Pourquoi un travail thérapeutique ?

De quoi s’agit-il ?

En hommage à Alice Miller

(Si vous envisagez d’entreprendre un travail thérapeutique avec moi, il est important que vous commenciez par comprendre intellectuellement ce dont il s’agit. Pour ce faire, lisez et relisez attentivement ce texte en laissant passer plusieurs jours entre vos lectures afin de ressentir s’il vous parle.)

On commence souvent une démarche thérapeutique en sachant davantage « ce qu’on ne veut plus » que « ce qu’on veut vraiment. »

Beaucoup de personnes souffrent de ne pas être autonomes, c’est-à-dire qu’elles n’osent pas se démarquer de ce que les autres attendent d’elles, ainsi elles oscillent sans arrêt entre négliger leurs propres besoins et se soumettre à ceux des autres, ou imposer leurs points de vue de manière plus ou moins agressive, quitte à culpabiliser après coup d’avoir été désagréables et de se sentir « nulles. »

Etymologiquement, « autonome » vient de « auto » (soi-même) et « nomos » (la loi). Une personne autonome – qui se régit elle-même en utilisant ses propres lois – a des comportements adaptés aux situations relationnelles qu’elle rencontre.

Par contre la personne que l’on pourrait appeler « émotionnellement endommagée », ne peut pas accéder à son autonomie, elle ne peut que se nuire à elle-même et nuire aux autres, parce qu’elle est « en souffrance. »

Pourquoi sommes-nous si confus ?

Nous avons tous été bombardés – depuis notre naissance – par des suggestions qui nous limitent. C’est ainsi que le sentiment premier que chacun a de lui-même provient du premier stade de son développement : l’idée que nous nous faisons des autres est liée aux rapports que nous avons eus avec les personnes avec lesquelles nous étions en contact lors des premières années de notre vie.

Ainsi, ce que nous sommes à la naissance est remodelé pendant l’enfance par les réactions de notre entourage et par ce que nous renvoie notre environnement, créant ainsi l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Si des liens affectifs solides se sont créés avec nos parents et que ceux-ci nous ont respectés, une saine estime de soi s’élabore. Si ce n’est pas le cas, le sentiment que nous avons de nous-même sera à la fois négatif et déficient.

Par la suite, cette première image de soi-même est plus ou moins renforcée par les maîtres d’école, les professeurs, toutes les figures d’autorité et les gens qui ont une influence sur nous.

C’est donc à partir de ce conditionnement permanent que se développe un sentiment habituel de soi basé sur les « schémas » de notre petite enfance et recréé, à travers nos rencontres et nos comportements à mesure que nous nous développons, dans l’équilibre ou la névrose.

Beaucoup de personnes ont été éduquées à travers des « programmes » basés sur la peur et l’insécurité. Pour vivre une vie plus vaste (ce à quoi vous aspirez si vous lisez ces lignes,) c’est-à-dire plus complète et satisfaisante, il va vous falloir changer le contexte depuis lequel vous voyez cette vie et vous-même et pour cela entreprendre ce que l’on nomme un travail thérapeutique.

Sur quoi précisément porte un tel « travail » ?

La connaissance de soi est la connaissance des causes qui nous poussent à agir, elle n’est rendue possible que si nous osons nous observer honnêtement à la fois avec bienveillance et objectivité. Il s’agit donc, pour se comprendre soi-même, de « valider » les raisons (les causes) qui nous ont poussés à agir comme nous avons agi, c’est-à-dire de reconnaître la cohérence interne qui existe entre ce que nous avons appris, le plus souvent malgré nous, dans la relation avec nos parents et éducateurs, et la manière dont nous fonctionnons avec nous-même et les autres aujourd’hui.

Par chance il existe un signal qui nous montre notre inadaptation aux situations relationnelles que nous vivons, c’est l’émotion (étymologiquement, ce qui nous meut hors de nous-mêmes.) Notre mari nous dit quelque chose de plutôt anodin alors que nous sommes ensemble en voiture en route pour le restaurant, du genre « tu as bien fermé la porte en partant ? » et nous sentons monter en nous une bouffée de malaise qui risque de nous faire répondre agressivement quelque chose comme « si t’as pas confiance, tu n’avais qu’à vérifier toi-même ! » et le début de soirée peut être compromis. Or cette émotion vient de très loin, sans doute de notre enfance (où nous avons dû entendre plus d’une fois : « on ne peut pas te faire confiance »). L’émotion (ici le malaise disproportionné par rapport à la situation présente) est un signal qui montre qu’à l’intérieur de nous, quelque chose d’incompris et de malheureux cherche à être enfin reconnu.

Certaines de nos émotions peuvent bien sûr être adaptées et utiles, par exemple quand nous avons soudainement peur parce que notre enfant de trois ans se penche un peu trop par la fenêtre du troisième étage, c’est le signal qui nous pousse à intervenir.

Nos émotions sont inadaptées quand nous sommes emportés et que nous avons des comportements irrationnels. Plus il y a disproportion entre la situation que nous vivons et l’intensité de notre émotion, plus nous pouvons être certains d’être les victimes de notre mémoire émotionnelle.

Il nous faut donc (à partir du repérage de nos émotions), travailler sur cette mémoire, c’est-à-dire sur les causes émotionnelles qui nous poussent à agir de manière disproportionnée et cela est d’autant plus difficile que avons appris à nous juger et à nous culpabiliser de n’être pas conformes à l’idéal qui nous était présenté dans l’enfance par nos parents et éducateurs.

Quel est ce « travail sur la mémoire » ?

Les enfants, par définition, naissent physiquement, intellectuellement et émotionnellement « non achevés » et innocents. Ils ont donc émotionnellement besoin de croire, pour se développer, que leurs parents les aiment, c’est ce qui les rend dépendants d’eux.

Les parents, pour le meilleur comme pour le pire, influencent leurs enfants :

Quand un père dit à son fils « Comment oses-tu me parler ainsi, à moi, ton père ? », l’enfant se sent inférieur, il subit et apprend le rapport de force plutôt que de se sentir aimé.

Quand une mère dit de sa fille devant elle « Ah ! Celle-là, c’est le portrait craché de son père : menteuse et fainéante », l’enfant croit, comme une fatalité, ce qu’on dit de lui.

Quand une mère dit à son enfant « Si tu continues tes bêtises, je ne t’aimerai plus », l’enfant se sent mal et seul, il apprend alors à se renier lui-même.

Quand un parent dit à son enfant « C’est pour ton bien que je t’ai battu, plus tard tu me remercieras », l’enfant le croit et se soumet (tant qu’il est petit, du moins). Et il est écartelé car il sent au plus profond de lui que quelque chose n’est pas juste : celui qui dit qu’il m’aime me fait mal. Il risque d’errer dans sa propre vie (où est le bien, le mal ?) étranger à lui-même et mené par sa propre rage refoulée.

Parce que les enfants sont dépendants des manières de voir, de penser et d’agir de leurs éducateurs, il suffit que ceux-ci décrètent quelque chose à leur propos pour qu’ils se sentent devenir ce qu’ils disent d’eux ou s’en veulent de ne pas être à la hauteur de leurs espérances.

Cette dépendance fait que, pour se sentir aimé, l’enfant consentira toujours à renoncer à lui-même et à ce qu’il sent plutôt que de s’y fier et de courir le risque de perdre l’amour de celui dont il a besoin pour survivre.

Si le parent avait accueilli les émotions de tristesse, de colère ou de peur de son enfant quand celui-ci les exprimait, elles se seraient évanouies d’elles-mêmes (comme elles sont arrivées) après s’être exprimées. A contrario, quand le parent refuse d’entendre l’expression émotionnelle de l’enfant, cette expression se retrouve refoulée en lui et agit alors pour lui comme un véritable poison.

Pour se sentir aimé, un enfant au parent non respectueux (donc maltraitant) aura besoin de croire qu’il mérite les insultes, les humiliations ou les coups qu’il reçoit, il sera prêt (sans savoir ni sentir consciemment ce qu’il fait) à réprimer sa colère, sa révolte et son besoin légitime de se défendre. En ne prenant surtout pas le risque de contrarier ses parents, en refoulant au plus profond de lui-même ses émotions de colère et de haine, il s’adapte – en espérant inconsciemment conserver l’amour dont il a besoin pour se développer.

En fait l’enfant innocent croit sincèrement que ce qu’on dit de lui est vrai ou que ce qu’on lui fait est normal et mérité.

Cette adaptation le sauve momentanément de l’abandon mais il en garde les séquelles, jusqu’à l’âge adulte, gravées profondément en lui sous forme de colère refoulée.

Et il vivra avec cette « colère », qui s’origine à partir du retour du refoulé, tant qu’il ne l’aura pas mise à jour. Elle pourra s’exprimer contre lui-même (dépression, maladies psychosomatiques, obésité, automutilation, conduites dissociantes [1]), et contre les autres à travers des comportements manipulateurs et pervers (prises de pouvoir, tentatives d’intimidation, narcissisme démesuré, déni de l’évidence, rejet de la responsabilité et interprétation tendancieuse) y compris contre ses propres enfants auprès desquels il pourra répéter les comportements abusifs de ses géniteurs.

Si cette colère refoulée reste hermétiquement close à l’intérieur de lui-même, il refera l’expérience traumatisante qu’il a vécue avec ses parents dans ses relations avec de nouvelles personnes qui l’abuseront à leur tour sans qu’il puisse se sentir légitime de se défendre, puisqu’il sentira confusément qu’il a mérité l’abus.

Sur quelle aide pouvons-nous compter ?

Dans un tel contexte, vous comprendrez aisément que seul(e)s, il nous est extrêmement difficile de nous libérer de telles compulsions [2] puisque nous sommes menés par nos habitudes comme par une espèce de « pilotage automatique » que nous n’avons pas nous-mêmes programmé, et que nous n’avons – jusqu’à maintenant – jamais osé remettre en cause.

C’est dans ce contexte que l’aide du thérapeute [3] est précieuse car c’est à travers la confiance que nous avons en lui que nous pourrons dévoiler nos comportements, nos émotions, nos pensées et même nos rêves les plus intimes.

Le thérapeute n’est pas neutre, il est notre allié puisqu’il cherche à nous comprendre « tels que nous sommes. » Le dévoilement devant une personne en qui nous avons confiance aide à mettre au grand jour, pour nous-mêmes, certains de nos fonctionnements que nous ne comprenions pas.

C’est ainsi que nous allons apprendre à nous fréquenter nous-mêmes consciemment « tels que nous sommes » avec nos stratégies d’adaptation, en apprivoisant progressivement la réalité de notre histoire telle que nous l’avons vécue.

Cette « transparence », cette « mise à plat » ne peut évidemment pas se forcer, elle se fait peu à peu, au fur et à mesure de l’évolution de la relation, elle demande du courage et de la patience et génère des transferts [4].

Dans une relation thérapeutique, il est essentiel de pouvoir se permettre d’être totalement partial (et même injuste et agressif), donc complètement subjectif. Si la confiance existe, autrement dit si le transfert est correctement installé, le thérapeute (qui ne cherche pas à se défendre) n’aura pas à être épargné. En s’offrant lui même comme objet disponible pour le transfert, le thérapeute permet à celui qui lui parle de regarder en lui-même comme dans un miroir.

Dans ce contexte, nous comprendrons que le thérapeute n’intervient pas en « gourou » qui a réponse à tout « parce qu’il sait », mais en ami qui acquiesce à « ce que je suis » parce qu’il me comprend parfois mieux que je ne me comprends moi-même.

Une psychothérapie réussie permet l’autonomie

De nombreuses personnes ne veulent pas faire ce travail, parce qu’elles ont peur de ce qu’elles vont trouver (des souvenirs de vécus traumatisants.) Elles errent souvent ainsi pendant longtemps dans l’existence en tentant de se persuader qu’il faut « aller de l’avant » et ne pas s’écouter. Surtout les hommes à qui on a fait croire qu’un garçon doit être fort et ne pas montrer sa souffrance. Ces personnes sentent bien parfois qu’elles ne peuvent pas soumettre le réel à leur volonté mais elles refusent d’aller voir un thérapeute alors même que leurs corps subissent les maux de la somatisation [5]. Leurs arguments sont multiples, elles disent qu’elles n’y croient pas (comme s’il s’agissait d’une croyance !), qu’elles ne veulent pas dévoiler leur intimité à un étranger, ou même avec une mauvaise foi qui cache leur souffrance, elles clament qu’elles vont très bien. Elles se laissent souvent conforter dans leur méfiance par des personnes de leur entourage qui résistent, elles aussi, à l’opportunité de se faire aider et accompagner.

Elles ressemblent tragiquement à celui qui porterait sur le corps toutes sortes de blessures purulentes mais qui, après avoir lutté avec courage contre le ressenti de la douleur, n’aurait pas trouvé d’autre moyen pour survivre à ce qui le broie que d’insulter son entourage, le rendant responsable de ce qui, en lui tente désespérément de se dire et de se faire panser.

Les personnes qui n’ont pas mis à jour leur colère refoulée (parce qu’elles ne veulent surtout pas fréquenter un thérapeute), ne peuvent pas devenir émotionnellement stables et équilibrées dans leur rapport à autrui. Elles continueront donc à compenser leur absence d’estime d’elles-mêmes en n’osant pas prendre leur place dans l’existence, en restant en retrait, ou au contraire en étant agressives, hautaines ou méprisantes avec les autres. Pire, convaincues que « qui aime bien châtie bien », elles exerceront leur violence dans leurs relations à leurs proches sans s’apercevoir ni comprendre qu’elles sont prisonnières d’une compulsion mortifère.

Pour conclure…

Pour qu’une personne puisse se libérer de sa compulsion à nuire aux autres et à elle-même, il lui faut donc faire ce travail thérapeutique qui consiste à revisiter l’histoire douloureuse refoulée de son enfance, accompagnée en cela par un thérapeute bienveillant qui comprendra avec empathie l’expérience de l’ex enfant qu’elle était et servira de miroir à l’adulte qu’elle devient.

C’est à ce prix qu’ayant exprimé sa colère refoulée en présence de cet « allié », elle n’aura plus à craindre le souvenir même des personnes qui lui ont manqué de respect dans son enfance. Elle pourra enfin s’apaiser. Ne ressentant plus le besoin d’interpréter les demandes des autres comme une obligation ou une menace, elle pourra devenir davantage bienveillante avec elle-même et les autres. Désidentifiée de ses anciennes peurs, elle pourra de mieux en mieux relativiser les situations relationnelles conflictuelles qu’elle vivra en les assumant avec moins d’émotion.

Elle deviendra plus autonome en ce sens qu’elle ne sera plus émotionnellement dépendante de sa relation ancienne aux personnes qui lui ont manqué de respect. Elle ne ressentira plus le besoin de leur rester soumise et obéissante, elle agira sur la base de son nouveau ressenti d’elle-même. Elle ne se vivra plus torturée entre ce qu’elle est et ce qu’elle pense qu’elle devrait être, elle se sentira plus unifiée.

Elle découvrira aussi peut-être, peu à peu, (ce que les personnes qui ont été respectées savent et vivent) qu’elle n’est pas obligée de se sentir personnellement concernée par ce que vivent les autres.

C’est à cela que peut servir un travail thérapeutique correctement mené.

Notes :

[1] Les conduites dissociantes sont les conduites à risques et les mises en danger incompréhensibles pour une personne de l’extérieur qui permettent à la victime d’éteindre momentanément sa mémoire traumatique en se retrouvant dans un état d’indifférence affective pendant un temps.

[2] La compulsion est l’impossibilité pour une personne de ne pas accomplir un acte, parce que ce non-accomplissement est générateur d’angoisse et de culpabilité.

[3] Le thérapeute est une personne serviable qui étymologiquement « prend soin » de quelqu’un.

[4] Attitude par laquelle une personne reporte sur le thérapeute une affection ou une hostilité qu’il éprouvait dans l’enfance pour une autre personne (père, mère, etc.)

[5] Traduction physique d’un conflit psychique. On peut somatiser une angoisse par exemple.

© 2014 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 Pourquoi un travail thérapeutique ? par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

21 réflexions au sujet de « Pourquoi un travail thérapeutique ? »

  1. Fumée

    Bonjour.

    Voilà … Je viens de lire cet article, j’ai pleuré.
    J’imagine qu’il fallait que je m’y attende, cela fait bien une semaine que, tous les soirs, je suis partagée entre la fureur et la tristesse profonde. Oh, je sais d’où vient ma rage depuis peu ; contre mes parents. Et la tristesse, parce que cela va avec. Je présume.

    C’est … déroutant de se retrouver aussi facilement dans ces textes. Je sais que je vais réussir à m’en sortir – de toute manière il le faut bien – souffrir de la sorte et faire souffrir les autres m’insupportent profondément.

    Mme Fumée

    Répondre
    1. KHADIJA

      Je ne sais pas si je pourrai exprimer mes sentiment comme il le faut ! Ce que je sais c est que je ne vais pas bien du tout. Je ne vois clair en rien. Ce qui me preoccupe le plus c est que ceci influence énormement sur ma relation avec mes enfants. Je ne voudrai pas qu ils aient ni mon caractere ni une vie pareille a la mienne alors que je fais tout pour les rendre malheureux etant donne qu ils ne suivent pas mes instructions ni mon éducation. Je me dis que s ils avaient une autre mere ils seraient bien mieux.
      PS: Ma famille vivaient des problemes multiples et enormes etant donne que c est une famille nombreuse ; moi j etais plutot tres soumise mais ces derniers m affectaient beaucoup.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Ce que je suis sûr de pouvoir vous répondre compte tenu des mots que vous employez pour vous décrire c’est que vous ne vous aimez pas et que tant que vous avez une si piètre estime de vous-même, vous vous condamnerez à vouloir déprécier la mère que vous êtes.
        Vos enfants ont la mère qu’ils ont et c’est à vous de prendre soin d’elle en faisant tout ce qui est en votre pouvoir pour la comprendre et la soutenir, surtout si elle vit des moments difficiles.
        N’oubliez pas que la petite fille que vous étiez dans l’atmosphère familiale difficile dans laquelle elle a grandi s’est « soumise » pour « survivre ».
        Aujourd’hui les choses sont différentes, vous n’êtes plus une petite fille, d’autant plus que vos enfants ont besoin d’une mère. Etre une mère pour eux c’est commencer par respecter la femme que vous êtes devenue.
        Je vous décris là un aspect de ce que l’on nomme le « travail thérapeutique. »

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  2. Martine

    Je voulais juste dire à M. Perronnnet que c’est la première fois que je lis un texte concernant la souffrance qu’on peut avoir lorsqu’on est dissocié de soi, qui correspond si bien à ce que je ressens.

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  3. Muriel

    Bonsoir,
    « Elle découvrira aussi, peut-etre, peu à peu (ce que les personnes qui ont été respectées savent et vivent) qu’elle n’est pas obligée de se sentir personnellement concernée par ce que vivent les autres ».
    C’est précisément un de mes problèmes relationnels récurrent. Je me sens toujours et très fortement concernée par ce que vivent et ressentent les autres au point d’en perdre mes propres ressentis. Je ne le vis pas comme une obligation mais plutot comme un réflexe inconscient qui se met en place dès le début. J’ai meme un besoin de cela pour que la relation ait une valeur à mes yeux sinon je la trouve superficielle et si la personne ne se livre pas suffisamment, je fais tout pour l’y inciter. Je fais en sorte d’etre totalement habitée par la personne. J’ai pris conscience de ce dysfonctionnement depuis peu et je pense qu’il est lié aux abus dont j’ai souffert dans mon enfance et qui m’ont conditionnée à ne plus savoir exister par moi-meme. Seulement je finis toujours par souffrir de cette fusion qui devient une dépendance et les relations se terminent toujours mal soit par un rejet par la personne qui se sent trop possédée, soit par un rejet de ma part qui ne supporte plus mon impuissance à agir puisque ce ne sont pas mes ressentis. Bref, je me sens dépossédée de moi-meme, trop investie de l’autre et impuissante dans toutes mes relations. Je voudrais enfin pouvoir échapper à ce processus qui se déclenche ainsi systématiquement dès que je m’intéresse à quelqu’un mais je n’ai encore pas compris comment faire.
    Merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pour ne plus devoir obéir à votre fausse loi, il vous faut la connaître… pour la reconnaitre à l’oeuvre.
      Elle s’exprime ainsi : « Si je veux être en relation avec l’autre, il me faut abdiquer mon propre ressenti. »
      Le travail thérapeutique sera de voir minutieusement pourquoi et comment ce processus de renonciation de vous-même se déclenche en vous.

      Répondre
  4. Muriel

    Merci monsieur Perronnet pour votre réponse sur laquelle je vais méditer… Ce besoin de me « remplir » des autres correspond probablement à un vide intérieur que je cherche ainsi à combler.. Ce vide qui s’est installé très tot du fait de mon « éducation »: mes parents m’ont élevée en m’apprenant à oublier mes besoins au profit des leurs et en me persuadant que ma survie émotionnelle et relationnelle dépendaient entièrement de leur bon-vouloir: « je t’aimerai, te parlerai, reconnaitrai ton existence, uniquement si tu fais l’effort de me plaire et de m’obéir en tout, y compris en acceptant l’inacceptable », j’ai donc fonctionné comme cela: chercher sans cesse à les comprendre pour tenter de m’adapter à leurs attentes, les anticiper pour échapper aux blames, vivre à travers eux pour exister. C’est surement cela que je dois aujourd’hui déconstruire en moi?
    Muriel

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, quand vous étiez enfant et que vous vous construisiez, vous étiez dépendante de leur amour et de votre besoin d’être reconnue par eux. Ce qui n’est plus vrai maintenant que vous êtes adulte.
      Alors pourquoi rester dépendant d’un comportement obsolète ?

      Répondre
  5. Muriel

    En effet, pourquoi?
    Je vois plusieurs réponses: n’ayant pas appris, je ne sais pas faire autrement / Etant encore sous l’emprise de ce modèle, je crois que tout le monde attend cela de moi / Je continue à croire que pour m’aimer moi-meme je dois me faire aimer des autres / J’ai une peur viscérale de ne pas exister si on ne m’aime pas / Je pense que je ne suis pas aimable naturellement et que pour ne pas rester seule je dois faire des efforts pour le paraitre.
    Mon comportement est obsolète, j’en ai conscience mais mes pensées, mes croyances et mes peurs sont toujours là, bien réelles.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Très bien, vous allez donc pouvoir travailler respectivement sur :
      1) L’art de faire du neuf.
      2) La découverte que vous n’êtes pas l’autre.
      3) La remise en cause de vos croyances erronées.
      4) La confrontation à votre peur pour découvrir qu’elle n’est qu’un tigre en papier.
      5) L’apprentissage de votre dignité et du respect de vous-même.

      Bonne chance !

      Répondre
  6. Muriel

    Sincères remerciements pour ces pistes que je vais noter précieusement. Merci pour avoir bien voulu me mettre sur la voie, bien à vous,
    Muriel

    Répondre
  7. Fumée

    Dame Muriel, c’est étonnant comme sur certains points je me retrouve aussi dans ce que vous écrivez.

    Pour ma part je guéris, comme je peux, à mon rythme, d’un grand nombre de choses. Mais il en est une qui me pose un problème monstrueux, une chose pour laquelle j’arrive à me rendre malade. C’est la dépendance affective.
    Je m’en rends compte notamment ces jours-ci, je suis complètement dépendante de l’affection qu’on me porte. J’ai deux amies, qui sont très importantes pour moi.
    Et si jamais j’ai le sentiment d’être délaissée – pour une raison ou une autre, elles n’ont aucune importance le plus souvent, ce sont des choses parfaitement anodines – alors je vais me faire un tas de films, de scénarios.
    Parce que je reproduis très certainement ce qui était dans mon enfance, je suppose. Le caractère de : « est-ce que tu m’aimes ? »
    Je ne sais pas, je ne fais que supposer. Mais oui. J’arrive à me rendre malade au point d’en pleurer tous les soirs et de ne pas réussir à profiter d’un présent pourtant assez agréable. A prendre mal à la tête et surtout, à me monter inlassablement le chou.
    Je ne m’en étais pas totalement rendue compte jusqu’à ces jours-ci ; mais là, c’est violent, et c’est difficilement supportable. Hors je ne veux pas vivre avec, je veux pouvoir être « adulte ». Autonome. Est-ce si compliqué d’avoir ce caractère … indépendant, d’être plus libre, de s’affirmer, de ne pas avoir besoin d’une attention constante ?
    Mes amies ne sont pas ma mère, elles ne le seront jamais, personne d’autre ne le sera, je ne puis que l’être, moi, pour moi. M’apporter cette affection, je suppose … En commençant par quoi ? M’accepter ? C’est plutôt un cercle vicieux. On entre dans la zone : « tiens, quelque chose cloche ». Puis ça vire au « diantre, mais je suis ma-lade ! » On comprend ce qu’il se passe. Mais des réactions aussi … stupides, peut-être pas stupides car c’est un mot très fort. Mais aussi immatures, aussi enfantines, aussi … exaspérantes, humiliantes car elles démontrent à quel point je suis encore, en moi, une enfant, me rendent dingue. Comment aimer un être qui ne sait pas grandir, qui ne sait pas vivre pour soi ?
    En passant outre des jugements de valeur.
    C’est bien. Ecrire me donne mes propres solutions. Même si réussir à m’aimer – et j’ai déjà fait d’énormes progrès, chaque jour je continue, comme je peux – relève d’un défi phénoménal.
    Des fois, je sais que j’y arriverai.
    D’autres fois ma déprime et mon mal-être me rattrape. Et alors là, c’est reparti : crises de nerfs et crises de larmes. C’est formidable, d’être comme cela. Formidable d’être moi.
    Mais je suis moi, je veux pouvoir être fière de moi. Alors, on agit pour cela. Pas forcément évident non plus.

    Bref. Tout cela pour dire que je rêve d’une chose : vaincre cette dépendance affective profonde. Que j’y arriverai. mais que pour cela, c’est souffrir, c’est évacuer des années et des années de souffrance en si peu de temps. Que c’est pleurer, crier, que c’est se prendre la tête, encore et encore, et rencontrer des murs …
    Et parler. Se vider le crâne, la cervelle, tout ce que l’on veut/peut. Ou écrire. Être écouté-e, être lu-e. Au moins, il y en a qui peuvent le faire, qui se donnent le temps, le mal pour le faire.

    J’sais pas trop comment remercier pour cela, d’ailleurs. Ecrire, cela fait du bien. Même si me faudrait alors m’étaler sur des pages et des pages, jusqu’à ce que le flot soit tari. Je dois certainement m’éloigner du sujet initial.

    Merci encore de la lecture ;

    Reb’ Avey’

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vos réactions que vous qualifiez de stupides sont – nous sommes d’accord – immatures et enfantines mais pourquoi devriez-vous les juger comme exaspérantes et humiliantes ? Pourquoi vous condamnez-vous à refuser et à juger négativement ce qui en vous souffre de se dire ?
      Juger la part blessée de soi-même qui – parce qu’elle est blessée – ne peut pas avoir d’autres réactions que celles qu’elle a, rend en effet dingue parce que cela perpétue une injustice née il y a bien longtemps.
      Vous portez en vous de nombreux enfants abandonnés, pourquoi devriez-vous être aussi sévère avec eux que ceux qui avaient la charge de les aimer et les ont délaissés ?

      Devenir adulte passe par commencer par reconnaître « la vérité » en vous. Comment ? En vous confrontant à ces enfants de malheur plutôt qu’en les niant, ce ne sont que des gamins douloureux et maladroits qui deviennent intolérables quand vous appuyez sur leurs plaies.

      Il n’est pas possible pour ces gamins de ne pas se faire « un tas de films et de scénarios », par contre, avec beaucoup d’entrainement, il est possible de faire naître en vous un adulte qui – parce qu’il aura compris ce qui se passe en vous dans ces moments de bouleversement – deviendra peu à peu capable non seulement de ne plus se laisser « monter le chou » par leurs gesticulations, mais de les prendre pour ce qu’ils sont, des gamins irréalistes et blessés qui cherchent l’amour absolu dans un monde relatif.

      Répondre
  8. Muriel

    Je me retrouve aussi dans ce que vous écrivez, Dame Fumée.
    Pour ma part, je rejoins les précieuses paroles de monsieur Perronnet, quand j’ai pris conscience de mes comportements et pensées « dysfonctionnels », j’ai ressenti une grande colère contre moi-meme en me jugeant durement. J’ai voulu lutter contre ce qui était selon moi, des faiblesses méprisables. Je me suis encore moins aimée qu’avant, détestée meme et j’ai été bien malheureuse. Et puis je me suis rendue compte peu à peu que je me trompais de cible, que mon ennemi n’était pas moi mais ce qui m’avait rendue comme ça. Je me suis dit que je n’étais pas responsable de ces schémas mis en place pendant mon enfance. Je suis peu à peu devenue plus douce avec mes défauts, je me suis moins jugée et moins punie à chaque dérapage. Aujourd’hui, je dérape encore, c’est dur, il y a tant de choses à détricoter. J’essaye de garder 3 mots à l’esprit: vigilance, patience, bienveillance (avec moi-meme).
    Bien à vous
    Muriel

    Répondre
    1. Fumée

      Merci de votre réponse Mr Perronnet, elle m’est importante et je travaillerai dessus.

      Dame Muriel, le plus difficile est le temps que la chose prend, pour se rendre compte du fait que l’on se trompe d’adversaire. Le savoir est une chose, l’admettre, au plus profond de soi-même, en est une autre. Déjà j’ai progressé : je ne me hais plus autant qu’avant. Il y a du progrès, c’est important.
      Néanmoins, j’ai aussi compris que je retourne contre moi toute ma fureur, et qu’effectivement, là encore je me trompe de cible. Mais alors comment exprimer cette colère ? Les arts ne suffisent pas, je ne peux décemment pas hurler à tout va.
      Enfin bon. Faut garder la foi – et continuer à vous lire, cela soulage.

      Bonne journée ;

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  9. H18rb

    mon petit ami a du mal a partager ses sentiments, de parler ou voir plus , communiquer comme tout autre personne ! après des hauts et des bas bien sure j’ai essayer une autre technique pour essayer d’arriver a un petit quelque chose.. il s’est avérer qu’il a vécu une enfance difficile , intimidé par ses camarades de classes , forcé a faire quelque chose en classe par l’institutrice .. etc cela a pris des effets secondaire sur sa personnalité même a 20 ans , il est toujours entrain de réflechir a tout et a rien n’a aucune confiance en sois , se rabaisse pourtant c’est un étudiant excellent … je lis dernierement des articles sur la psychologies , psychanalises , kinesitologies , j’essaie le plus possible d’être utile et de l’aider a dépasser ce crépuscule qui le tue de jour en jour et qui me fait souffrir tout comme lui maintenant que j’en suis au courant ; j’aimerai avoir de l’aide , savoir quoi faire et comment y remédier .. j’espere

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  10. Noée

    Bonjour,
    Merci pour votre site qui contient beaucoup de ressources et réflexions enrichissantes.

    Depuis que je suis en couple (il y a 20 ans) et maintenant avec mes enfants, je me sens trop souvent mal aimée, je me positionne en victime. J’explose en colères violentes et je détruis les relations avec mon conjoint et mes enfants étant donné que je ne parviens pas à la sérénité, au calme et à l’ouverture, bref à être la personne que je voudrais au fond, et une ressource en amour, en optimisme, en sérénité, pour mes enfants. Je suis donc la plupart du temps tout l’inverse: je crie, je suis négative. Par exemple je ne supporte pas que mon conjoint fasse très peu de choses avec moi et maintenant avec sa famille (sorties, promenades). Chaque jour je me dis qu’il faut que je stoppe cet exemple déplorable que je transmets à mes enfants: position de victime, agressivité, auto dénigrement, laisser aller dans la maison…

    Depuis 20 ans je me suis investie dans plusieurs thérapies (de type analytique, sophrologie….), qui m’ont fait prendre conscience de pas mal de choses que je résumerai plus bas mais pour autant je n’arrive pas à changer mon comportement, ou du moins pas très longtemps. Alors pour la première fois je perds confiance, je ne crois plus pouvoir devenir une bonne mère, je pense avoir déjà fait des dégâts irrémédiables chez ma fille aînée de 6 ans.

    Ce que je crois avoir compris:

    -un contexte familial un peu « lourd » même si mes parents m’aimaient, je le sais. Un papa hypocondriaque et dépressif (lui même enfant d’une mère hypocondriaque); une maman ayant été abandonnée par sa mère qui ne lui a jamais dit qui était son père, élevée par des grands parents aimants mais qui n’a jamais su se défendre, s’imposer, ayant une horreur du conflit. avec du recul, je vois qu’il a beaucoup été question de maladie, de mort, dans le climat familial. Mes parents s’aimaient sincèrement et se « complétaient », mon père étant, surtout en vieillissant, dans une posture de victime, ma mère le tenant, le maternant. Deux autres soeurs aînées qui ne se sont jamais entendues. Je n’ai jamais vu entre elles de dialogue constructif. Chez nous, c’était ou le non dit ou l’agressivité. Mes parents ne se sont jamais disputés.

    -une 2e soeur qui a mal vécu ma naissance plus de dix ans après elle et qu’il m’a, enfant, sans cesse rejetée, critiquée, je crois aussi parfois giflée, dont j’avais peur. J’ai souvenir de ma mère qui me disait toujours  » ne dis rien, laisse-là ». Beaucoup de colère refoulée contre cette soeur. Lorsque ma mère a été gravement malade, j’ai riposté contre cette soeur et celle-ci comme à l’habitude, a coupé la relation, pleine de rancune. J’ai fait quelques efforts à la demande de ma mère et en me forçant mais pour recueillir des réponses acides… A la mort de ma mère j’ai vidé mon sac et lui ai tenu des propos durs que je ne regrette pas. A la mort de mon père quelques années après j’ai pu finir de lui dire que je n’étais pas en guerre mais que je ne voulais plus d’une relation où je ne savais jamais quand je recevrais une pique alors que je n’avais jamais été une mauvaise soeur. Pour une fois je me suis sentie entendu, on ne m’a pas répondu que j’étais susceptible ou autre jugement ironique et ma colère a disparu. Je suis heureuse et soulagée de n’avoir enfin plus besoin de maintenir la relation (je devais encore le faire au minimum mais par nécessité lorsque mes parents, dépendants, étaient en vie).

    -je crois aussi que mes parents m’ont appris à bien me tenir à l’extérieur où je suis très bien considérée, mais qu’ils ne m’ont donné aucune clé pour m’occuper de moi, me respecter. Alors, chez moi, j’ai beaucoup de mal à avoir l’environnement ordonné que je souhaiterais, je me laisse facilement aller si je ne suis pas en représentation (de ce point de vue ceci dit cela va mieux, je sais qu’il faut que je m’apprête tous les matins, pour moi d’abord…); et surtout je tiens des propos horribles avec conjoint et enfants, je leur manque de respect. J’ai pris conscience de tout cela mais j’explose toujours si je ne fais pas chaque jour efforts en la matière, et même ainsi, le moment n’est jamais loin où je me sens non respectée, moquée, piétinée si par exemple mon conjoint dit qu’il rentre à telle heure et arrive deux heures après sans m’avoir prévenue; mes colères sont immenses, je crie. Le pire pour moi est le mal que je fais à mes enfants, verbalement mais il m’est aussi arrivé de brutaliser ma fille aînée surtout. Je me hais encore plus de cela, je voudrais effacer les mauvais moments si nombreux. Parfois quand les journées sont bonnes je suis si fière de moi,, pleine d’espoir, et c’est si bon d’être dans le calme, l’harmonie.

    -côté affectif, je n’ai jamais séduit aucun des hommes que j’aimais; j’ai toujours pensé au fond que ça ne m’arriverait jamais de susciter l’amour. J’en ai longtemps voulu à mon conjoint vers qui je ne serais pas allée s’il n’était pas venue me chercher; je l’ai énormément dénigré et encore aujourd’hui. J’ai l’impression que cette relation est pathologique et en même temps, je crois que je l’aime énormément tout au fond de moi. Comme il n’est pas du genre expansif il ne vient pas combler mon besoin sans fond d’amour même s’il essaie de m’aider chaque jour par de petites choses du quotidien. Au fil du temps sa patience s’est émoussée et il me critique beaucoup maintenant lors de nos récurrentes disputes. Notre relation est bancale avec des moments intenses de bonheur, pour moi, quand tout va mieux, souvent après une « crise » ou mes propos destructeurs et agressifs sont suivis d’une tristesse et souvent d’un retour des sentiments d’amour.

    Bref, j’ai énormément lu, réfléchi, parlé en thérapie, mais je finis par ne plus croire en l’amélioration de mes comportements. Je pense savoir ce qu’il faut faire pour que tout aille mieux: m’aimer moi pour commencer, dire des choses bien vis à vis de moi-même, exprimer calmement mes besoins en disant JE, laisser passer la colère quand elle arrive, respirer, sortir, et revenir après l’orage pour exposer le problème calmement, me comporter en mère et pas en petite fille, ne plus réagir en victime. Alors je finis par me dire que je ne suis peut-être qu’une égocentrique qui se complait dans ses petites misères, ou que c’est une fatalité familiale, que je n’arriverai pas à changer de schéma. Et alors que vais-je transmettre à mes enfants que j’aime tant?

    Pardon pour ces longueurs, c’est assez difficile à expliquer. Je suis une madame tout le monde qui se comporte en femme agressive et aigrie dans son foyer, je ne sais plus être tendre, douce, je me retranche dans une tour d’ivoire (ce que j’ai toujours fait), je suis cassante. Je me sens à l’inverse de ce que je crois (croyais) être au fond: gentille, pleine d’amour à donner, drôle. Bref, aimable (!). Peut-être ne m’étant jamais aimée assez j’ai trouvé un conjoint incapable de m’apporter ce dont j’avais besoin, mais là encore, 100% responsable, je pouvais partir… Je suis très consciente que l’on doit prendre 100% des responsabilités dans une relation, et c’est encore plus vrai avec ses enfants.

    Merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il y a une phrase dans votre partage que je retiens tout particulièrement : « Alors je finis par me dire que je ne suis peut-être qu’une égocentrique qui se complait dans ses petites misères », vous dites d’ailleurs très justement au début que parce que vous vous sentez mal aimée, vous vous positionnez volontiers en « victime ».
      C’est en effet notre égocentrisme qui nous conditionne à nous positionner en victime : Moi, avant tout moi (comme si nous étions seuls au monde à souffrir !)

      Comprendre tout ce que vous avez compris de vous-même doit vous servir à vous situer dans votre relation à vous-même bien sûr mais aussi dans votre relation aux autres.

      Je sens bien dans votre partage de l’ouverture et un réel désir d’aimer les autres et de vous ouvrir à eux.
      Votre défi est donc bien là. Comme vous dites 100% responsable.

      Mais ce 100% responsable est très inconfortable pour la victime vivante en vous et tant qu’il n’y a pas une communication fluide entre ces parts de vous-même qui ne se rencontrent vraisemblablement jamais, vous vous condamnez à l’errance.
      Oui, il y a en vous une petite fille en souffrance, une victime qui ne sait qu’exploser de colère parce qu’elle a tant besoin d’amour.
      Oui, il y a également en vous une femme adulte qui aspire à la paix, à l’amour et à l’équilibre dans ses relations aux autres qu’elle aime.
      C’est l’étude minutieuse et non culpabilisatrice (donc lucide) de vos comportements quotidiens qui vous permettra de faire se rencontrer la petite fille et l’adulte.
      Ici et maintenant vous faites toujours « ce que vous pouvez faire » (il vous faut donc mettre à jour cette haine de vous-même quand vous êtes juste celle que vous pouvez être), et si personne n’a le droit de le juger, vous avez le droit de vous comprendre encore et encore, de vous rencontrer vous-même pour vous apaiser.

      C’est ainsi (à travers un accompagnement thérapeutique) que vous gagnerez peu à peu du terrain dans votre relation à vous même et aux autres.
      Tant que vous continuez à opposer ces parts de vous-même, vous vous condamnez au rejet et au désespoir. Le jour ou vous oserez non plus vous juger mais vous comprendre (donc voir avec amour pour vous-même que vous jugez) vous vous apaiserez enfin.
      Pour qu’il puisse un jour n’y avoir en vous-même que l’adulte équilibré auquel vous aspirez tant, il vous faut accepter puis rencontrer « de toute votre âme » votre division intérieure d’aujourd’hui entre la part qui souffre et la part qui aspire tant à donner.

      C’est cet intense travail de lucidité qui vous permettra de grandir sans plus avoir besoin de vous retourner sur votre passé.

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      1. Noée

        Je vous remercie vivement pour votre réponse à mon écrit sur votre blog. Cela fait du bien de se sentir entendue. Je vais mettre en pratique vos conseils, au quotidien, en prenant conscience des réactions qui appartiennent à la petite fille que je suis et en apaisant cette dernière en tant qu’adulte.
        Ce que vous m’avez mis en lumière est nouveau pour moi, malgré plusieurs thérapies, on ne me l’avait jamais vraiment dit comme ça.

        Depuis la rédaction de mon message sur votre blog, j’ai lu quelques autres de vos publications et je crois avoir avancé encore, notamment par la compréhension qu’il faut être dans la conscience de ses émotions, les nommer, et qu’elles vous traversent.

        J’ai compris aussi, cela surtout depuis que j’ai des enfants, que je suis dans la culpabilité permanente (de ne pas leur consacrer le temps que je pourrais, de crier, d’être trop cassante, de me décharger à la maison de mes états d’âme, de ne pas faire assez de tâches dans la journée…): cela est pesant. Je vais essayer de moins me juger et de plus me comprendre et m’accepter (comme ayant des limites!).

        Enfin, j’ai aussi pleinement réalisé qu’en fait j’ai l’impression que je ne serai jamais heureuse ni « en réussite » dans ma vie personnelle alors qu’au travail cela va très bien (parce que mes parents m’ont toujours parlé avec l’image de mon intelligente, et de la réussite professionnelle) et du coup je suis dans mes relations professionnelles beaucoup plus optimiste, détachée et heureuse que beaucoup d’autres collègues; dans ma vie privée, en fait j’ai l’impression que si je suis heureuse un ou deux jours, ça ne va pas durer et que quelque part si ça durait un malheur va arriver, j’ai notamment très peur pour la santé de mes enfants (je trouve là les traces de l’ambiance familiale avec l’hypocondrie paternelle qui a plané sur mon enfance); j’ai l’impression parfois que la vie va me punir de tout ce qu’elle m’a donné (mes enfants, mon couple aussi même s’il est chaotique, mon lieu de vie, mon travail, bref toute ma vie) et que je gâche au quotidien par mes souffrances personnelles; je sais que ça paraît idiot mais c’est une idée qui traîne au fond de moi. J’ai très peur de la maladie et de la mort, de la fin des choses et du temps qui passe.

        Je vous remercie très vivement pour les écrits publiés sur votre blog, cela me redonne le courage de continuer à travailler sur moi dans les moments où je baisse les bras et où je me dis que je ne changerai jamais, ces écrits donnent de l’espoir. Je crois que je peux encore progresser et multiplier les moments d’intense bonheur qui souvent me traversent et qu’il ne faut pas que j’oublie aussi de mentionner malgré mes dysfonctionnements.
        Bien cordialement.

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  11. Lhote

    Je viens de lire plusieurs de vos articles. Je souhaite être accompagnée par un thérapeute ayant la même approche que la vôtre, comment en trouver les coordonnées svp?
    Merci

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