réponse. A vous lire très bientôt.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, je crois bien comprendre ce que vous ressentez. Vous rencontrez un homme qui irradie un tel amour que cela fait écho au formidable besoin d’amour qu’il y a en vous. Là, vous vous dites que vous aussi, vous voulez donner.

      Mais qu’allez vous donner ? Peut-on donner son besoin d’amour ? Pour donner de l’amour à son tour (et je me permets de parler à sa place) Tim a dû se donner de l’amour à lui-même. En tout cas il en a reçu… et c’est ce qu’il a reçu qu’il peut donner… à son tour.

      Comment allez-vous vous y prendre Grégory pour pouvoir donner de l’amour (et non pas donner votre besoin d’amour) ? En vous donnant à vous même, en vous aimant vous même. Ce que vous dites que vous aimeriez tant donner aux autres : de la joie et du bonheur, c’est ce dont vous avez besoin vous-même.

      Comment se donner de la joie et du bonheur à soi-même ? En devenant davantage bienveillant avec soi. Pour vous cela passe par construire votre propre autonomie en trouvant un travail capable de satisfaire vos besoins à vous.

      Et pour cela, vous pouvez vous même vous faire aider.

      Commencez si vous voulez par lire les articles « Comment devenir soi-même ? » et « Le défi de l’aidant ».

      Répondre
      1. Gérald

        Excusez-moi, mais ce n’est pas ce que Tim a témoigné. Tim raconte au contraire que c’est en se sentant aimé, accueilli par ce prêtre, donc par un autre que lui-même. Tim a, par ce prêtre, fait l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu, Jésus. Et en développant une relation avec Jésus, par une vie de prière soutenue et en accueillant les personnes blessées, il a réussi à se décentrer de ses blessures et désir de vengeance. En réalité, c’est l’Esprit Saint en lui qui dégage cet Amour que vous percevez en sa présence. Ainsi, vous pouvez, vous aussi, en vous laissant aimer par Dieu, donner ce que Time, parce que ce n’est pas vous-mêmes que vous donnerai, mais le Christ Jésus.

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  4. Soeur de St. Vincent

    Profession : Vocation : religieuse depuis 1960.
    Ville : Roeselare.
    Pays : Belgique.

    Merci de votre livre « Plus fort que la haine », je suis à la page 253 incroyable comme vous avez pu rencontrer tant de personnes importantes dans la vie chrétienne et des consacrés vrais c’est un encouragement à aimer et se laisser aimer.

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  5. Chantal

    Profession : Educatrice Spécialisée en formation.
    Ville : Bretagne.
    Pays : France.

    Tim Guenard, un ami secret pour la vie.
    Mon psy m’avait dit « je comprends ». Comment pouvait-il me comprendre, lui qui n’avait jamais vécu… ça, encore moins à ce point-là ! J’étais en souffrance, isolée dans un passé indicible, inracontable. Alors je suis partie, j’ai fui, je cherchais la Paix, j’en avais besoin… physiquement. L’abbaye de Timadeuc m’a ouvert ses portes. J’ai trois enfants que je n’ai jamais frappé. Je ne voulais pas transmettre cette « saloperie », elle devait s’arrêter à moi, c’est un combat que je devais gagner ! Mais je me sentais tellement seule, en souffrance. Le lendemain je suis allée faire un tour à la librairie. Il était là, juste à l’entrée, « Tagueur d’espérance ». J’ai pensé « chic, enfin un tagueur qui parle de son art »… quelques lignes, la 4ème de couverture, une double page… je n’en revenais pas, je l’avais trouvé. J’ai lu sans m’arrêter, sauf pour pleurer. Au matin j\’ai remercié Dieu… et Tim. J’ai repris ma thérapie, aujourd’hui je suis guérie.
    J’AI VOULU T’ECRIRE, JE NE L’AI JAMAIS FAIT ALORS AUJOURD’HUI JE TE DIS MERCI POUR AVOIR TEMOIGNE ET AFFIRME QU’ON PEUT S’EN SORTIR.
    UN JOUR PEUT-ETRE JE TEMOIGNERAI A MON TOUR… AU FEMININ.

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  6. Kévin

    Profession : Ouvrier Qualifié.
    Ville : Cherbourg.
    Pays : France.

    « Merci beaucoup Tim, pour l’espoir que tu nous donnes, j’espère un jour pouvoir pardonner aussi à mon père… Mon père a pratiqué des attouchements sexuels sur ma soeur, mon frère et moi, il était très violent et me rabaissait par une torture morale qui pour moi faisait plus mal que les coups. Je suis encore dans une phase où le pardon reste bien flou, pour moi cet homme représente le mal absolu, mais je sais maintenant que la clef de la réussite de ma vie se trouve là, si je m’abaisse à la violence en me vengeant alors je deviendrai inévitablement comme lui, c’est un combat très difficile que je commence là, j’espère en sortir vainqueur… »

    Répondre
  7. Princess' titi

    Pays : Martinique.

    Hey ! mOi je l’ai rencOntrée il est venu hier dans mOn lycée et quand je lui ai parlé pOur le remercier il m’a juste répOndu « merci pOur tOn cOeur » cet hOmme est plus que quelqu’un qui a vécu une terrible enfance et qui s’en ai sOrti il est beaucOup plus que ca & le fait de le rencOntrer reste quelque chOse de fOrmidable alOrs si vOus le pOuvez recOntrer tim il est géniial je l’adOre dèjà mOuah.

    Répondre
  8. Marilyn

    Profession : En formation dans l’hôtellerie.
    Ville : La Grand Combe.
    Pays : France.

    J’ai adorée cet article, c’est vraiment quelque chose de très fort. J’ai été moi même une enfant maltraitée et de lire son livre ma fais relevée la tête. J’ai un enfant que j’aime plus que tout et que je ne maltraite pas car en aucun cas je ne veux ressembler à mes parents. En revanche, je n’arrive pas à pardonner, c’est plus fort que moi, je ne peux pas. J’ai écris un livre sur mon histoire que j’aimerais arriver à faire publier. Si vous savez vers qui je peux me tourner. J’aimerais savoir aussi s’il est possible de joindre Tim. Un grand merci à Tim qui ma ouvert les yeux. C’est quelqu’un d’extraordinaire.

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  9. Rico

    Profession : per au foyer
    Ville : Pleyben
    Pays : France

    J’ai d’ecouvert le livre de tim il y as peus de temp de cela. J’ai moi meme vecus une histoire de tristesse (alcolisme) de mon pêre. Le PARDON !!! est q que chose dimportant et c’est aussi q que chose que peus dhommes reconesce ds la vie. En ce qui me concerne !! jai juste envie de dire !! BRAVO !! a cette homme que je ne verai probablement jamais et sil etai a mes coté je le prendrais tout simplement ds mes bras. Eric de bretagne…..

    Répondre
  10. Est

    Profession : Formatrice
    Ville : Lens
    Pays : France

    Merci.
    C’est un très bel interview, qui donne de l’Espoir et de la Confiance en la Vie.
    Tim, ton livre, Tagueur d’Espérance, me fait beaucoup de bien et me donne aussi de l’Espoir concernant mon Copain, qui est dans une situation très difficile (haine en lui, violence, désespoir, manque d’Amour, manque de Confiance en la Vie et les Autres).
    Je comprends les origines de la violence : un cri de souffrance pour attirer l’attention des Autres.
    Moi, j’ai eu une belle enfance et des Parents qui ont assuré. Pourtant, je m’aperçois qu’il m’est très difficile de dire par exemple à mes Parents ou mes Frères et Soeurs que je Les aime car on n’a jamais eu l’habitude dans notre famille. Je suis décidée à passer le cap. Je crois que mes Parents, surtout mon Père est très pudique et n’a jamais eu ça de la part de ses propres Parents.
    J’aimerais demander à Tim : tu parles beaucoup de délinquance et d’enfants maltraités. Que penses-tu de la violence conjugale que ça soit Homme ou Femme bien sûr ?
    Bisous et encore MERCI. C’est un cadeau magnifique et gratuit.

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  11. Michel

    Profession : Médecin
    Ville : Couiza
    Pays : France

    J’ai terriblement souffert de l’abandon d’un père à la naissance et d’autres problémes qui m’ont amené à une psychothéraphie car j’ai eu des conduites addictives. J’ai lu votre livre d’un seul coup. Quel courage et merci pour la leçon+++

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  12. Patricia

    Profession : Maladie
    Ville : Escolives Sainte Camille
    Pays : France

    Moi aussi j’ai souffert, j’ai été touchée par mon pere ma mere a toujours fait l’ignorance, j’ai été battue par mon mari, trompée pendant 3 ans, dormir dehord la nuit et aller au travail aprés avec la honte je n’ai jamain rien dis c’est la premiere fois que j’en parle grace aux livre de TIM.
    MERCI TIM.

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  13. Marie

    Mail : Votre email
    Profession : Auxiliaire de puericulture
    Ville : Marne

    Votre histoire m a fait pleurer.Aujourd’hui, je suis heureuse que vous soyez avec votre Martine. J’ai eu de la chance de pouvoir lui parler après sa conférence à Lourdes. Bravo, pour vos 4 enfants et pour tout ce que vous faîtes pour les autres. Je prie pour un ami qui a perdu la foi et j’aimerais qu’il rencontre quelqu’un afin de le conduire sur le bon chemin de Dieu. Continuez cet accueil, ce charisme afin que le monde soit meilleur. Merci de votre livre.

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  14. Philippe

    Profession : Retraité
    Ville : Saint Rémy les Chevreuse
    Pays : France

    Ce qui me gène dans cette théorie de la résilience, à savoir qu’on peut devenir une personne épanouie malgré un traumatisme, c’est que Mr Guénard a eu sa période de violence. C’est à dire qu’après avoir subit des violences, au lieu de les garder enfouies dans son psychisme et d’en tomber malade, il s’est défoulé en devenant violent lui même. Quand il a eu fini de déstocker sa violence en l’exerçant sur la société, il a pu sans état d’âme devenir une personne saine.
    Donc le modèle qu’il nous donne, c’est que si vous avez subit des violences, vous en faites autant à d’autres et vous pouvez reprendre une vie normale.
    Il est devenu politiquement correct d’admirer les violents qui s’en sortent. J’attends qu’un pauvre type, honnête et non violent s’en sorte malgré tout, sans en mourir comme le Christ ou finir malade comme les autres. Là ce sera un exemple à suivre !

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      La résilience ne prétend pas qu’on puisse devenir épanoui malgré un traumatisme, encore moins que parce qu’on s’est défoulé sur les autres, on peut enfin devenir une personne saine (cela, c’est l’interprétation qui est la vôtre), mais qu’il est possible pour un être humain de ne pas devoir éternellement reproduire les comportements violents qu’il a appris.
      Récapitulons et partons du postulat que tout être humain vient au monde pour se développer en exprimant ses besoins. Que pour ce faire il a besoin de se sentir accueilli, écouté et aimé. Donc que si ses besoins d’amour sont satisfaits, il deviendra capable, en retour de répondre aux besoins des autres en leur donnant ce qu’il a lui-même reçu : de l’amour et de la bienveillance (car on ne peut donner que ce que l’on a soi-même reçu.) Par contre si ses besoins d’amour ne sont pas satisfaits, s’il n’est pas respecté, s’il reçoit de la violence et des coups, il fera aux autres et à lui-même ce qu’on lui a fait à lui.
      Très généralement, je dirais que l’être humain récolte ce que ses éducateurs ont semé pour lui au début de sa vie. Tout enfant violenté a appris pour toujours que la violence est un mode de communication possible, et cette violence qui est inscrite dans sa chair ne le laissera jamais en paix à moins qu’il rencontre au cours de son existence une personne qui témoigne pour lui de ce qu’on lui a fait subir, une personne qui lui permette de comprendre les causes véritables de ses comportements violents. Ce faisant (parce qu’il se sentira compris et aimé par cette personne), il n’est donc pas condamné à devoir reproduire indéfiniment ses comportements violents appris, il peut définitivement changer (devenir « résilient ») parce qu’il a compris et vérifié par lui-même (et non pas parce qu’on l’en aurait persuadé) que sa violence n’était que le moyen qu’il avait trouvé pour ne pas ressentir personnellement ce que lui avaient fait subir ses éducateurs.
      Il faudrait donc demander à Monsieur Guénard s’il est une personne « épanouie » ou s’il ne se sent pas plutôt une personne qui, ayant eu la chance de recevoir (comme de pouvoir percevoir) l’amour de l’autre a décidé de le donner en retour.
      Parallèlement à notre réflexion, parce que nous vivons dans une société violente, je vous concède bien volontiers qu’il soit malheureusement « politiquement correct » d’admirer les violents (et pas seulement ceux qui s’en sortent !)
      Pour poursuivre votre réflexion personnelle, je vous invite vivement à cliquer sur ces liens :

      Les racines de la violence.
      Il n’y a pas de bonnes fessées.

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      1. Bernard

        Vous me permettrez de ne pas être tout à fat d’accord sur la première partie de votre première phrase. On peut tout à fait réémerger « malgré » ou « en dépit de ». Parfois, il suffit d’être placé dans un autre environnement pour pouvoir commencer à s’épanouir. Je considère pour ma part que le fait de devoir partir de chez mes parents a été on ne peut plus bénéfique et salutaire pour moi, comme si on vous transplantait dans une meilleure terre. Je me souviens très bien de l’état dans lequel je me trouvais: je ne voulais voir personne, je m’enfermais dans ma chambre, je ruminais des idées noires, je voyais mon avenir complètement bouché… Ajoutons à cela que je m’empiffrais, que j’avais peur de me retrouver orphelin très jeune du fait du « mauvais état de santé » de ma mère (je crois maintenant qu’elle en rajoutait une couche pour se rendre intéressante) et de l’indifférence de mon père, que j’avais parfois des crises de larmes (et personne n’en n’a jamais rien su), que j’avais même des palpitations au point d’avoir peur moi aussi de mourir sur place… Bien sûr, aucune énergie, de la mollesse, et pas beaucoup de désirs, l’impression d’être englué dans une sorte de marécage… Je ne sais pas si on peut appeler cela de la dépression ou de la déprime, mais il a suffit d’abord d’avoir mon permis de conduire, puis de réussir un concours administratif dans la fonction publique hospitalière pour commencer à voir l’avenir sous de meilleurs jours. Tout cela parce que j’ai décidé d’avancer malgré tout, tout seul, sans aucun soutien moral ni financier de ma famille. Je ne dis pas qu’ils souhaitaient me voir échouer (ils aimaient se faire passer auprès d’autrui pour des parents soucieux de l’avenir de leurs enfants) mais ils n’ont jamais levé le petit doigt, ni pour mon frère et ma soeur, ni pour moi.C’est donc seul, tout à fait seul, mais heureux de partir enfin que j’ai accueilli cette nouvelle vie qui s’ouvrait à moi à bras ouverts. Mais ce sont mes connaissances et mes amis qui ont contribué à ce que je me sentes bien mieux. Si je ne m’étais pas mis en colère contre mon manque d’énergie, j’ignore où je serais actuellement. Oui, on peut s’épanouir si on rencontre à la fois un bon environnement et de bonnes personnes et si on se décide à agir. Je vous assure que je suis bien mieux actuellement, parce que je me sens bien plus stable, et que d’une certaine façon, j’ai « réussi en dépit de ».

        Répondre
  15. Philippe

    Profession : Retraité
    Ville : Saint Rémy les Chevreuse
    Pays : France

    J’aurais voulu une réponse sur le fait d’avoir une référence à une personne (connue) violentée et qui s’en est sortie grâce à l’amour d’autrui, mais sans préalablement passer elle-même par la violence ni passer par la maladie.
    Je n’ai aucun doute sur le fait que Tim Guénard soit une personne épanouie, je n’ai aucun doute sur le fait qu’une personne violente puisse devenir épanouie, mais je doute que ce soit possible sans un passage par la violence ou la maladie.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je comprends assez mal ce dont vous voulez parler. Qu’appelez-vous une « personne violentée qui ne serait pas passée par la maladie ? » Je pense qu’un être humain violenté passe toujours par la « maladie » parce qu’il est atteint et humilié au cœur de son être. Cette « maladie » s’appelle justement la violence.
      L’expérience montre malheureusement que la plupart des personnes violentées reproduisent la violence donc ne sont pas épanouies. (Et la théorie de la résilience ne dit pas le contraire car les « résilients » restent très rares.)
      Si plus de 80% des parents – aujourd’hui – donnent des fessées (donc apprennent à leurs enfants la violence), c’est – bien sûr – parce qu’ils ont reçu eux-mêmes des fessées. (Parce qu’ils ont été humiliés et contraints de penser cette humiliation en terme d’éducation, ils pensent à leur tour qu’en humiliant ils pourront éduquer.) Un être humain qui n’a pas été préalablement violenté n’a pas de raison personnelle d’être violent car il ne l’a pas appris.
      Comme je vous le disais, je ne suis pas sûr que Tim soit, comme vous le prétendez, « épanoui », il partage lui-même qu’il lui arrive encore de se retrouver face à ses pulsions… ne serait-ce que dans ses cauchemars. Il passe donc encore par des moments très difficiles et n’est pas « l’ex violent béat » que vous imaginez.
      Heureusement pour nous tous, il existe des êtres humains « sans histoire », « en paix » qui se sont sentis aimés et qui diffusent la bienveillance autour d’eux-mêmes. Il ne faut donc pas avoir été violent pour être un adulte épanoui comme vous semblez le comprendre. Un Nelson Mandela, un Martin Luther King, un Dalaï Lama en sont des exemples flagrants à mon sens.
      Là-dessus je vous invite à vous interroger : pourquoi pensez-vous que pour devenir épanoui, il faut avoir été malade ou violent ? En quoi cette question parle-t-elle de votre expérience ?

      Répondre
  16. Philippe

    Profession : Retraité
    Ville : Saint Rémy les Chevreuse
    Pays : France

    Quand je parlais de passer par la maladie si l’on a subit des violences, je voulais dire tomber malade par somatisation. C’est ce que j’ai observé autour de moi: ceux qui ont subit des violences deviennent violents, physiquement si ce sont des hommes, ou psychologiquement si ce sont des femmes. Ou bien ils tombent malades s’ils sont non violents, ou bien ils sont tués par les violents qu’ils défient, comme le Christ ou Martin Luterking, que je récuse donc dans votre argumentation.
    De meme je récuse Nelson Mandela qui a été complice des malversations de sa femme une fois au pouvoir.
    Par contre vous m’avez convaincu avec l’exemple du Dalai lama.
    Une observation cependant, il a eu un « entrainement » affectif et spirituel dès 7 ans, avant de subir les malversations des chinois. Il a donc eu l’amour d’abord et la violence ensuite. Donc c’est un exemple difficile à suivre pour ceux qui ont subi la violence en premier.
    Pouvez vous me trouver l’exemple de quelqu’un qui a subit d’abord les violences, puis à reçu l’amour et n’est pas passé par la violence, la somatisation, ou la mort ?
    Bien sur que ce questionnement parle de moi !

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  17. Christophe

    Profession : Paysagiste
    Ville : Salbris
    Pays : France

    Je suis un ami de tim je le vois de temps en temps mais à chaque momant de ma vie et des épreuves qui accumule je pense à lui, à martine qui me manque tériblement à mon ami laurent à toute leurs générosités.
    Ma vie depuis à pris une importence il n’y a pas une journée ou je ne pense pas à vous mes pensée son comme des priéres qui vous son dédiée.
    Merci d’avoir fait une place pour moi et ma famille dans vos coeur, merci d’avoir changer ma vie, tim un jour tu sera fier de moi. JE VOUS AIME.

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  18. Marie

    Ville : Avignon
    Pays : France

    Dans un premier temps, je crois qu’il faut (bien sûr suivant les cas) prendre conscience du mal être qui étouffe et étreint. Ce n’est pas évident, car si l’on vit cette violence depuis des années, elle devient « banale », normale… et déforme toute vision, toute approche de soi-même, et d’autrui. Et il faut ce coup de pouce du destin (pour moi Dieu) pour réaliser que ce vécu qui est mien n’est pas « normal ».
    Et c’est toute une lente remise en questions de sa vie, à travers telle façon de penser, de faire, des souvenirs qui remontent et prennent à la gorge, aux tripes pour prendre conscience que le manque d’amour enfoui au plus profond de soi est la véritable souffrance de l’existence.
    Ce n’est pas évident, même accompagné spirituellement, de déposer ce fardeau et de pardonner, malgré ce désir. Car pardonner, c’est être délivré, mais la rancune, la rancoeur sont là pour aiguillonner cette souffrance et tenter d’étouffer ce retour à la Vie.
    Je crois comme Monsieur Guénard, que Dieu, la Vierge Marie peuvent nous aider à travers nos rencontres spirituelles, amicales, professionnelles…, par une parole « anodine »… à nous remettre sur la Bonne Route et à nous « réhabiliter »….
    Jusqu’à la fin, le Chemin de notre vie est semé d’embûches, de combats (sur soi-même : se défaire de ses façons d’être, de penser, de faire…, changer son regard de haine en compassion). Néanmoins, dans résilience j’entends nous dépasser nous-mêmes, à aller au-delà de nos possibilités… Grâce à cette Force qui nous dépasse Infiniment.

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  19. Emeline

    Profession : Etudiante
    Ville : Mons
    Pays : Belgique

    Pour l’école, on m’avait demandé de choisir un récit de vie à lire, à résumer et à argumenter surtout… Je n’avais (et n’ai toujours) pas assez de temps. Donc j’ai fait le choix d’un livre court. Sans analyser vraiment la 4e de couverture, je l’ai acheté. Et le soir même j’ai lu… Tout la nuit durant. Ce livre est malheureusement irrésumable, inargumentable, mais Tim, je te promets de faire de mon mieux ! Car ça me donne la preuve que la volonté humaine & le courage (même si cela va bien au-delà) sont bien présents. Que l’on peut aider. Ces valeurs on me les a dictées durant toute ma petite enfance mais là je réalise que cela va bien plus loin. Comme toutes les personnes ici présentes, un immense merci !

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  20. Albatroz

    Profession : Rêveur
    Ville : Versailles
    Pays : France

    N’arrivant pas à dormir, vers 1 H du matin, j’ai lu d’une traite le livre de Tim Guénard, « Plus fort que la haine » que j’ai terminé vers 5 H du matin…
    Quand je pense qu’il a vécu à mille à l’heure et qu’il a fait des rencontres bouleversantes avec des femmes et des hommes de Dieu « cosmiques », et qu’il s’est marié, le tout avant 23 ans… je mesure l’abîme qui me sépare de l’illumination, de la paix et de la vraie joie qu’il a connues si tôt, également…
    Sans compter, sa compagne parfaite et ses quatre enfants pour « couronner » ce parcours de vie hors norme…
    Je me dis que je dois pas en avoir assez pris dans la gueule « physiquement », et que mon parcours « idyllique » à côté du sien (jusqu’à 23 ans du moins) est trop resté dans la prison de l’angoisse existentielle et donc, de l’intellect…
    « De profundis clamavi ad te, Domine »…

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  21. Cadoudal

    Votre préambule est insupportable ! Oui, la résilience est possible, mais plus ou moins probable, selon la gravité et le degré de destruction émotionnelle, selon qu’il y ait eu certains concours heureux de circonstances ou des rencontres providentielles et génératrices de vie sur la route.
    Mais, de grâce : pas de leçons de morale ou de jugements ou de culpabilisation ! Pour un « Tim Guénard », combien d’autres qui sont au cimetiére depuis longtemps, le désir de vivre même ayant été tué en eux, ou bien, en hôpital psychiatrique ou même en prison !!!!

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas parce que la résilience est possible qu’elle sera probable, et je sais à quel point le témoignage même d’un Tim Guénard peut être douloureux pour certains qui ne pourront malheureusement pas l’entendre autrement qu’en culpabilisant.

      Il n’empêche que de tels témoignages nous montrent le « possible » qui reste possible malgré des conditions sociales ou économiques désastreuses. Pourquoi devrions-nous nous en vouloir de ne pas avoir pu aller là où d’autres ont été ? Loin de moi l’idée de jeter la pierre à tous ceux qui enfermés dans leur désespoir ne croient plus cela possible, mais n’est-ce pas (aussi) l’espoir (donc le fait de croire cela possible) qui permet à un être humain d’un jour s’en sortir ?

      En fait je ne crois pas que le bonheur (comme l’espoir) puisse jamais être une insulte. Prendre conscience que nous n’avons besoin de l’autorisation de quiconque pour oser être heureux est possible, même au coeur du malheur. Je sais même que cette prise de conscience a été déterminante pour certains. Il m’apparait donc opportun de le partager. Si vous souhaitez vous en persuader je vous invite à lire le magnifique témoignage autobiographique d’Etty Hillesum « Une vie bouleversée » (Collection Points.)

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      1. Cadoudal

        Certains pourront peut-être l’entendre, ceux qui ne sont pas déjà au cimetière, quand à « rebondir », il faut qu’ils aient encore un peu d’air dans leur ballon. Certains ont leur ballon à plat ou quasiment, il n’y a plus de désir de vivre en eux, plus d’étincelle! .Ce sont quasiment des « morts-vivants »! Il n’y a que l’amour, le vrai, pas du semblant, pas un ersatz, mais, du « presque divin »… et même du divin . Et certainement pas des raisonnements intellectuels ou des appels à la raison ou à la volonté, et je vous parle en connaissance de cause. Aucun être humain n’a été cause de ma « résurrection »…. Seule mon absolue conviction intime, à un moment de ma vie, que j’étais aimé inconditionnellement, par le Dieu auquel je crois! C’est mon histoire! Mais j’aime bien Tim Guénard. Je me suis même entretenu avec lui, lundi soir à Sèvres où il donnait une conférence. C’est un homme honnête et vrai qui a toute mon admiration et tout mon respect et qui est un exemple magnifique. Moi je parle, lui, il agit et mouille sa chemise, et c’est cela qui en ce moment, comme on dit, « m’interpelle »…! Mais, j’ai l’intime conviction que le combat n’est pas encore complètement gagné pour lui, comme pour moi d’ailleurs, (bien qu’un énorme travail ait déjà été accompli, et on peut en être fier, plus encore que si on avait vaincu l »Annapurna »…,mais, c’est comme quand on grimpe en montagne….. le sommet semble reculer. Je me propose d’ailleurs de lui écrire, mais nous sommes sur la route et nous avançons, en gagnant du terrain, nous les rescapés de la vie,.. vers la totale pacification et guérison, et, comme je l’ai lu ou entendu: « L’amour même parfait, finira par avoir le dernier mot dans notre coeur ».
        Merci pour vos articles très intéressants. Je suis aussi depuis 20 ans, un inconditionnel ou presque d’Alice Miller.

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  22. chantal

    Bonjour,
    Je ne comptais même plus pouvoir un jour aider mon « ex-mari » (je l’ai quitté en juillet ) jusqu’à ce que je vois un reportage sur Tim Guénard à une émission de Christophe Hondelatte sur la résilience. J’ai vu des adultes qui avaient été sortis de leur souffrance par du travail et de la reconstruction de l’estime de soit. Mon conjoint, papa de nos trois enfants a toujours eu un tempéramant dépressif , a perdu sa maman à 16 ans, s’est retrouvé abandonné et seul au monde. Il a connu les différentes galères d’un adolescent (alcool, drogue…) et nous avons tenté une vie de couple pendant 17 ans. Il y a trois ans, il a subit une agression et a pratiquement perdu l’usage d’un oeil, il a alors laissé ressurgir cette dépression latente qui a conduit à notre séparation. J’ai essayé de le soutenir le mieux possible. Ce n’était pas de moi dont il avait besoin mais de soignants.j’ai besoin d’assurance et de stabilité. je me suis sentie incapable de continuer comme cela malgré la grande patience dont je pense avoir fait preuve. Je me suis sentie obligée de sortir mes enfants de cette ambiance car eux-même (15, 10 et 8 ans) sombraient.
    C’est quelqu’un qui mérite vriament qu’on l’aide et qu’on s’investisse pour lui. Il a besoin de retrouver confiance en lui, il doit retrouver un but dans la vie, même ses enfants ne lui suffisent plus. Je ne supporte plus de venir le voir avant les enfants pour qu’ils ne découvre pas un spectacle atroce. j’ai déja appelé plusieurs fois le mle samu, son fils a appelé les gendarmes pour des incidents de violences qu’il regrette après. Je n’ai plus le droit de faire vivre cela à mes enfants et mon rôle est de les en sortir. J’avais décidé de lui tourner le dos et je me tiendrai à cette décision. Lorsque j’ai vu le reportage sur Tim Guenard j’ai voulu tenté une dernie chose pour l’aider et par cela aider mes enfants à retrouver un papa.
    Je ne sais comment vous pourez me venir en aide mais je suis à votre écoute.
    Cordialement
    Chantal Grazzi

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Votre décision – compte tenu de ce que vous partagez – paraît sage. Je ne doute pas que votre ex mari mérite vraiment qu’on l’aide mais en a-t-il conscience ? Comment aider un être qui – lui – pense ne pas le « mériter » ? En le regardant avec les yeux de celui qui lui donne de la valeur. Mais souvenez-vous qu’il n’est pas possible d’aider l’autre malgré lui.
      Pour aller plus loin, je vous invite à méditer ce diaporama : L’allégorie du papillon.

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  23. Une maman dans la peine

    Je suis la maman de Paul (prénom d’emprunt) (24 ans) adopté à l’âge de 1 mois. Ensuite, nous avons eu, mon mari et moi, 3 fils « biologiques » (23 ans, 20 ans, 15 ans). Déménagements, soucis professionnels, la vie n’a pas été simple mais nous étions heureux, malgré tout, avec ces 4 garçons pleins de vie et de malice. Mais à l’adolescence, le caractère rebelle et « mouche du coche » de Paul s’est transformé en révolte, mépris, choix de vie dangereux : pas de travail scolaire, incapacité à suivre une formation, une autre, cinq autres…, drogue, mauvaises relations, problèmes avec la police, gardes à vue, manifestations, dégradation des logements, violence, coups, cris, crises, faux suicides, hospitalisations, haine à notre égard, vols, mensonges… Comment résister à une telle tempête familiale? Comment préserver un semblant d’équilibre et de bonheur de vivre pour que les autres enfants aient droit malgré tout à une enfance, une adolescence pas trop noires?… Comment garder son moral, son sourire? Comment vivre une telle souffrance intérieure à côté de personnes qui ne comprennent pas? qui n’ont aucune idée des « coups » (dans le coeur) que l’on reçoit? des « douches écossaises » : espoir, désespoir, amélioration, rechute et on recommence!…Paul a eu un enfant (19 mois aujourd’hui) adorable mais qui n’a pas été, avec sa maman, l’élément de « résilience » que nous espérions tant! Incapable de travailler de façon suivie, Paul a perdu la confiance et l’amour qui l’avaient recueilli dans ce petit foyer modeste où vivait déjà un premier enfant sans père. Violence, cet été, sur la maman, insultes répétées : mais pourquoi?… Insultes sur moi, menaces de mort, malgré toute ma tendresse de mère… Mais pourquoi?… Paul vit dans un hôtel social de la Croix Rouge. Ils parlent de ne pas le garder : il ne fait pas d’efforts, il ne se comporte pas comme il faudrait… Il vient de passer deux semaines à l’hôpital psy (après avoir avalé des calmants « pour faire chier » a-t-il dit…) : quelle douleur d’aller le voir, là-bas! Je lui ai porté tout ce dont il pouvait avoir besoin et surtout de quoi dessiner et peindre : il a tant de talent! et il est intelligent mais manipulateur… la confiance est si difficile, après avoir été tant « roulés » par lui… Que va-t-il devenir? Sa grande phrase est : « Je suis tout seul! »… mais j’essaie de lui expliquer que, d’une certaine façon, chacun de nous est seul, face à sa vie, ses responsabilités, ses chagrins personnels. Il oublie que c’est son mépris, ses insultes, ses menaces qui ont fait le vide autour de lui, malgré toute la bienveillance qui l’entourait… J’essaie de lui expliquer aussi que je suis souvent là, son père aussi, pour l’aider encore et encore, comme il y a 3 jours quand je l’ai ramené dans sa ville (après une journée passée chez nous) car il ne tenait plus debout, tant il avait pris de calmants (et peut-être d’alcool, de drogue pendant le week-end avec je ne sais qui?…) : j’ai fait plus de 100 km pour aller le reconduire. Il oublie vite ce que l’on fait pour lui. Il ne veut pas qu’on lui parle de ses erreurs, du « passé ». Il est entouré de mauvaises relations, roi des « embrouilles ». J’ai peur qu’un jour, un règlement de compte tourne mal… ou qu’il se pende dans sa chambre comme il me l’a dit (mais quand on le dit, c’est qu’on ne le fera pas???). Je voudrais le sauver. J’ai peur de sa violence envers lui et envers les autres. J’ai peur de l’avenir… Il ne veut plus entendre parler de formation, il voudrait trouver du travail mais c’est très difficile sans formation… De plus, ses capacités lui font trouver les boulots de manutention insupportables… Dans ses formations passées (toutes arrêtées en cours de route), les professeurs lui disaient de dormir sur sa table. On le réveillait pour faire le devoir : en quelques minutes, il avait la meilleure note! Peut-être a-t-il été déformé par « l’argent facile » qu’il a connu?… abimé par le cannabis?… fragilisé par la douleur d’abandon remontant à son premier mois de vie, à ses 9 mois « in utero »?… Il méprise sa mère biologique, les femmes en général et moi qui suis la seconde mère : il me déteste ou il me met à l’épreuve?… parfois il est gentil : c’est alors tellement déroutant!… et je voudrais tellement que le bon côté l’emporte : il y a forcément un bon côté! On ne peut pas dire, dans son cas, qu’il ait manqué d’amour : nous l’aimons tous depuis toujours, certains disent que nous l’avons trop gâté, d’autres disaient que mon mari se fâchait trop… C’est vrai que Paul était plus difficile que ses frères donc on le reprenait davantage et, du coup, il a peut-être pensé qu’il était moins aimé? : parce qu’adopté???… En réalité, on a fait ce que l’on a pu, au jour le jour, on n’a peut-être pas été des parents parfaits mais on l’a élevé comme les autres, sans différence, parce qu’il était notre fils aîné, tout simplement, adopté si petit…, porté sur mon coeur en « kangourou », si beau, si espiègle… Ses frères l’ont aimé. Ils ont traversé l’adolescence sans heurts malgré les difficultés liées à Paul, ils ont bien travaillé, sont de bons garçons sérieux, matures, pleins de gentillesse et d’humour. Mais maintenant, ils sont « fatigués » de voir le chagrin que Paul me donne… Le voir arriver à l’improviste à la maison n’est pas simple pour eux… Comment pardonner à un frère qui a menacé de mort leur maman?… Les psys disent que Paul est responsable de son destin, que nous ne devons pas culpabiliser, nous devons prendre du recul… Je voudrais bien mais comment faire? quand Paul m’appelle sur mon portable, je suis toujours là pour l’écouter, prise entre le désir de l’aider et la prudence… car je sais que je peux être manipulée par lui, qu’il ne m’appelle que pour un service… Tout cela est terriblement difficile et fatigant!… J’ai la foi mais j’ai le coeur, l’âme, bien lourds… Trop de combats et l’obligation de rester debout parce que « les autres », dans la famille, ne veulent pas d’une femme, d’une mère abattue!… Je voudrais le sortir de là, de cette « misère » actuelle, le hisser vers un avenir enfin clair et serein, peut-être le voir partir chez Tim Guénard ou quelque part où il se restructurerait?… Mais où? comment? (Il refuse Dieu…) Je sais : on ne peut rien pour lui s’il n’adhère pas un minimum… Mais assister au naufrage d’un fils, c’est trop dur! Alors, je veux m’accrocher à cette part d’Espérance qui brille encore au-dessus de nous!… Merci…

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Avez-vous offert « Plus fort que la haine » à votre fils ?
      Vous le savez, votre fils vit au dedans de lui une souffrance insupportable qui le taraude et l’oblige à se renier comme à renier les siens.
      Comment ne pas le lui reprocher et oser lui faire ressentir qu’il n’est pas tout seul dans l’extrême solitude qui est la sienne et que vous l’aimez ? Rien d’autre, juste tenter de créer pour lui la certitude que quoi qu’il fasse il est aimé.
      La bienveillance et l’amour ne nous entourent que quand nous les ressentons : comment les lui faire ressentir puisque votre partage les crie ?
      Oui – bien sûr – vous n’avez à culpabiliser de rien et si – justement – vous ne culpabilisez de rien, vous n’avez plus rien à perdre en lui faisant sentir que « quoi qu’il fasse », vous êtes sa mère qui l’aime.
      « C’est au moment ou la nuit est la plus noire que nous sommes au plus près du point de l’aurore », dit le poète Rilke.
      C’est la confiance que vous aurez en votre amour pour lui qui peut vous aider, tous les deux.

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      1. Une maman dans la peine

        Paul (prénom d’emprunt) vient de nous faire très peur. Pour la 2e fois en 3 semaines, le 15 mars, parce que la mère de son enfant lui redisait son intention de ne pas faire sa vie avec lui, parce que l’hôtel social qui l’héberge depuis des mois, lui signifiait qu’ils ne pourraient pas le garder à cause de ses agissements, Paul a avalé ses boîtes de calmants. Je venais d’arriver en Vendée (pour me reposer 3 jours, en bord de mer) lorsque Paul m’a appelée, sur mon portable, en pleurant. Je ne comprenais pas ce qu’il disait. Puis j’ai compris : il m’a dit que c’était trop tard. Alors, je lui ai dit de ne pas avoir peur, que j’allais m’occuper de lui, que je l’aime… J’ai fait le 18, puis on m’a passé les pompiers de notre département. J’ai indiqué son adresse, demandé que l’on me rappelle. Je tremblais mais je me sentais très forte. Plus tard, ils ont rappelé, m’ont indiqué l’hôpital où on l’envoyait. Plus tard, cet hôpital m’a indiqué qu’on le transférait dans une ville plus importante, intubé pour assistance respiratoire, dans le coma… La nuit suivante fut horrible. La journée qui a suivi bien longue aussi, même si les nouvelles ont été enfin meilleures puis bonnes, puisqu’il a été libéré du tube respiratoire, le lendemain. Transfert le jour suivant dans l’hôpital psychiatrique de notre ville, là où il venait de passer 15 jours… Je suis allée le voir, il était au milieu de personnes toujours aussi impressionnantes à voir, il était en pyjama, en soquettes… Il était étonnamment en bonne forme, à part la gorge abimée par l’intubation. Quelle force il a!… Il m’a suppliée de le sortir de là. Je suis allée lui faire quelques achats, je lui ai pris les mains avec tendresse, je ne voulais pas le voir là, je savais qu’il regrettait son geste, qu’il avait eu peur, qu’il avait eu mal, que c’était encore un « appel au secours »… Le lendemain, il nous a encore suppliés de le laisser partir. Le Psychiatre responsable du service nous a demandé de signer son internement. Cela a été très difficile, déstabilisant, culpabilisant même… Nous avons réfléchi, pris conseil auprès de notre médecin de famille, décidé de ne pas signer. Paul a pu sortir. Il devra suivre un traitement donné une fois par semaine. Il est logé maintenant chez les parents d’un de ses amis, en attendant de trouver du travail et un logement. Peut-être!… : il a commencé à faire des démarches, il m’appelle… Je ne sais pourquoi, je suis à peu près certaine que quelque chose a changé : j’ai compris, effectivement, à travers ces angoisses, ces batailles, ces moments forts, toute la tendresse qui nous unit, en dépit des années si difficiles. Il me semble que je suis plus forte, que je n’ai plus vraiment peur de rien. C’est assez difficile à expliquer… Je pense que Paul ne recommencera pas, je pense que nous avons avancé. Je l’espère, en tout cas… Est-ce que ce serait l’aurore après la nuit noire?… Je vous remercie…

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Il vous a fallu plonger au fond de la nuit noire… votre témoignage est simplement magnifique parce qu’il est celui d’une femme, d’une mère, qui aime plus son fils qu’elle n’a peur pour lui.
          A vous lire je sens que vous avez vécu chaque moment de cette nouvelle épreuve comme une occasion, pour vous, de renforcer l’amour que vous portez pour lui et – à force de renforcement, dans l’exacte mesure où vous n’obéissiez plus à ce qui en vous avait encore peur – à parvenir à le lui faire sentir. Oui, cette alchimie est difficile à expliquer mais l’essentiel est que vous la viviez tous les deux.
          Comme vous l’énoncez : « J’ai compris, effectivement, à travers ces angoisses, ces batailles, ces moments forts, toute la tendresse qui nous unit, en dépit des années si difficiles. » et là, vous vous sentez plus forte et vous n’avez plus vraiment peur de rien.

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        2. edith

          Bon courage à vous , Maman dans la peine, même si je pense aussi que le plus dur à gérer est désormais du domaine du passé!
          Mes enfants (j’en ai 4!) ont plusieurs visages (je pense que tous les enfants sont ainsi…..) et parfois on se demande ce qu’on a pu faire ou dire pour en arriver là….!!!
          Un jour ils sont charmants, aimables et tout est beau et le lendemain c’est l’autre visage plein de « haine? » colère, plein de reproches et de violence.
          Quatre enfants, quatre comportements différents.
          Même père, même mère……mêmes « règles » à respecter, relative même ligne de conduite et autant d’amour à l’un qu’à l’autre ( du moins c’est ce qu’on a essayé!).
          Je ne pourrais choisir entre l’un et l’autre !!!
          Pourtant comme vous (mais à moindre échelle !), j’ai eu à choisir entre le fait de leur laisser ma porte,mon coeur et mon porte-monnaie aussi, ouverts ou écouter mon mari et les laisser se « débrouiller seuls » et assumer leurs erreurs !
          Et puis, le coeur a parlé (dans le dos de mon mari…..souvent!) et j’ai discuté avec mes enfants, leur disant que je les aimais et que quoiqu’il arrive, je serai toujours là !!! Qu’ils pouvaient m’appeler en cas d’urgence et que je les aiderai dans la mesure de mes possibilités.
          Je leur ai dit que leur père avait des idées plus dures et donc qu’ils s’adressent plutôt directement à moi !
          C’était ma seule solution pour ne pas les perdre et cela je ne le voulais pas !!!
          Depuis, ils reviennent à la maison; la tempête est passée ; ils ont « mûris » dans leur jeune tête de pré-adulte ; le dialogue avec leur père n’est absolument pas rompu; et nous avons appris à nous dire « je t’aime » !
          Et c’est le plus beau cadeau qui puisse être donné à une Maman !
          J’ai petit à petit discuté avec mon mari afin qu’il soit au courant de ma « main tendue » et il a respecté mon choix (tout comme j’avais respecté le sien d’être tenu à distance de leurs ennuis).
          Je ne regrette rien et remercie les amies qui m’ont permis de réagir comme je l’ai fait ! Il est important dans c es moments de doute, surtout si l’on est en désaccord avec son conjoint , de pouvoir parler avec des amies ou des personnes compétentes qui nous aident à trouver la bonne voie !
          Continuez d’aider et surtout d’aimer votre fils ! Bonne chance ! bon courage aussi !

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  24. Une maman dans la peine

    Bonjour! Je reviens vers vous pour vous dire toute ma fatigue!… Nous avons aidé « Paul » à reprendre goût à la vie après ses tentatives de « suicide » au mois d’avril (ou cris d’alerte pour que l’on se tourne vers lui? ou colère immense vis-à-vis de son ex-compagne et mère de son fils, qui n’en pouvait plus de ses comportements et cessait donc sa laison avec lui…)?. Nous avons aidé « Paul » à s’installer dans un appartement, à 6 kms de chez nous, dans un village où il a des « copains » (que nous ne connaissons pas). Nous lui avons donné le scooter de ses frères puisqu’il avait cassé ses 2 premiers scooters… Il a trouvé un petit boulot intérimaire, précaire, mais qui aurait pu évoluer… Et puis, en deux mois, tout recommence : il ne travaille plus, il a fortement abimé le scooter et s’est fait très mal en tombant, la nuit, après avoir « fait le mur »de la piscine municipale pour aller se baigner avec des « potes » puis après avoir probablement une fois de plus bien « picolé »… Il va avoir 25 ans, il est Papa d’un petit garçon de 2 ans dont il s’occupe très peu, il change de « copine » tous les 4 matins, il traîne à nouveau sa misère, je recommence à lui faire des courses pour qu’il ait à manger, je lui laisse des bidons d’essence pour qu’il puisse rouler (trouver du travail?…) et je vois surtout que rien n’a changé depuis 10 ans, qu’il est toujours un « ado » qui fait des « bêtises »… Il a oublié d’aller au tribunal pour une affaire de vol avec braquage, cet hiver, et va être averti de son sort par huissier : la prison, peut-être?… Il m’a dit : « t’inquiète pas, je connais du monde, là-bas! »… Comment arriver à vivre encore dans cette angoisse qui n’en finit pas? Mon mari, nos 3 autres fils en ont tellement assez de cette somme de peine qui nous empêche de vivre « normalement »! Je ne vois pas de solution, je ne vois toujours pas le bout du tunnel, j’ai bien compris que votre message était de « l’aimer quoi qu’il fasse »… mais il est en train de me détruire à petits feux et si je n’avais la grâce du Ciel pour tenir, je me serais effondrée depuis longtemps. Reste que je suis vraiment fatiguée et toujours aussi inquiète de ce que l’avenir va nous réserver. Une personne, professeur de Philosophie, m’a dit qu’il s’agit probablement d' »anomie » : notre fils est incapable de vivre dans les normes proposées par la société. Elle dit qu’il n’y peut rien, qu’il est également narcissique, qu’il prend ceux qui l’entourent pour ses escalves, fait souffrir tout le monde, surtout ses parents, qu’il faudrait mettre de la distance, nous protéger, ne pas l’aider perpétuellement, que seule une très longue et excellente psychothérapie pourrait le sauver, (en 8 ans au moins de thérapie), ou bien une personne qui entrerait en dialogue avec lui mais sans s’autoriser à souffrir par lui. Dès qu’on l’aime, il fait souffrir, il faudrait qu’il y ait amour mais sans entrer dans la souffrance qu’il génère… Voilà ce que j’ai cru comprendre… et j’ai nommé cela « résilience ». Je pense qu’il s’agirait effectivement d’une sorte de résilience. Mais comment faire? Je ne vois pour le moment que la prière… espérer que sur son chemin, un jour, quelqu’un pourrait l’aider. En attendant, pour nous, le quotidien est bien compliqué. Nous devons être prudents (il avait trouvé une clé de notre maison et entrait pour téléphoner ou se servir, en notre absence…), ne pas tout accepter (nous ne voulons pas qu’il passe nous voir à l’improviste avec ses nouvelles « copines » de soirée, surtout lorsque nous avons son fils à la maison), nous protéger (il devient violent, en tout cas verbalement, dès qu’on lui résiste…), veiller à tout : lui (comment rester insensible à ses blessures de chute à scooter? comment supporter qu’il n’ait plus rien à manger?), son fils (pauvre petit garçon de 2 ans qui dit « Papa! » avec un sourire triste dès qu’il entend un bruit de moto), son ex-compagne (qui ne veut plus le recevoir chez lui pour des visites hypothétiques à son fils). Je suis en première ligne, je peux vous assurer que c’est souvent très difficile. Je vais bientôt commencer un nouveau travail. Il va me falloir de l’énergie. Or, je suis épuisée par ce combat de tant d’années et mon sommeil est si mauvais que je me lève, le matin, sans forces… Je veux tenir le coup, et je veux être heureuse, malgré tout… Donnez-moi des conseils pour tenir encore et encore!… Je vous remercie de m’avoir lue.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, faire sentir à Paul que vous l’aimez, ce n’est pas non plus agir selon son désir à lui. Je suis pleinement d’accord avec les paroles de votre connaissance professeur de philosophie. Aimer Paul « quoiqu’il fasse » ne veut pas dire vous laisser entraîner par lui, encore moins vous laisser détruire par lui. Pouvoir aider Paul demande de ne pas risquer d’être sa victime. Oui, plus l’amour est pur et moins il demande, moins il risque d’être dépendant. Bien sûr, vous vous devez d’être prudente afin de ne pas vous mettre vous-même, ni votre famille, en danger. Eux aussi ont le droit à l’équilibre et à la paix. Votre raison vous pousse donc à faire des choix, à prendre des décisions et cela est juste et normal. Seul votre coeur ne peut pas choisir, seul votre coeur est assez grand pour prendre tout.
      Votre épuisement vous montre que le temps est venu de songer à vous, de vous respecter et de retrouver votre équilibre. En tentant de « tenir » envers et contre tout, vous risquez aussi de vous affaiblir et de vous perdre. En vous remettant à « plus grand » comme vous me dites le faire à travers la prière, vous exprimez que vous donnez ce que vous pouvez humainement donner. Le reste – en fait – n’est plus de votre ressort.
      Vous pouvez aussi inspirer de toute votre âme cette douleur que vous vivez intérieurement, pour en expirer tout l’amour contenu dans votre coeur. Faites cela régulièrement, de toute votre force, et la paix reviendra.

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